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Kevin Magnussen
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12 raisons de croire que Kevin Magnussen fera mieux que son père

Un peu plus de dix-huit ans après les débuts de Jan Magnussen en F1, chez McLaren, son fils aîné Kevin Magnussen s’apprête à prendre le même chemin. Si le patronyme, l’équipe et le talent sont des points communs, le plus jeune devrait laisser une trace bien plus marquante dans le sport que son patriarche. Et les raisons sont nombreuses pour le croire.

1 – Sa carrière a été plus linéaire

Jan était talentueux, sans aucun doute. Trop peut-être. Il battait des records de précocité en karting avec trois titres mondiaux à ses débuts. Idem en monoplaces avec des succès en Formula Ford Denmark, la victoire au Formula Ford Festival et une belle année en Formula Vauxhall Lotus avant d’écraser la British F3 en 1994. Qualifié de nouveau Senna, la suite se montrait décevante. Et cela commençait par deux ans loin des monoplaces européennes, hormis le GP de ses débuts en F1.

De son côté, Kevin connaissait des débuts discrets en karting avant de devenir champion de Formula Ford Denmark. Il progressait en ADAC Formel Masters puis développait sa régularité en Formula Renault 2.0 NEC. Il étoffait son bagage technique par deux années en F3, se classant troisième de la série allemande puis vice-champion de la britannique malgré l’apprentissage de nouveaux tracés, des concurrents plus expérimentés et des problèmes de fiabilité. Kevin faisait ensuite le lien en passant deux années en Formula Renault 3.5 Series.

2 – Il sera mieux préparé

Jan débutait en F1 sur un concours de circonstance. Devenant essayeur de McLaren après son titre en F3, il voyait – logiquement – Mark Blundell remplacer Nigel Mansell dans l’équipe. Mais l’appendice de Mika Hakkinen lui permettait de disputer au pied levé le Grand Prix du Pacifique 1995. N’ayant jamais fait plus de quatre tours de suite en essais, Jan faisait belle impression mais Ron Dennis lui reprochait toutefois un manque d’attaque (voir point 7) et recrutait finalement David Coulthard pour 1996.

Même piège chez Stewart Grand Prix pour son retour en 1997. Une fiabilité désastreuse réduisait à portion congrue ses essais de pré-saison et une rupture de suspension manquait de le blesser à cuisse. La saison était du même calibre avec douze abandons dont sept mécaniques. Malgré des circonstances atténuantes, Jan admet aussi sa culpabilité : J’étais jeune, naïf et pas assez préparé à la F1. Je n’avais pas conscience du besoin technique demandé. Je n’avais jamais appris à rendre une mauvaise voiture bonne.

Pour sa part, Kevin est couvé par McLaren depuis 2009. Il aura certes attendu 2012 pour faire ses premiers tours de roues en F1 mais les essais jeunes pilotes à Abu Dhabi l’an passé, à Silverstone cet été ainsi que deux jours de tests Pirelli il y a peu ont commencé sa préparation. Et le saut de la Formula Renault 3.5 Series à la F1 sera moins grand que ne l’était celui de la British F3 à la F1 emprunté par son père. Kevin est en tout cas aussi prêt qu’il peut l’être en ces temps de restrictions d’essais alors que son père n’avait pu profiter des essais illimités et avait été envoyé par Mercedes en DTM et en ITCC alors qu’une saison de F3000 aurait été plus judicieuse.

3 – Il s’est toujours destiné à la F1

Quand Jan quittait le motocross à 11 ans parce que ça fait moins mal quand on tombe, Kevin s’est toujours destiné à la F1, et à rapidement devenir le meilleur. Son père ne le cache pas : J’ai réalisé trop tard que je voulais être le meilleur pilote alors qu’il veut déjà être le meilleur en F1. Il s’y est dès lors appliqué et n’a jamais lâché.

4 – Il ne s’est pas dilué

Vexé d’être laissé sur la touche, Jan quittait le nid McLaren malgré les tentatives de Ron Dennis pour le retenir. Le Danois continuait alors en tourisme et faisait quelques expériences en CART. On rapportait dès lors un pilotage moins tranchant et les premiers grincements de dents sur son manque d’implication hors de la voiture apparaissaient. Sans parler d’un accident de scooter où il se cassait la jambe. Heureusement, ou malheureusement, Jackie Stewart se rappelait ses prouesses en F3 et le recrutait pour la première saison de son équipe en F1.

Avec le recul, une saison ou deux comme essayeur avec Ron aurait été une meilleure solution. Je n’ai pas peur de le dire, j’étais très très jeune. Non seulement en âge mais aussi en maturité. Mais qui peut refuser un baquet ?

En comparaison, Kevin s’est uniquement dévoué à la monoplace, ne s’autorisant qu’un meeting de Renault Clio Cup Denmark en 2009.

5 – Il a su se remettre en question à temps

Si Jan se rapprochait de son équipier, Rubens Barrichello, pour enfin le battre à Jerez 1997, ce n’est qu’à ce moment qu’il réalisait ses lacunes. Décidant enfin de travailler son physique, la saison 1998 le voyait à nouveau peiner entre fiabilité aléatoire et mauvaise adaptation aux pneus rainurés. Malgré ses défenseurs, il était viré dans la foulée de son premier et unique point en F1 acquis au Canada.

Kevin n’a pas attendu pour corriger ses problèmes. Après la F3, Kevin se montrait d’entrée agressif et spectaculaire en Formula Renault 3.5 Series. Il réalisait toutefois que son manque de régularité lui coûtait, lui qui l’avait incroyablement été avec douze podiums en quatorze courses quelques années auparavant en Formula Renault 2.0 NEC.

McLaren lui insufflait une nouvelle approche auquel il adhérait. Une erreur de montage de l’équipe le privait de victoire dans le dernier tour en Hongrie, mais Kevin prenait son mal en patience. Il rejoignait DAMS en 2013 et sa métamorphose se prolongeait. Décrit en début d’année comme un pilote pensant y arriver de lui-même, l’équipe de Jean-Paul Driot lui apprenait l’importance du travail en équipe pour faire la différence.

Dès lors, Magnussen mêlait à nouveau pointe de vitesse et régularité et remportait presque aisément son premier titre majeur en sport automobile.

6 – Il est bien plus impliqué

Déjà à l’époque, Jan ne cachait pas son côté paresseux et son manque d’entrain pour l’entraînement. Au contraire des récents protégés de McLaren, il ne profitait pas d’un encadrement idéal. L’époque ne s’y prêtait pas encore. Ainsi, l’un des meilleurs talents de sa génération ne pouvait se donner les moyens de réussir dans la F1 moderne. De plus, sa domination en British F3 lui a donné une impression de facilité. Se reposant sur son talent, il négligeait le perfectionnement de son pilotage.

Je me suis laissé aller et rétrospectivement, ça fait mal. Je prévoyais d’être champion du monde et cela ne s’est jamais produit.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut comprendre que Kevin est le cliché du pilote-robot, car il a été pris à 17 ans – un âge assez tardif – par McLaren et non dans l’adolescence comme Lewis Hamilton avant lui ou Sebastian Vettel chez Red Bull. Le jeune danois s’illustre donc comme un homme déterminé, sachant ce qu’il veut. Sous des faux airs d’arrogance se cache un travailleur transpirant l’ambition et la réussite. Ce serait presque un pré-requis de nos jours pour tout pilote ayant réellement les moyens d’accomplir ses rêves.

7 – Son intelligence de course est meilleure

Après la course de Jan chez McLaren, le grand patron Ron Dennis était mitigé : Jan a fait du bon travail, mais j’aurais préféré qu’il se batte et fasse une erreur plutôt que d’assurer sa position. On lui a donné carte blanche, il a montré le rythme qu’il a voulu.

Les explications de Magnussen Sr sur cette opportunité manquée de briller ne parvenaient pas à convaincre Ron de le choisir pour 1996. Tout le monde a dit que je ne tiendrais pas le coup physiquement. Je voulais montrer que je pouvais finir. J’ai rattrapé Mark (son équipier, ndlr) dans les derniers tours mais nous n’étions pas proches des points, et je voulais montrer que je pouvais être raisonnable. J’aurais dû essayer mais c’était ma première course et je voulais finir.

En revanche, McLaren a été impressionné par la gestion de Kevin lors de son passage en Formula Renault 3.5 Series. Montrant l’étendue de son talent entre Monza où il gérait les points dès le début de saison en luttant avec Antonio Félix da Costa, et une prestation d’anthologie en multipliant les dépassements courageux sur un Hungaroring trempé pour passer de la seizième à la deuxième place sous la pluie, Kevin démontrait en toute occasion qu’il savait doser vitesse, bon sens, intelligence et choix judicieux.

8 – McLaren croit vraiment en lui

Martin Whitmarsh déclare aujourd’hui encore : Jan était un talent exceptionnel mais nous n’avons pas su en tirer le meilleur. Et quand je dis nous, je veux dire Jan et nous. En kart, en Formule Ford, où je l’ai vu pour la première fois, en F3, son talent était phénoménal. Je ne pense pas qu’il ait réalisé le potentiel qu’il avait.

Les propos de Ron Dennis sur la valise du Danois (oui, sa valise) confirmaient d’ailleurs à quel point Jan Magnussen laissait circonspect son équipe :

Il n’avait jamais l’impression de savoir pourquoi il était rapide ou non. C’était l’un des pilotes les plus désorganisés que j’ai vu. Une fois à l’aéroport, Jan avait mis son passeport dans sa valise. Quand il a dû le sortir, cela ressemblait à une valise préparée par un gosse de quatre ans. Comme s’il avait fait le tour de sa chambre et tout mis dedans, y compris le linge sale. Les gens comme ça sont désordonnés et confus dans leurs pensées. Je me suis dit qu’il n’y arriverait jamais. — Ron Dennis

Si les relations, restés amicales, entre Martin Whitmarsh et Jan Magnussen aidaient Kevin à rejoindre le McLaren Young Driver Development Programme en 2009, l’équipe cernait rapidement le potentiel. Car si le début de l’histoire est romantique, les intérêts sportifs et commerciaux l’emportent toujours.

Martin Whitmarsh comprenait rapidement que Kevin était plus déterminé que Jan, avec un caractère encore plus trempé. Frappé par la différence de tempérament, l’équipe l’accompagnait alors sans faillir. En lui demandant de remporter le titre, Kevin marquait encore plus les esprits à Woking. Et quand on lui demandait à Barcelone dans la foulée de son sacre s’il était prêt à vivre une année en fond de grille après sa formidable saison en Formula Renault 3.5 Series, il se contentait de sourire en répondant « You never know… ». Comme s’il savait déjà ce qui l’attendait en 2014.

9 – Il est mentalement plus fort

A travers DAMS, Jean-Paul Driot a mené plus de vingt pilotes à la F1. On le croit donc volontiers quand il déclare que Kevin a un brillant avenir. Il sait comment tout gérer et ne sera pas distrait par toutes les nouveautés de la F1. Il est très fort mentalement et c’est la chose la plus importante.

Avec les journalistes, Kevin se montrera d’un calme olympien. Bien formé par McLaren tout en ayant conservé sa personnalité, il agit telle une force tranquille et sera l’un des meilleurs clients pour la presse. S’il a décidé de l’être. « Brutalement honnête« , soufflé par un journaliste russe régulier des World Series by Renault est probablement le qualificatif qui correspond le mieux. Cette saison, il a su se montrer cynique, drôle et cassant à la fois en remportant la course après sa disqualification technique de la veille tout en remerciant son DRS « résiné« .

Son père Jan avait beaucoup plus de mal à encaisser les coups durs. En témoigne cette opération de promotion maladroite organisée par son patron, Jackie Stewart.

J’ai beaucoup de respect pour Jackie mais les époques étaient très différentes. Vous n’amenez pas votre pilote à Oulton Park, vous ne le forcez pas à conduire d’une manière différente pour ensuite faire de la pub sur le fait d’être plus rapide. J’avais l’air stupide…

10 – Il correspond à son époque

Puisque nous parlons d’opération de promotion maladroite, comment ne pas rappeler cette bourde. Pour promouvoir la Ford Ka en République Tchèque, il se laissait aller à un c’est une des pires voitures que j’ai pu conduire. Les défauts de Jan étaient largement compensés par sa sympathie mais l’homme était clairement né une génération trop tard. Et les partenaires en F1 se rendaient rapidement compte de l’aspect nouveau que représentaient les sponsors pour Jan, qui n’en avait pas vraiment eu de personnel avant la F1.

De son côté, Kevin se montre un ambassadeur idéal pour les vêtements Jack & Jones hors de sa monoplace. Et le pilote de 21 ans n’a fait aucune bourde lorsque le soutien de Samsung disparaissait subitement entre deux meetings dans la saison 2013. Ou alors personne ne lui a posé la question ?

De même, sans remettre en cause les choix personnels de chacun, Jan a eu son premier fils, le dit Kevin, à 19 ans, avant même d’atteindre la F1. La paternité est déjà à double-tranchant pour les pilotes qui sont établis en F1, quel impact positif ou négatif cela pouvait-il créer sur un homme encore en formule de promotion ?

11 – Jan a eu une influence limité sur Kevin

Et pour une fois, ce sont les deux protagonistes en parlent le mieux.

Je ne peux pas décrire à quel point je suis fier de sa carrière. Je lui ai donné autant de conseils que j’ai pu mais il en connaissait déjà la plupart. Il est très motivé et a plus de chance de réussir chez McLaren que moi. J’ai réalisé trop tard que je voulais être le meilleur pilote alors qu’il veut déjà être le meilleur en F1. Il est très appliqué. J’ai eu beaucoup de succès et peut-être que c’est arrivé trop facilement. Je ne me battais pas quand je le devais mais lui se bat tous les jours. Ce n’est pas facile d’être le fils d’un pilote mais il a toujours bien supporté cette pression.

Kevin est différent. Je n’ai pas fait de grosse erreur mais beaucoup de petites. Il est déjà plus professionnel, meilleur que moi à son âge. Maintenant, c’est lui qui va en F1. Cela n’a rien à voir avec moi. La F1 est un monde difficile qui demande énormément de sacrifices. Je ne pousserai jamais quelqu’un à faire cela. Il faut être spécial. Je suis biaisé mais évidemment je pense qu’il y arrivera. — Jan Magnussen

Même son de cloche chez le fils.

Bien sûr, mon père m’a énormément aidé au début de ma carrière mais il ne faut pas oublier que je vis mon propre destin, mon propre rêve. Au fil de ma progression, sa présence s’est atténuée. C’est mon père, je le respecte et je l’aime beaucoup, mais c’est de ma carrière dont il est question et je préfère gérer cela par moi-même. — Kevin Magnussen

12 – Kevin a paradoxalement moins de pression que Jan

Avec son parcours, Jan créait de gros espoirs et mettait l’eau à la bouche. Ses échecs en F1 surprenaient beaucoup, même les Stewart qui voyaient pourtant passer des Juan Pablo Montoya, David Coulthard, Rubens Barrichello, Johnny Herbert, Gil de Ferran et Dario Franchitti dans leur structure de F3.A machine égale, Magnussen battait Rubens Barrichello, Giancarlo Fisichella, Ralf Schumacher et Jarno Trulli. Finalement, les quatres totalisent vingt-et-une victoires en GP alors que Jan n’a eu qu’un point.

L’environnement autour de Kevin sera plus serein. Il aura forcément la pression que subit tout pilote McLaren mais la F1 va connaître un bouleversement technologique, après un exercice délicat pour McLaren. Son apprentissage se fera avec une relative bienveillance. McLaren aurait pu placer Magnussen chez Marussia mais le titulariser directement représente ses avantages à long-terme, comme en 2007 avec Hamilton. Il peut rapidement faire oublier un Sergio Perez solide mais peu convaincant. Et avec les gros poissons pris par les autres équipes et l’incertitude autour de la taille et du poids d’Hülkenberg, Magnussen apporte une réponse à moyen-terme, voire à long-terme si Honda, motoriste de l’équipe en 2015, est convaincu par le Danois.

Bonus – Il fume moins

Jan était un gros fumeur. Un paquet quotidien. Je n’ai en revanche jamais vu une cigarette traîner autour de Kevin. Il doit donc être loin de la moyenne de son paternel. Mine de rien, cela peut jouer son rôle. En revanche, le plus jeune sait se mettre vraiment mal pour fêter un titre. Mais il l’a bien mérité. Tout comme sa promotion en F1.

Jan Magnussen smoking

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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