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James Hunt : plus que du sexe au petit-déjeuner

James Hunt, grand champion parti trop tôt

Il est des hommes qui ne laissent pas indifférents à travers les âges, même sans avoir eu le privilège de les connaitre. Et si l’on s’intéresse à l’histoire du sport, ce qui me semble indispensable pour comprendre ses tenants et aboutissants, on peut retrouver des choses, des détails qui vous marquent. Je n’ai par exemple jamais caché mon admiration pour Steve McQueen, cet acteur touche-à-tout parti de la mélasse pour arriver au sommet et retomber. Quelque part, il y a des points communs avec un autre homme, sportif aussi. Il s’agit de James Hunt.

L’envie d’écrire sur cet homme est venue de deux évènements auxquels je ne m’attendais pas. D’une part, apprendre qu’un livre sur sa vie va sortir dans les prochains jours : Shunt : the story of James Hunt. D’autre part, voir les résumés des saisons 1975 et 1976 de la Formule 1 sur ESPN Classic. Et il est devenu évident qu’un tel personnage devait apparaitre ici, tant les pilotes actuels sont aseptisés. Revenons donc sur la vie de James Hunt.

James Hunt a financé par ses propres moyens son début en compétition automobile. Alors qu’il était invité par des amis à assister à une course, sa vocation s’éveillera. Renonçant aux études de médecine auxquelles il venait de s’inscrire, il multipliera les petits emplois afin de s’acheter voiture et inscriptions aux compétitions. D’abord sur des Minis, puis en Formule Ford et F3 avant de monter plus haut, toujours très vite. Rapidement, le personnage frappe. Fin 1970, en s’accrochant dans le dernier tour avec un adversaire, il sortira de sa voiture -en pleine piste- dont il manquait deux roues afin de faire justice par ses propres moyens. Sacré meilleur espoir britannique de l’année 1969, il deviendra pilote officiel March en F3 dans la foulée. Néanmoins, son style hyper agressif lui jouera des tours. On l’appellera assez vite « Hunt the Shunt » et March se séparera de lui en 1972.

Il sera alors récupéré par son compatriote Lord Hesketh, un jeune noble assez décalé, qui tranche dans le microcosme du sport automobile pourtant assez coloré à l’époque. Il permettra à Hunt de piloter en F2, qui s’illustre aussi vite que précédemment. L’année suivante, Lord Hesketh veut monter en F1. Il veut James Hunt comme pilote. C’est ainsi qu’un patron organisant des fêtes fastueuses et son pilote avec un style débraillé unique vont arriver dans le pinacle du sport. Cependant, les performances en piste sont loin d’être risibles, et en constante progression. Podium au quatrième GP, second aux USA en fin de saison, Hunt est huitième du championnat en ayant fait la moitié de la saison. L’année suivante est du même calibre, avec des podiums en fin de saison, pour un même classement final. Enfin, arrive en 1975 la consécration avec la première victoire du tandem à Zandvoort. La fin de saison sera superbe pour une écurie totalement privée, avec quelques podiums de plus à la clé, Hunt finira quatrième du championnat mais Lord Hesketh ferme son écurie, la noble famille n’a plus trop les moyens de s’amuser et ne trouve aucun sponsor. Dans tous les cas, James Hunt n’amuse plus personne, son style en piste est aussi flamboyant qu’en dehors.

James Hunt doit cependant trouver une place pour 1976. Sa chance viendra de Fittipaldi qui quitte McLaren pour l’équipe brésilienne de son frère, Copersucar. Il décroche ainsi chez McLaren, qui voit en lui plus une option rentable que gagnante, une voiture capable de lui offrir les moyens de ses ambitions. Malgré de bonnes qualifications en début de saison, l’entame reste laborieuse. Mais la victoire à la Race of Champions sera le déclic. Première victoire avec McLaren en Espagne, malgré une controverse d’aileron trop long de 18 millimètres. James tournera la situation en dérision en installant une plaquette « Car too wide » sur son aileron. Mais Lauda est très fort, trop fort… jusqu’à son accident au Nürburgring, qui redistribue les cartes. Hunt remontera une partie de ses 26 points de retard en gagnant plusieurs courses. Ne lui reste plus que trois points avant l’épreuve finale, le premier Grand Prix du Japon au Mont Fuji. Lauda s’arrêtera au bout d’un tour face aux trombes d’eau qui se déversent, l’autrichien, ayant évité la mort de peu quelques mois plus tôt, préfère ne pas prendre de risques. Hunt pour sa part domine largement la course, jusqu’à une crevaison. Malgré une remontée folle ensuite, l’absence de radio à l’époque lui fait penser qu’il a échoué. Sauf que ce n’est pas le cas pour un point ! Après demande de confirmation, et surtout de boisson, c’est un James Hunt canette de bière main gauche, cigarette main droite qui se dirige vers le podium.

La Formule 1 a alors pour champion le pilote le plus atypique probablement jamais vu. On le disait débraillé avant la F1, mais il se plait à arpenter le paddock pieds nus, mal coiffé, buvant des bières durant les weekends, clope au bec, femmes au bras, avec une devise répétée à l’envie : Sex is breakfast of champions.

La saison suivante le verra faire honneur à son titre, sans vraiment pouvoir lutter pour pouvoir le conserver. La McLaren n’a pas le niveau. La Race of Champions ainsi que trois nouvelles victoires le satisferont néanmoins. En 1978, avec la même McLaren, il ne gagnera pas, l’équipe n’ayant pas su s’adapter aux nouvelles techniques. Démotivé, le britannique le sera encore plus lorsque Ronnie Peterson son ami, mourra en Italie de par la mauvaise coordination des secours. Néanmoins, pour James, la responsabilité échoit à Patrese -ce qui sera faux- et il ne manquera jamais de lui rappeler. Toute personnalité charismatique n’en oublie pas des aspects parfois peu reluisants dans la personnalité, mais quand on sauve un ami des flammes avec d’autres pilotes (Depailler et Regazzoni) pour un résultat aussi dramatique, il n’est pas évident d’en sortir indemne, même si ces pilotes sont parés à tous les dangers.

En 1979, il tente de se relancer chez Wolf, pourtant en chute libre. Considérant la course trop risquée par rapport à ses maigres chances de réussir avec une telle voiture, il prend sa retraite après Monaco, six ans après ses débuts. Mais son ombre plane toujours, car il s’associe avec Murray Walker dès 1980 pour commenter sur la BBC. Grand analyste, avec un humour grinçant et donc semi-adulé semi-détesté par les masses, il rendra les britanniques extatiques le dimanche. Jusqu’en 1993 où James Hunt mourra d’une crise cardiaque, deux jours après le GP du Canada. Son charme et son style sec auront largement contribué à ancrer encore plus que nature l’intérêt britannique pour la F1. Les confrontations entre le gentleman Walker et l’aride Hunt faisant le sel de ce duo de choc, qui laisse rêveur face à un Malbranque-Laffite.

Son style de conduite était la parfaite représentation de son style de vie. Un pilotage rapide, à la limite, dur, éblouissant de talent. Considéré, tout comme Hesketh, comme un fêtard invétéré qu’il ne faut pas prendre au sérieux, James Hunt aura su gagner le respect de ses adversaires, et joindre le club fermé des champions du monde. Une équipe Teddy-Bear, comme le logo d’Hesketh le montrait. Loin de là, mordant tant sur la piste que dans le verbe. Et les actions suivaient. Presque sur le point d’en venir aux mains comme à Monaco 75 avec Depailler, ne dissimulant jamais ses penchants pour ses péchés alors que les censeurs arrivaient. En signant chez McLaren, il a ainsi provoqué une ire assez rapide en refusant de porter des costumes pour les fonctions de relations publiques. Côtoyer les grands et les puissants de ce monde en t-shirt et jeans, cela ne passe pas inaperçu, et c’est bien là la force d’Hunt. Un anti-conformisme à tout va. Un pilote de course et seulement de course. Il ne cachera jamais également sa répugnance pour les essais privés, préférant exercer ses dons de sportif ou de musicien. Et cela ne s’arrête pas qu’au microcosme de la F1, symbole de cette jeunesse post-68 qui n’a su mûrir, Hunt en gardera tous les excès : femmes, style, vie nocturne, dépressions, tabac, alcool, et même drogues. Comme toute personne controversée, sa vie amoureuse résidera en deux mariages ratés.

Néanmoins, ce côté excessif ne saurait faire oublier que James Hunt avait cette grandeur d’âme qui savait le rendre encore plus attachant. Lauda le portera dans son cœur, Peterson -son opposé comportemental!- nouera une grande amitié avec lui. Hunt fera aussi tout son possible pour offrir à Gilles Villeneuve ses débuts en F1, un an après avoir été battu par le Canadien en Formule Atlantic. Le Canadien ne l’oubliera pas, en lui demandant soutien et conseil le long de sa courte carrière, qui laissera Hunt encore plus déprimé après la mort de Gilles Villeneuve. Malheureusement, ce n’est qu’au crépuscule de sa vie qu’il semblait avoir vaincu ses démons, entre compagne, fils, moteurs et perroquets. L’on dit qu’il aurait demandé sa compagne en mariage le jour de sa mort. Triste destin pour un artiste toujours à la corde.

James Hunt est l’exemple type du pilote qu’il manque à la F1 moderne. Un personnage haut en couleurs, menant sa vie tambour battant à la limite, mais au final profondément humain. Avec des défauts qui savent toucher le public. Grandement admiré, avec une personnalité qui traverse les époques, les pilotes actuels paraissent de maigres ectoplasmes en comparaison, dans ce sport en pleine mutation corporate depuis les années 80. Certains ont la personnalité, d’autres le charisme, et d’autres encore le style de pilotage, mais vraiment aucun n’a la combinaison. Autres temps, autres mœurs…

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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