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Hermann Tilke et l’ennui

Dur dur de créer de l'excitation, n'est-ce pas Hermann ?

Hermann Tilke est-il responsable de l’ennui et du manque de spectacle qui parsème les épreuves du championnat du monde de Formule 1 ? Si décrié qu’il est, en est-il pour autant l’unique coupable ? Ne serait-il pas uniquement victime des contraintes et des facilités à trouver un coupable ?

Commençons par les exemples de remodelage de circuits. Tilke était impliqué dans celui du Hockenheimring. Des changements massifs qui n’avaient pas reçu un accueil des plus optimistes, notamment en raison de la suppression de la section entière de la piste qui jaillissait au milieu de la forêt à des vitesses parmi les plus élevées de la saison. Une section qui était à l’origine de la renommée du circuit allemand. Mais pourquoi un tel lifting ? L’impératif donné à Tilke était la sécurité, bien qu’il n’y ait eu aucun mort sur les vingt dernières années.

D’autres modifications ont été faites mêlant impératifs sécuritaires et volontés promotionnelles, comme la dernière portion de Barcelone ou la Variante del Rettifilo de Monza. En dehors des modifications, Tilke a également été impliqué dans la construction de nombreuses pistes récentes en Formule 1, la première étant Sepang. En tout, plus de la moitié des circuits de la saison 2011 de Formule 1 sera passée, tout ou partie, entre les mains de Tilke.

La marque de fabrique de Tilke réside en un mélange de lignes droites et d’épingles serrées, ce qui selon lui est censé encourager les dépassements. Des zones de dépassements qui se comptent malheureusement sur une seule main au mieux pour ces circuits. Pire, certaines pistes sont dotées de zones de dégagements énormes, interminables, et larges. Comme la piste.

Tilke n’est pas plus stupide que les autres. Il a été pilote, peut-être pas à un niveau exceptionnel, mais il sait ce qu’il faut pour doubler. Les promoteurs eux, ne se risquent pas à critiquer Hermann Tilke. Tavo Hellmund, le promoteur du Grand Prix d’Austin, le voit comme le meilleur. Et il n’est pas le seul. Je suppose également qu’en signant plus d’un contrat de circuit ex-nihilo par an, les promoteurs ne pensent pas qu’aux installations somptueuses et merveilles architecturales autour du circuit.

Il ne faut cependant pas oublier que le cahier des charges qui incombe à Tilke est loin d’être léger. Même au milieu du désert, il n’a jamais vraiment eu carte blanche. Il existe un document supplétif à l’International Sporting Code, faisant 16 pages et dénommé : « Procedures for the Recognition of Motor Racing Circuits. » Cela résume les impératifs qu’un circuit doit atteindre afin d’obtenir son homologation. La majeure partie concerne la protection et le bien-être des personnes sur la piste et en dehors. Ce sont donc bien des limites dont Tilke ne peut s’affranchir. D’autant plus que de nos jours, les circuits sont de plus en plus difficiles à rentabiliser, et ces dites pistes n’accueilleront donc pas que de la Formule 1 à moyen-terme. Or, par exemple, motos et monoplaces n’ont pas des zones de dégagements spécialement compatibles les une aux autres. Et afin d’éviter une rénovation à peine construite, on demande également à Hermann Tilke de penser à toute éventualité, alourdissant encore plus un cahier des charges bien rempli.

De plus, on remarquera que sur certaines pistes, notamment les formules de promotions, il arrive que les dépassements soit plus fréquents. Le niveau des catégories entre aussi en compte, et il est assez normal que plus le niveau monte, plus les dépassements sont délicats. On joue dans le haut-niveau, pas à Mario Kart entre copains. Sans oublier le facteur confiance des pilotes. Certains seront plus réticents que d’autres à dépasser, et parfois la marge d’erreur est faible, tandis que les points en jeu sont gros. A méditer.

Néanmoins, que l’on aime ou non l’équipe de Tilke, celle-ci a mené à bien sa mission de construire des circuits, selon les impératifs de toutes parts, en des temps records et maîtrisés, à l’exception de Yeongam pour des raisons n’incombant qu’à la météo. Pour de nombreux acteurs autres que les pilotes et les fans, il n’y a donc pas de raison de changer. Une équipe Tilke à laquelle il est également demandé de considérer les spectateurs comme principaux clients, comme l’allemand en faisait déjà la confession en 1999. Beaucoup trop de variables pour un seul homme, non ?

Jackie Stewart peut penser différemment, en invoquant Tilke comme responsable, car les circuits ne punissent plus les pilotes à la moindre erreur, en perdant au grand maximum que quelques secondes en sortant légèrement. Mais le fait est que le nombre de données qui est donné à Hermann Tilke l’empêche plus que probablement de faire cela. Il faut aussi prendre en compte qu’hormis la future piste d’Austin, il n’a jamais été demandé à Tilke de réaliser des circuits exigeants, représentant un véritable défi pour les pilotes. D’où aussi un manque d’excitation et une sensation de copier/coller de certaines recettes de Tilke avec des enchaînements de circuits mythiques.

La seule chose que l’on pourrait reprocher au microcosme de la F1 serait sûrement le monopole dont jouit Tilke. Beaucoup de personnes glorifient la piste de Losail, mais pour que celle-ci puisse accueillir la F1, il faudrait qu’elle bénéficie d’aménagement qui pourraient ruiner son intérêt relatif. Et ce n’est qu’un exemple.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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