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Rush affiche film Ron Howard 2013

Le film Rush vaut-il le coup d’aller au cinéma ?

Réalisateur loin d’être dénué de talent mais manquant cruellement de régularité dans ses œuvres, Ron Howard cumulait les défis en s’attaquant au sport automobile avec Rush.

Sujet parmi les plus maltraités du septième art ces dernières décennies, la course automobile permettait à Ron Howard de renouer avec les films de voitures, un genre qui avait marqué ses débuts avec Roger Corman dans Grand Theft Auto et Eat My Dust! Mais aussi le décalé Gung Ho.

Le défi de Ron Howard s’annonçait difficile entre le devoir de satisfaire l’exigeant public amateur de sport automobile et celui de séduire le grand public pour rentabiliser Rush. Sa tâche était toutefois aisée en arrivant après les lamentables Driven et Michel Vaillant ou encore l’insipide Senna, best-of documentaire sans grande valeur ajoutée. L’ami Ron Howard allait-il mieux faire ?

Le scénario

Basé sur la rivalité réelle entre l’Autrichien Niki Lauda et le Britannique James Hunt, de leurs débuts à la lutte pour le titre de champion du monde de Formule 1, Rush part sur des bases saines, loin du scénario alambiqué de Driven. La réalité dépassant souvent la fiction dans le sport automobile, il est presque à regretter d’avoir attendu 2013 pour qu’un tel film se fasse. Le réalisateur avait toutefois prévenu que l’histoire serait adaptée et non fidèlement retranscrite. Entre un Apollo 13 bien léché et un De l’ombre à la lumière assez libertaire, on pouvait s’attendre à tout.

Après une introduction sur la grille du Grand Prix du Japon 1976, le film revient en arrière pour évoquer le décalage existant entre les deux hommes, différents en tous points à l’exception de leur passion pour le pilotage. Ron Howard ne tarde pas à prendre quelques libertés pour faire naître la rivalité dès la Formule 3, réécrivant l’incident entre James Hunt et Dave Morgan, tout en y effaçant Dave Morgan pour y mettre Niki Lauda, mais aussi en repeignant les Lotus de l’époque, mais passons.

La trame est fixée. Hunt est extraverti, Lauda introverti. Hunt marche au feeling, Lauda au travail. Les traits sont forcés, la location d’un même appartement occultée mais le néophyte n’y verra que du feu. Les deux hommes arrivent en Formule 1. Désavoués par leurs parents, Niki Lauda sera le pilote payant faisant rapidement ses preuves. James Hunt arrivera avec le fantasque Lord Hesketh avec qui il progressera avant de voir l’écurie mettre la clé sous la porte par manque de moyens.

Après une petite baisse de moral, James Hunt parvient à convaincre McLaren pour remplacer Fittipaldi en 1976. Si pour les besoins de l’histoire, la concurrence au sommet naissante entre Lauda et Hunt est accentuée, le récit est plutôt fidèle, y compris dans la vie privée des protagonistes entre premiers mariages mais aussi premier divorce pour le Britannique.

Le cœur de l’histoire est du même acabit. La saison 1976 est narrée sans discontinuité des événements, révélant l’aspect intense d’une saison de Formule 1 à une époque où le calendrier était moins rythmé qu’aujourd’hui.

Du début de saison à la finale de Fuji, en passant par les pièges mécaniques, l’incident de Niki Lauda au Nürburgring et son combat pour revenir, le récit est fidèle. Quelques imperfections subsistent mais l’objectif du film est ailleurs. Le grand public est peu habitué à jongler avec les subtilités des règlements et des polémiques. Ron Howard prend toutefois le risque d’évoquer une disqualification technique et il n’y a rien à en redire.

La fin est abrupte, tout en conservant sa force émotionnelle. Au sommet, l’hédoniste Hunt brûlant son titre à l’envie, considérant qu’il n’avait plus rien à prouver, en décalage avec un Lauda continuant à travailler sans relâche.

L’œuvre est propre et prend moins de distance avec la réalité. Il aurait été judicieux de ne pas oublier les derniers coups d’orgueil de James Hunt, ni même la paix intérieure et sanitaire finalement trouvée peu avant son décès. Trente secondes de texte sur deux heures de film auraient valu le coup et ajouté une autre dimension émotionnelle, sans pour autant tourner dans le pathos qu’un Senna avait pu faire.

Les acteurs

Vu dans Thor, Chris Hemsworth incarne James Hunt. Excellent dans Good bye Lenin!, Daniel Brühl devient Niki Lauda. Le choix des mots n’est pas anodin.

Peu aidé par un scénario romancé, Chris Hemsworth a du mal à être James Hunt. Un aspect dont se souciera peu le grand public mais l’acteur ne semble pas avoir assimilé la profondeur du pilote britannique. En résulte un sentiment d’imitation plus que d’incarnation, tendant à considérer Hunt comme froid parfois, ce qui n’était souvent pas le cas.

Daniel Brühl délivre en revanche une prestation impeccable. L’Allemand incarne l’ancien pilote autrichien, dans son côté méthodique, son franc-parler, son rétablissement, son charisme à l’opposé de James Hunt. Daniel Brühl est Niki Lauda, aussi simple que cela puisse paraître.

Plus discrets, les autres acteurs voient Pierfrancesco Favino jouer un Clay Regazzoni disgracieux mais moustachu. L’essentiel devait résider en ce point. Les amateurs de Game of Thrones seront ravis de voir Natalie Dormer sous ses airs les plus coquins, tandis qu’Olivia Wilde fait du Olivia Wilde. La compagne de Niki Lauda, interprétée par Alexandra Maria Lara, est plus convaincante. Amoureux des yeux de Cevert ? Vous serez déçus en ne voyant que le tronc du Français.

Les plus curieux apprécieront le stoïcisme d’Augusto Dallara en Enzo Ferrari. Pilote en Porsche Supercup décédé quelques semaines après la sortie du film alors qu’il était passager d’une Porsche au Queensland Raceway, Sean Edwards fait de courtes apparitions dans le rôle de son père, Guy Edwards. Plus surprenant, le rôle du silencieux Luca di Montezemolo – comme les temps changent – est confié à Ilario Calvo, anciennement chroniqueur aux côtés de Nikos Aliagas d’Union Libre, l’émission de Christine Bravo pour les courageux qui regardaient le service public le samedi vers 19h aux alentours de l’année 2000. Ces petits détails qui vous notifient que vous aussi vieillissez…

Dans l’ensemble, aucun acteur ne surjoue. Un point appréciable d’autant plus que le scénario n’aide pas forcément avec les phrases clichées sur ce qui attire les femmes chez les pilotes. So seventies.

La bande-son

En installant Hans Zimmer aux commandes des pistes sonores, Rush prenait peu de risques. Bien rythmées, celles-ci collent au rythme du film qui se déroule sans réel temps mort. Peu de scènes sont inutiles à l’intrigue et quand bien même existent-elles, ces phases ne sont pas ressenties tant l’atmosphère immerge le spectateur.

Il n’y a pas de place pour l’ennui, hormis une ou deux surcharges d’informations techniques. Celles-ci sont toutefois justifiées par le scénario, ce qui offre un aperçu de l’essentiel au néophyte sans noyer le spécialiste. Le défi de Rush résidait en un autre point pour un film sur la course automobile : le son des monoplaces. Malgré quelques étrangetés, les sons sont bien calibrés, évitant les pièges d’un moteur inadapté ou anachronique.

Les scènes de course

Avant même d’évoquer les plans de course, le plus mauvais aspect dans le domaine vient du faible de Ron Howard pour les innombrables plans sur les pistons et les échappements. Passons maintenant aux choses sérieuses.

Sans atteindre la perfection de Grand Prix ou Le Mans sur la qualité des images en course, Rush se défend bien. L’accumulation de plans serrés et nerveux est regrettable mais le défaut est partagé par les films de course les plus récents. Reconnaissons toutefois au réalisateur le courage d’avoir évité l’utilisation massive d’effets spéciaux et d’avoir judicieusement choisi les images d’archives pour remettre dans le bain sans être assommé.

Par rapport aux films déjà cités, le mélange entre trame de fond et scènes de course est un bon point pour séduire le grand public. Les accidents sont finalement rares et les problèmes mécaniques illustrés en de nombreuses reprises. L’immersion et l’intensité des départs sont également bien retranscrites sans avoir à user du rythme cardiaque comme Le Mans.

Certaines situations prêteront à sourire chez les fans et amuseront les néophytes. Quelques plans larges en ligne droite retranscrivent mal l’impression de vitesse mais le détail est léger, tout comme certains incidents grossièrement accélérés à l’image du tête-à-queue de Lauda en F3. Les contraintes de tournage liées à des véhicules historiques de plus de trente ans entrent en compte mais fort heureusement, cela se remarque très sporadiquement.

Les décors

Gros point d’interrogation du film, les premières critiques alertaient les fans de certains décors inadéquats. Alors il est vrai que le Circuit Paul Ricard n’est pas utilisé mais qui le ferait vu le parking qu’il est aujourd’hui ?

D’autres raccourcis existent mais l’illusion est bonne, même pour des yeux avertis. Kyalami dispose de sa légendaire longue ligne droite. Le tracé du Nürburgring est utilisé à merveille pour les scènes dont celles de l’accident de Niki Lauda, quasiment reproduit à l’identique. Bien qu’à contresens, Monza rend superbement à l’image, qu’importe le circuit qui ait été réellement utilisé.

Les exemples ne manquent pas. Nous lançons d’ailleurs une alerte génie envers la personne qui a eu l’excellente idée de glisser un panneau publicitaire Toyota à Fuji, propriété du constructeur. Autant certains détails peuvent faire crisser des dents, autant celui-ci était particulièrement bien inspiré.

Autre point apprécié, aucune livrée n’a été maltraitée par la Loi Evin durant le tournage. Vous imaginez James Hunt avec une paille à la Lucky Luke ?

Bilan

Mise en scène, l’opposition de styles entre James Hunt et Niki Lauda est fidèlement restituée dans ses grandes lignes et même plus. Sans être focalisé et obnubilé sur l’action en piste, Rush s’avère aussi rythmé qu’une ode à la vie, qu’une course à la passion. Les scènes finales l’illustrent bien, chacun des deux protagonistes commençant à préparer le futur avant même de prendre leur retraite sportive.

Rush est probablement l’un des meilleurs films sur la course automobile jamais fait. La passion, l’adrénaline et la crue réalité de l’époque s’y complètent dans une ambiance qui ne jure pas aux faits originaux. A terme, Rush a sa place dans un tryptique de films à voir avec l’expérimental Grand Prix de John Frankenheimer et le docu-film Le Mans de Steve McQueen. Le film n’est certainement pas un chef-d’œuvre du septième art mais possède toutes ses chances pour devenir l’une des références des films sur le sport automobile.

A l’image d’Apollo 13, Ron Howard a habillé quelques faits historiques pour rendre l’histoire plus accessible. Un défaut pardonnable. Les images sont belles, la trame est belle, la retranscription émouvante et passionnante, hormis quelques flous artistiques.

Cela suffit-il pour attirer le grand public ? A voir. La présence de Chris Hemsworth et Olivia Wilde peuvent aider mais la prestation d’un Daniel Brühl, tout feu tout flamme, est bluffante. Une incarnation d’un rôle rarement vue depuis Heath Ledger dans le rôle du Joker dans The Dark Knight.

Par son subtil dosage entre la rivalité en dehors de la piste et dessus, Rush apporte crédibilité et originalité au genre sans basculer dans le biopic, piège facile mais autrement plus délicat à mettre en scène. Rush est une formidable publicité pour le sport automobile et la Formule 1. Certes, la Formule 1 d’antan, dangereuse, pleine d’adrénaline. Mais il faut commencer quelque part et le parfum dégagé par Rush sera à l’avenir l’un des meilleurs arguments pour attirer les futures générations.

Il sera intéressant de voir, dans quelques jours, à quel point le documentaire 1 pourra compléter Rush dans cette mission.

Réalisateur loin d'être dénué de talent mais manquant cruellement de régularité dans ses œuvres, Ron Howard cumulait les défis en s’attaquant au sport automobile avec Rush. Sujet parmi les plus maltraités du septième art ces dernières décennies, la course automobile permettait à Ron Howard de renouer avec les films de voitures, un genre qui avait marqué ses débuts avec Roger Corman dans Grand Theft Auto et Eat My Dust! Mais aussi le décalé Gung Ho. Le défi de Ron Howard s’annonçait difficile entre le devoir de satisfaire l’exigeant public amateur de sport automobile et celui de séduire le grand public…

Passage en revue

Scenario / Originalité - 9
Acteurs - 8.6
Rythme / Bande-son - 9
Environnement - 8.3
Réalisation - 8.7

8.7

La Formule 1 tient enfin son bon film du 21e siècle. Avec 37 ans de retard mais c'est un début !

Résumé : L'opposition de styles entre James Hunt et Niki Lauda est assez fidèlement mise en scène. Alternant entre la rivalité sur la piste et en dehors, Rush parvient à éviter les nombreux pièges dans lesquels les films les plus récents sur le sport automobile s'étaient fourvoyés. Selon les goûts, Rush devrait titiller Grand Prix de John Frankenheimer et Le Mans de Steve McQueen grâce à son sérieux sans tomber dans la caricature. Le film n’est pas exempt de raccourcis, de clichés ni de caricature mais possède toutes ses chances pour devenir l'une des références du genre. De quoi pardonner certains péchés. Le duo entre Chris Hemsworth et Daniel Brühl fait des étincelles. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, ce n'est pas tant Hemsworth qui impressionne mais l'Allemand qui réalise l'une de ses plus belles prestations, sinon la meilleure à ce jour. Rush est une formidable publicité pour le sport automobile et la Formule 1 d'antan, celle où la prise de risque était encore calculée et laissée à l'appréciation de chacun. Bien que dénaturée, Ron Howard nous laisse un film d'une qualité nettement supérieure à ce qui a pu se faire depuis vingt ans au moins pour convaincre les futures générations que le sport automobile est bien plus que tourner en rond.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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