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La guerre des pneumatiques en Formule 1, le mal incarné ?

Pirelli 2013

2006 marqua la dernière année où la Formula 1 compta deux manufacturiers de pneumatiques : Bridgestone et Michelin. A l’issue de cette saison, Bridgestone devint alors le manufacturier unique de la Formule 1, Michelin ne se déclarant pas intéressé par un monopole.

Pirelli fournit les équipes de Formule 1 depuis une saison et demie, et n’est pas sûr de vouloir d’une nouvelle guerre des pneumatiques lors des saisons futures.

Les raisons invoquées

Le premier obstacle, qui semble faire sens aujourd’hui, concerne les dépenses qui découlent d’une guerre des pneumatiques. Pour faire mieux que l’autre manufacturier, il faut gagner des dixièmes. Pour gagner des dixièmes, il faut innover, donc investir.

Le deuxième point avancé par Paul Hembery concerne la sécurité. Selon lui, la quête de performance des pneumatiques se fait au détriment de la sécurité. Il cite d’ailleurs un exemple tristement connu, Indianapolis 2005 où toutes les équipes dotées de gommes Michelin n’avaient pas pris le départ, laissant 6 monoplaces sur la grille le dimanche du Grand Prix et des spectateurs dans les tribunes très en colère.

Troisième élément, les spectateurs ne verraient pas vraiment la différence entre les pneumatiques, comme on le voit aujourd’hui avec le code couleur Pirelli et les écarts de performance entre les gommes par exemple. Pour Hembery, si les différences entre les pneumatiques ne sont pas visibles par les spectateurs, alors celles-ci ne peuvent être comprises.

Qu’en est-il vraiment ?

Il est raisonnable de se demander si le coût engendré par une guerre des pneumatiques est si supérieur au coût actuel. Faut-il considérer le système des quotas des pneumatiques et le fait d’avoir un manufacturier unique sur le même plan ? En outre, créer des pneus pour qu’ils se dégradent constitue-t-il la solution optimale pour réduire les coûts ?

Ces questions, même si elles valent la peine d’être creusées, constituent néanmoins des arguments légers face à l’impératif de réduction des coûts dominant dans le paddock. Un point qui fait d’ailleurs pencher les équipes vers un manufacturier unique de pneumatiques, pour Hembery.

En ce qui concerne la sécurité, Hembery vise juste en évoquant Indianapolis 2005. Mais peut-on généraliser sur un événement singulier, sur lequel Michelin avait communiqué et des solutions avaient été proposées, puis refusées, créant le fiasco que l’on sait. Encore une fois, si tous les paramètres ne sont pas pris en compte, difficile d’arborer une position ferme sur ce point. Mais, encore une fois, le directeur de Pirelli sait évidemment de quoi il parle sur cet aspect.

Là où le débat peut surgir

Par contre, sur la question des spectateurs, le sempiternel débat entre sport et spectacle peut s’ouvrir à nouveau – si tant est qu’il eût été fermé entre temps !

Pirelli a fait le nécessaire pour faire revenir le spectacle et créer des dépassements en course, et quoi qu’il arrive, étant donné que le règlement est le même pour tous, chacun doit le gérer sur un pied d’égalité et les équipes se distinguent les unes par rapport aux autres pendant les courses, à travers les stratégies de pneumatiques.

Mais, en ce qui concerne le sport, la compréhension évoquée ne semble pas si limpide. Comment expliquer à des personnes qui commencent à regarder la Formule 1 – le pinacle du sport automobile et de la technologie – que les monoplaces tournent plusieurs secondes au tour moins vite qu’en qualifications, et ce même en fin de course où les pneumatiques sont sur leur fin de vie ? Les courses sont-elles lisibles de bout en bout ? Comment expliquer qu’un pilote signe plusieurs de ses meilleurs tours en course personnels, avant de brusquement perdre deux à trois secondes au tour, sans que quiconque ait concrètement la main sur le problème ?

Ce que tout cela semble révéler est une mutation du sport pour plus de spectacle, et peut-être moins de compétition acharnée – ou des manières de s’affronter alternatives et très différentes. Le pinacle du sport automobile peut-il inclure des artifices pour pimenter la chose ? Existe-t-il une limite à ne pas franchir pour ne pas faire fuir les fidèles de la première heure ?

En tous cas, si la guerre des pneumatiques a pu avoir une incidence sur le déclin d’audience du début des années 2000, n’omettons pas de préciser que ces années ont vu la domination outrancière de Michael Schumacher s’exercer sur le sport, l’Allemand remportant en effet cinq titres consécutivement de 2000 à 2004 !

À propos Juliette Follin

Juliette vous apporte les actualités, interviews et résumés de meetings de course sur un plateau, quelle que soit la discipline. En parallèle, elle supervise l'aspect technique et graphique sur le site et les réseaux sociaux.

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