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Formula One Strikes Back

Quand la F1 ne cesse de surprendre

Souvenons-nous, il y a deux semaines. La Formule 1 était mortelle, mortelle d’ennui. Tout le monde tirait à boulets rouges dessus (cruel manque de goût par ailleurs), il fallait réagir. Il fallait sauver le soldat F1. Vite. Trop vite même. Et finalement, à ce jour, c’était ce qu’il ne fallait absolument pas faire.

A vrai dire, il ne manquait pas grand chose pour que les deux franges des spectateurs de F1 en aient tous pour leur compte. Les amateurs de sport ont vu des batailles disputées tout au long du GP, tandis que les amateurs de spectacle s’en seront mis les mirettes du premier virage au dernier tour, malgré un passage à vide en seconde moitié de course. Rebondissements, paris osés, cadre verdoyant et humide (Ah-le-vert-parc… ils sont où les écolos d’ailleurs ?), spectacle, luttes, combativité, résistances, que demander de plus ? Que ça dure, ici et ailleurs. Ni plus, ni moins.

Button aura réalisé une course des plus matures, une de ses victoires les plus abouties. Un peu du même calibre que la Hongrie 2006. Il démontre au passage qu’il n’est pas un champion en carton. Et encore moins un ultraconservateur au volant, car le pari, bien qu’aidé par les conditions changeantes de début de course, il fallait oser le faire. Et l’assumer. Button a fait un coup de poker, Hamilton a attendu. Bien que le playboy se soit fait peur deux tours durant, il a vite su relancer la machine, tout en étant à l’abri des incidents avec cet arrêt sur-anticipé mais au timing parfait. Et c’est bien là que sa victoire est passionnante, de par son intelligence de course, et non une tactique d’attente. L’audace et la prise de risque ont été récompensées c’est plutôt positif.

Son coéquipier a été moins verni. La faute à une course d’attente d’ailleurs, bien que dissimulée sous un pilote ultra-offensif. Lewis démontre bien sur cette course qu’il est un pilote formaté de fond en comble. En grossissant le trait, on peut se dire qu’il laisse inconsciemment toute la latitude de réglages aux ingénieurs, se contentant de piloter comme un dingue (tantôt avec réussite, tantôt non) en piste. Les conditions changeantes en course, il n’arrive donc pas à s’adapter, et c’est là qu’il se différencie de ses coéquipiers, que furent Alonso, Kovalainen et Button, qui eux arrivent à s’adapter assez aisément à des conditions changeantes. On l’a vu en Chine 2007, on l’a revu hier. Sinon, rien à dire sur sa course, il avait rapidement su effacer sa mauvaise qualification. Je ne dirai rien sur ses donuts en ville, mais plus sur ses critiques envers l’équipe concernant la stratégie. Si Button peut faire un pari, tu le peux aussi Lewis, comme si c’était nouveau. Donc ne joue pas la pleureuse, tu te fais des ennemis…

Paradoxalement, l’abandon de Vettel me réjouit. Mais à moitié. Il me réjouit car il démontre à Horner que Renault n’est pas responsable de tous les maux de fiabilité de son équipe. Horner a beau être sympa, mais il devient un peu fort en gueule. Espérons qu’il se rattrape, car n’est pas Stoddart 2.0 qui veut. Mais cet abandon ne me satisfait pas non plus, car ses cohortes de fans (à Vettel, pas à Horner) sont désormais persuadés qu’il est le nouveau chat noir du plateau. Il faut arrêter. Il y a beaucoup de casses suspectes, qui n’affectent que Vettel. Certes, Newey a fait la machine, et il est désormais acquis que celui-ci aille trop loin dans sa recherche de compromis fiabilité-performance. Mais la chance ou malchance des uns face aux autres me laisse toujours dubitatif, la chance se provoque, et il faut savoir gérer tout en étant aux limites, ce que Vettel ne me semble pas encore capable de faire à 110%. Concernant Webber, trop de fautes ce week-end pour espérer mieux. Il finit avec le meilleur tour, peut-être le tour de colère envers lui-même. Et encore, c’était avant ce freinage raté où l’AussieGrit s’est transformé en carapace de Mario Kart. Dommage, le succès à domicile était proche le samedi, mais la prestation du dimanche loin d’être digne de celle de 2002 !

Parlant prestation du dimanche, celle de Kubica fût magnifique. Silencieuse mais efficace. Second à la régulière, et solidement défendue. De la belle œuvre. Renault peut-être satisfait du week-end. Dommage que Petrov n’ait une fois de plus pas su concrétiser son départ opportuniste (18ème sur la grille, P11 au 1er tour, P9 lors de l’abandon). Allez, courage les jaunes, vous êtes sur la bonne voie !

Paradoxalement, j’ai trouvé Massa bon sur cette course. Excellent départ, bonne course bien qu’un peu tendre. Le seul pilote sur les deux podiums en ce début de saison. A voir si cela durera, car son courage risque de sombrer en cours de saison, Alonso ne sera pas relégué en fin de peloton à chaque départ. Et même là, il le fût, pour finir dans les échappements de son coéquipier. Maître de son sujet, sans trop en faire. Le duel pourrait vite tourner court, une chance que Massa ait fini devant lui cette fois…

Chez Mercedes, Rosberg ne m’a pas encore transcendé. Il monte en puissance certes, mais c’est poussif. Je pensais que les diesels Mercedes ne le seraient pas. Mais bon, circonstances atténuantes, la Mercedes a l’air un peu en retrait des autres teams. Ce qui pourrait expliquer cette remontée délicate de Schumacher. Le départ fut bon, mais gâché par un fait de course. Son autre course, celle en peloton, avait l’air de ne pas lui convenir. Comme un étranger à son propre sport, il sait qu’il devra regagner les avants de grille pour espérer mieux. En attendant, Nico score.

En Inde, du côté de la Force, on pourrait faire le même constat qu’il y a deux semaines ! Liuzzi n’a pas fait de flamme, mais il est plus qu’efficace pour ramener des points. Sutil a du mal à montrer quoique ce soit pour le moment. Dommage pour lui, il pourrait regretter une éventuelle saison de trop chez FI.

Pour Williams, Rubinho continue son œuvre de roublard picoreur de points. Hülkenberg pour sa part a vu le pacte nippo-germanique brisé, un kamikaze en perdition le fouettant en plein vol. Il devrait s’en remettre tôt ou tard, pour le bien de tous.

La petite Scuderia aura fait vache maigre, une fois de plus. Pourtant, Alguersuari aura tout fait pour conserver le point quasi-inespéré. Peine perdue. Et comme Buemi avait été une victime collatérale du tampon Kobayashi-Hülkenberg, il n’a pas pu montrer quoi que ce soit dans des conditions qui auraient pu lui convenir.

Deux paragraphes qu’on parle de lui, abordons-le ! Kobayashi, ou l’homme qui perd ses museaux. C’est vrai que dès la présentation, je les avais trouvés assez vulnérables et fins, mais à ce point, c’est de la mauvaise volonté. Comme on ne saura jamais vraiment, n’insistons pas. Les Sauber sont restés égales à elles-mêmes, dans leurs capes d’invisibilité. de la Rosa se sera montré un temps dans les points, avant de s’écrouler en fin de course. Que voulez-vous, ils appellent ça l’expérience !

L’exploit du week-end, outre celui de Button, vient de Chandhok. Et plus globalement de HRT. HRT qui est déjà revenu à 1″8 de Lotus en qualifications et 1″4 au meilleur tour, c’est déjà très appréciable. Et qu’ils rallient l’arrivée encore plus. Ils ont du courage d’être là, ne tuons pas les bonnes intentions. Bonnes intentions, celles de Kovalainen aussi. Remarquable au volant de sa Lotus en ce début de saison. S’il existait un challenge des nouvelles écuries, il caracolerait en tête. Trulli lui n’a pas été verni, ne pouvant prendre le départ pour cette satanée hydraulique, cauchemar des newbies. Parlant de ceux-ci, évoquons finalement Virgin, dont le réservoir trop petit pour une course m’a bien fait rire. Glock en décroisant un concurrent nettement plus huppé a démontré qu’il se débattait. di Grassi pour sa part a encore tout à prouver. A sa décharge, comment prouver quand on sait que l’on aura du mal à finir. Burlesque. Mais finalement assez prévisible.

L’Albert Park aura au passage connu sa plus grosse affluence sur les dernières années, conséquence des montées en puissance annuelles Webber-RBR, mais malgré le GP mitigé du clan local, personne n’est reparti en baillant, ni même en ronflant sur son canapé, qu’on soit à l’heure GMT ou à UTC-5. Comme quoi. Cependant, le GP d’Australie a-t-il effacé d’un trait les inquiétudes de cette saison ? En partie, oui. Il les a noyés. Car la piste humide aura beaucoup joué en faveur du spectacle, via un couloir s’asséchant et le reste demeurant précaire. Mais la pluie n’expliquera pas tout non plus. Quand on regarde dans le passé, on constatera avec un sourire en coin que les courses à Melbourne sont rarement prévisibles, et pleines de rebondissements. Sans rentrer dans plus de détails, le doublé Brawn l’an passé après des derniers tours de feu, la 5ème place de Webber en 2002 sur une Minardi, Fisichella vainqueur en 2005, Irvine en 1999, Villeneuve passant proche de la victoire pour sa première course en 1996, des courses folles : 1997, 1999, 2002, 2003, 2008 pour les plus marquantes et celles qui me reviennent à l’instant.

N’oublions pas non plus que le microcosme de la F1 aime Melbourne. Tout comme il aime Montréal, et quelques autres évènements qui fourmillent de charme sans pour autant être au top de la séduction technologique. Certains promoteurs devraient s’en inspirer. Tout comme d’autres personnes qui semblent penser que les circuits loin de tout et medley de morceaux choisis, ne font pas des rendez-vous attendus de tous. La F1 restera un sport excitant à souhait. Aux promoteurs d’en offrir le cadre où le sport peut le mieux s’exprimer. A bon entendeur.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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