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Faire la légende ne tient qu’à… peu !

Sur le podium, chaque pilote devient une légende, le temps d'un instant.

Schumacher n’a jamais attiré de sentiments incroyables pour moi. Même si je l’ai vu gagné de visu lors du seul GP de F1 auquel j’ai assisté. Magny-Cours 97. Peut-être cela aurait dû m’impressionner. Au contraire, les années aidant, j’ai développé en toute honnêteté une aversion envers Schumacher. Mais je vais tenter de me livrer à une analyse objective, car il est sous le feu des critiques qu’il a lui-même provoquées mais qu’il ne mérite pas totalement.

Nous devons l’assumer et vivre avec, Michael Schumacher est indubitablement un des grands de ce monde du sport automobile. Il a su se construire afin de devenir l’émanation et l’incarnation de l’ensemble des paramètres, tant au niveau du talent qu’ailleurs, qu’un pilote moderne se doit d’avoir. On ne pourra non plus jamais contester le fait qu’il ait un coup de volant inné, une volonté indéfectible, un talent jamais gâché et une grande intelligence hors-course et en course. Tous les éléments pour bâtir un pilote d’exception, sinon le plus grand. Son investissement avec Ferrari et son implication sans limite ont fait de lui un pilote fidèle comme cela n’existait plus vraiment, un partenariat unique, un contrat de confiance.

Mais en dépit de toute cette accumulation de ressources, on ne peut pas vraiment dire que Schumacher est devenu une icône incontestable de son sport. Peut-être justement en raison de cette même accumulation. Les raisons sont nombreuses, mais il n’est pas le responsable mécréant dont certains se plaisent à caricaturer. Il a ses torts, mais il a aussi une présomption d’innocence sur certains sujets. Faisons le tour.

On peut débuter par le fait qu’il a débuté sa carrière à une période spéciale, voire même charnière de la F1. Arrivé presque par hasard prématurément à Spa 91, en raison d’une sombre histoire d’agression commise par un des pilotes Jordan, Eddie Jordan se tourne vers lui, sur des conseils avisés. Il ne le gardera pas longtemps, car le natif de Kerpen est lancé. Oui, mais. Nous sommes en fin de saison 91, les grands pilotes de la décennie turbo des eighties se sont au choix : retirés, sur le déclin, futur décédé pour l’un, rayez la mention inutile. Ne cherchez pas, il n’y en a aucune. Senna, le dernier des héros de la décennie précédente, devant trouver la mort en 1994, l’année du premier sacre de Schumacher, ce dernier n’a donc pas vraiment su justifier son nouveau statut par une bataille épique face à un maître du sport. Certains iront même jusqu’à dire qu’il a symboliquement usurpé ce titre aux héros anciens dans les circonstances tragiques de ce funeste week-end d’Imola.

Sans parler du soupçon d’antipatinage et de manœuvres douteuses de la FIA cette année. Même s’il fût le meilleur sur la piste cette année là, son premier titre n’en gardera qu’un goût amer aux yeux de beaucoup d’amoureux du sport. Et ces derniers auront souvent gardé la dent dure envers l’allemand tant il est dur de se remettre d’un titre contestable remporté après le choc émotionnel que fût la mort de Senna.

On peut aussi disculper Schumacher pour les errances de ceux qui ont voulu transformer son palmarès comme preuve irréfutable de plus grand pilote de tous les temps. Comparaison idiote tant les époques ne peuvent être comparées, mais de plus, cela a participé à augmenter une haine latente envers lui de la part de ceux qui le voyait comme un voleur, un usurpateur de mythes, alors qu’il n’a jamais eu à les affronter directement pour un titre. Mais on ne peut choisir ses contemporains !

Pour contrebalancer ces propos, on ne peut cependant pas contester que souvent son comportement en piste et ailleurs, sa volonté de gagner à tout prix, et sa nonchalance envers la manière au profit du résultat, sont autant d’éléments qui ont participé à l’amalgamer à un barbare sans merci. De plus, sa volonté explicite d’avoir des coéquipiers qui le servent en tous temps, les réduisant à de sombres ombres destinées à récupérer des miettes de victoires une fois le titre assuré, a été longuement critiquée. A juste titre d’ailleurs. Devoir s’effacer pour son coéquipier dans une course au titre peut être louable, mais lui, le demanda en toutes circonstances, faisant que sa domination outrancière chez Ferrari a un goût de facilité en arrière-bouche, loin de l’idée de compétition et de combativité dont la F1 se manquait peu à peu.

Et à bien y regarder, quand Schumacher prit sa retraite en 2006, sa carrière a pu apparaître comme terne et bien frustrante puisque cet homme n’était finalement devenu plus une légende comptable, un palmarès énorme mais sans relief ni profondeur, qu’une légende épique sur la piste (hormis sous la pluie, où là, il y a aussi peu à critiquer que pour Senna et d’autres en leurs temps). Vous noterez que je parle beaucoup de Senna aussi, mais je ne suis pas un gros admirateur non plus, preuve s’il en est de l’objectivité dont j’essaie de vous procurer. Certains diront qu’il y a beaucoup de victoires pour bien trop peu de grands moments héroïques. Sans compter le terrible ennui soporifique qui a accompagné ses années de titres sans partage. L’on peut alors penser au gâchis énorme, provoqué par un concours de circonstances parfaitement optimisées, et rêver de ce qu’aurait pu être la carrière d’un tel talent.

Qu’on se le dise honnêtement, je ne suis personnellement pas déçu de ce retour de Schumacher. Je ne m’attendais pas à ce qu’il gagne d’entrée, c’était évident. Mais il tient là l’occasion de donner un relent symbolique et réellement historique à sa carrière, et encore plus si cela était couronné de succès… au bout de ses trois ans de contrat. Il a trois ans, enfin plus que deux et un tiers, pour réussir ce pari. Mais gare à la saison de trop, comme Armstrong au vélo cette année. Alors on peut toujours jeter son venin sur ses manœuvres tout aussi polémiques qu’avant. Mais on revient à ce que j’avais cité avant, gagner à tout prix peu importe la manière. Ne pouvant jouer la gagne, il défend ses positions à tout prix, peu importe la manière. A lui de voir s’il pourra un jour faire la différence entre une bataille dure sur la piste, avec les limites de l’acceptable. Limite presque franchie dimanche. Que cela serve d’avertissement, cela pourrait se terminer malheureusement pour quelqu’un. Pour lui surtout, un retour finissant sur une telle image, ne serait qu’un gâchis de plus.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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