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Canette explosive

Les accrochages entre coéquipiers ne font pas bon ménage...

L’accrochage d’hier est une nouvelle preuve de pêchés de jeunesse de l’écurie austro-britannique.

Le problème, dans ces équipes qui ne veulent pas donner de consignes officielles mais qui ont tout de même une préférence, c’est qu’elles laissent la place pour que le débat s’enflamme, pour que l’équipe soit en son sein même déstructurée en deux ou trois camps, et ont la fâcheuse tendance à trouver un bouc-émissaire. De préférence, une personne extérieure à la « famille », ou le vieux briscard de pièce rapportée face au jeune couvé depuis que le lait a quitté ses narines. Ici, c’est Webber. En 2007, chez McLaren, c’était Alonso. Faut-il donc voir en Christian Horner un Ron Dennis du futur ? Equité proclamé, non-favoritisme clamé à outrance, mêmes risques pris quant aux duos… Oui et non.

Vettel savait très certainement que dépasser Webber dans son tour d’économie d’essence serait probablement sa seule opportunité. Avant cela, les deux n’ont jamais été en dehors de 0s6 et 2s1 d’écart. Deux tours avant, les deux stagnaient en 1’30″600. Webber avait huit dixièmes d’avance. Un tour avant, c’était 0s6. Le partiel avant l’accrochage, on était à un peu plus de 0s4. Paradoxalement, Vettel et ses soutiens (Marko et Horner) nous récitent que si Vettel ne passait pas Webber, l’allemand aurait été à la merci immédiate des McLaren. Pas si évident à la vue des images.

Il me semble donc que Vettel ait pêché par orgueil, présomption et impatience. Le jeune allemand aux dents (trop) longues savait très bien que par cette manœuvre se jouait la tête du championnat. Lui qui a déjà perdu trop de points n’a su se contenter d’attendre, il en voulait trop, ce qui peut se comprendre. Mais a été très préjudiciable à lui et son équipe. Au vu des images, il m’apparait que Vettel était passé, mais celui-ci craignant de rater son freinage ou son virage, a voulu légèrement se décaler sur la droite. Sauf qu’ici, le légèrement fût trop. On voit que Webber ne corrige pas sa trajectoire d’un iota, tandis que la Red Bull n°15 se rapproche au fur et à mesure du dépassement. L’Aussie ne voulait pas faire de traitement de faveur à son coéquipier, l’allemand, lui, le pensait. Les deux sont dans leur droit. Mais franchement, n’y avait-il pas assez de place à droite, quitte à reporter le dépassement d’un virage ou un tour ?

Sebastian montre ainsi qu’il a l’envie des champions, leur courage et leur abnégation. Mais, il y a toujours un mais, il ne semble pas faire montre de leur maturité et de leur patience. Ni de leur lucidité. Hamilton sur Glock à Monza était couillu mais pas si dangereux. Vettel sait, lui, que Webber est extrêmement dur à dépasser. Il l’était déjà avant dans des écuries très modestes. Alors maintenant, avec la meilleure voiture du plateau, et dans la forme de sa vie, c’était évident qu’il ne ferait aucune fleur, équipier ou non. Vettel me donne l’impression d’un Senna, en plus arrogant. Webber celle d’un Prost, comme en 1993. Et donc Horner doit jouer les Dennis, avec encore plus d’enjeux et sans les mêmes dimensions tragicomiques que son duo implique. On en revient au même, toujours.

Ne reste plus qu’à savoir si cela aura des conséquences psychologiques sur les deux, sur l’un ou sur aucun. Webber est un guerrier, mais a ses faiblesses. On sait que Vettel n’est pas totalement un robot aseptisé de sentiments. Les deux ont déjà eu un contentieux, Fuji 2007. Mais n’étaient ni coéquipiers, ni favoris du championnat et jouaient pour un podium. Autres enjeux, autres conséquences, autres pressions. Si rivalité exacerbée il doit y avoir, elle ne fera que commencer et s’aggraver. Comptons sur les médias pour faire monter une tension qui ne doit pas être si énorme, une rivalité d’égos saine qui se transformera en choc des héros (zéros, si aucun des deux ne vient à triompher), et dont Red Bull aura tout à gagner ou tout à perdre. Leur principal adversaire reste donc RBR lui-même. Et connaissant McLaren, Ferrari, voire même Brawn et Renault, il n’y aura aucun cadeau, tout sera bon pour exploiter la moindre faiblesse.

Et nous ne sommes même pas à mi-saison, quelle veine ! D’annoncé prometteur, le championnat est déjà grandiose !

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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