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Sport auto et télé-réalité : la F1 en rêvait, l’Endurance le fait

Engagé depuis 2013 en ELMS, le Team Morand s’est associé avec le Sard Racing dans l’optique de ses ambitions mondiales en Endurance. Loin d’être à court d’idées, Benoit Morand surprend avec une méthode de sélection inédite pour l’un de ses six baquets en faisant appel à la télé-réalité via Race to 24.

Un concept déjà évoqué

Face à la raréfaction du sponsoring de l’industrie du tabac, Eddie Jordan annonçait en septembre 2003 un projet de télé-réalité afin de compenser médiatiquement ses partenaires perdus.

Le concept était simple. Des juges sélectionnaient des candidats dans le cadre de l’émission, où les téléspectateurs pouvaient voter pour leurs favoris. Le vainqueur se voyait offrir un poste de pilote titulaire en F1 chez Jordan Grand Prix au terme de trois ans d’entrainement.

Approuvé par Bernie Ecclestone, le chantier était confié à l’agence de marketing sportif SlaterHerd, prenant ainsi de vitesse les idées similaires de ses concurrents, David Richards en tête. Hélas, ce mélange de Nouvelle Star et de Rallye Jeunes à la sauce F1 restait mort-né. La version officielle fait part de problèmes insurmontables d’assurance. Quand bien même celui-ci eût réussi, Eddie Jordan cédait son écurie en 2005 à Alex Shnaider et son Midland Group.

Aujourd’hui engagée sous le nom de Force India, la structure débutait en 2011, loin des écrans de télévision, une chasse au talent baptisée One from a billion. Sans junior team et lassée de devoir justifier le non-recrutement de Narain Karthikeyan ou de Karun Chandhok, l’équipe initiait cette opération de détection pour dénicher la perle indienne « digne » de revêtir ses couleurs.

Après des mois de sélections régionales, de tests et de shoot out en karting, les finalistes se rendaient à Silverstone. Au programme : leçons de pilotage, media training, cours de fitness, mais aussi le verdict du jury composé de Robert Fernley, Anthony Hamilton, Nico Hülkenberg et – surprise – Eddie Jordan.

Grand vainqueur, Arjun Maini devançait Tarun Reddy et Jehan Daruvala. Tous trois intégraient la nouvelle Sahara Force India Academy, tout en bénéficiant d’un soutien financier pour leurs carrières.

Pour quels résultats ? Deuxième en JK Tyre Racing Series et en BRDC F4, Arjun Maini est tombé en disgrâce même s’il peut encore ravir le titre en Toyota Racing Series ce week-end face à Lance Stroll, protégé de la Ferrari Driver Academy. Passé en MRF Challenge et Protyre Formula Renault sans gloire, Tarun Reddy compte se refaire une virginité en MSA Formula. Enfin, Jehan Daruvala, troisième du Championnat du Monde KF1, fera ses débuts en monoplaces en Formula Renault 2.0 NEC.

À noter que dans l’effervescence de cette première chasse au talent, une saison 2 avait été annoncée. On attend toujours.

Retour de l’expérience

Ces derniers jours, le concept de télé-réalité retrouve les sports mécaniques à travers le feuilleton Race to 24. 24 pilotes seront en compétition pour partager avec Oliver Webb et Pierre Ragues le volant d’une des deux Morgan LMP2 du Team SARD-Morand aux 24 Heures du Mans, mais aussi les ultimes épreuves du Championnat du Monde d’Endurance.

Après avoir reçu une centaine de candidatures, la structure de Benoit Morand a retenu un vaste panel de profils divers et variés,
dont trois femmes, pour un total de dix-sept nationalités.

Le programme débutera le 26 mars et s’étalera sur douze épisodes. D’abord diffusé sur internet, celui-ci basculera sur la télévision dès les demi-finales. Pendant ce laps de temps, les prétendants seront confrontés à des défis physiques et mentaux avant des essais en piste, lors du dernier carré.

Le jury sera composé de Benoit Morand, responsable de l’équipe, de Christian Klien, membre du Team Morand et bien rodé aux rouages du Red Bull Junior Team qui le mena jadis en F1, et d’un invité, différent à chaque émission.

Les autres détails seront connus les prochains jours, mais on y retrouve à première vue le concept précédemment évoqué. Le tout en s’affranchissant des contraintes logistiques de la Nissan GT Academy ou de la chasse de Force India, dont la plupart des participants sont novices.

Une bonne idée ?

Médiatiquement, l’opération semble réussir. Morand bénéficie d’une couverture assez importante alors que son line-up reste autant à définir que ses concurrentes. Ne reste plus qu’à voir les chaînes de télévision intéressées par un tel programme. D’un point de vue marketing, les premières tendances seraient aussi positives. Morand assure que ses contrats portent sur trois saisons, pouvant permettre à Race to 24 de devenir un marronnier. Le doute est permis, mais celui-ci grimpe d’un programme d’une voiture au niveau européen à deux sur la scène mondiale. Le ramage se rapporterait donc au plumage.

Sportivement, il est urgent d’attendre. La sélection s’est voulue volontairement large. Un peu trop même ? Les prétendants viennent d’horizons très hétérogènes, et si le verdict de la piste n’arrive qu’au stade des demi-finales, cela peut faire passer à la trappe des candidats au talent naturel supérieur. S’il n’y a que des épreuves physiques et mentales jusqu’à ce point, c’est un risque. L’inverse est tout aussi vrai.

De plus, l’évaluation est un exercice périlleux, y compris dans des conditions identiques, dans des catégories monoplaces où l’opérateur jouit d’un monopole. Qu’en sera-t-il pour des tests « subjectifs » ? Comment définir le compromis idéal alors même que le jugement du chronomètre n’a lieu qu’au terme de la sélection et inversement ?

Autre aspect : l’impact des internautes et des téléspectateurs. Ceux-ci seront invités à interagir avec le jury, mais dans quelle mesure ? Quelles proportions ? Quelles incidences ? La télé-réalité, et notamment les télé-crochets, montre que le vainqueur n’est pas forcément le meilleur potentiel, mais la plus grande popularité à un instant donné, face à ses adversaires du moment. À la lecture de la liste des 24 nommés, dont de nombreux ont déjà été évoqués sur ce site, certains peuvent déjà imaginer lesquels ils retiendraient si la décision leur revenait. Et ce pour de nombreuses raisons : leur passé en piste, leur talent intrinsèque, leur capital sympathie, la subjectivité propre à chacun, leur compatibilité et complémentarité potentielles ou encore l’adage assez répandu voulant qu’ « un bon pilote en monoplace peut être excellent en Endurance ».

Néanmoins, ne boudons pas le plaisir d’un tel programme, pouvant apporter un éclairage sur la sélection d’un prétendant face à ses concurrents. Le cadre de l’émission semble également relativement sain, ne faisant pas mention du bagage financier. Un point positif dans un milieu où la valise budgétaire a toujours été l’une des conditions sine qua non pour courir. Pour le reste, il faut patienter fin mars pour en découvrir plus. En attendant, délectons-nous de ce teaser qui n’échappe hélas pas à certains clichés latents du sport automobile. Soyons cléments.

 

RACE TO 24 trailer from RaceTo24 on Vimeo.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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