Accueil / F1 / Business / La Russie s’associe à Sauber, Sirotkin en F1 dès 2014 ?
AUTO - WORLD SERIES BY RENAULT SPA 2013
© Renault Sport Media

La Russie s’associe à Sauber, Sirotkin en F1 dès 2014 ?

En proie à des difficultés financières, dont des retards de salaire et de paiement envers ses fournisseurs et son motoriste, Ferrari, Sauber F1 Team a annoncé un accord visant à assurer son avenir avec trois entités russes. L’équipe d’Hinwil devrait ainsi finir la saison alors que les rumeurs enflaient sur un éventuel retrait.

Qui sont ces russes ? Que nous veulent-ils ? Quels sont leurs réseaux ?

Sauber permet à la Russie de faire un nouveau pas dans la F1, à moins d’un an du premier Grand Prix de Russie de Formule 1  de l’histoire. La structure suisse s’associe donc avec le Fonds International de Coopération d’Investissement (Investment Cooperation International Fund), le Fonds Stratégique de Développement du Nord-Ouest (Fund for Strategic Development of the North-West) et l’Institut National des Technologies Aéronautiques (National Institute of Aviation Technologies).

L’Investment Cooperation International Fund a vu le jour grâce à la volonté de l’administration de Vladimir Poutine, à travers le Ministère du Développement Régional, et de la Chambre de Commerce et d’Industrie. Sa mission est d’attirer des investissements en Russie pour développer la technologie et moderniser une industrie russe qui se cherche encore.

Le National Institute of Aviation Technologies est l’une des agences scientifiques de pointe en Russie. Des échanges de savoir-faire et de technologie sont prévus avec Sauber. Les deux entreprises devraient également s’associer dans le but de commercialiser des technologies développées conjointement, à des visées aéronautiques et automobiles.

Le rôle dans l’accord du Fund for Strategic Development of the North-West est moins clair puisque ce fonds sans but lucratif vise à supporter et valoriser l’héritage culturel, économique et scientifique de la région de Saint-Pétersbourg. Quel intérêt aurait donc une telle entité à soutenir un Grand Prix se déroulant à l’autre bout du pays, à Sochi, si ce n’est de récupérer à moyen-terme ?

Quels changements attendre chez Sauber ?

Le communiqué de l’accord laisse entendre qu’il n’y aura dans l’immédiat aucun changement dans le management du Sauber F1 Team. La structure d’Hinwil conservera également son capital tel quel puisqu’il s’agit – officiellement – d’un partenariat et non d’un rachat.

Sauber profite donc de l’accord pour renflouer ses caisses tandis que les Russes ont pour objectif de gagner à travers les transferts de technologies, la visibilité du savoir-faire national mais aussi dans la préparation de pilotes. La préparation de pilotes vous avez dit ?

Sergey Sirotkin titulaire chez Sauber F1 Team dès 2014 ?

En plus des échanges technologiques et la monétisation du deal dans la production de projets communs, le National Institute of Aviation Technologies participera également à la promotion du futur Grand Prix de Russie.

Le NIAT ne s’arrête pas là puisqu’un programme de développement pour le fils du patron est prévu. L’agence est dirigée par Oleg Sirotkin, père de Sergey Sirotkin. Aussi condescendante que pourrait paraître la première phrase, le garçon n’est pas dénué de talent, loin de là.

Débutant sa carrière en 2010 par quelques courses de Formula Abarth, il revenait l’année suivante pour s’imposer dans l’European Series. Passant en Auto GP et en Formule 3 Italie en 2012, le Russe terminait respectivement troisième et cinquième de ces championnats.

Sergey Sirotkin, dix-huit ans le mois prochain, évolue désormais en Formula Renault 3.5 Series grâce au soutien du NIAT, dirigé par son père, et au management de Nikolay Vetrov. A mi-saison, le pilote placé chez ISR se montre assez convaincant. Sa pointe de vitesse sur un tour est indéniable, le Russe accrochant cinq troisièmes lignes en neuf qualifications.

Les courses sont moins régulières avec seulement un podium dans le déluge d’Alcañiz, l’équipe tchèque étant pénalisée en ayant deux débutants dans son équipe. D’autant plus, qu’à l’exception de Mathéo Tuscher, uniquement présent à Aragon, Sergey Sirotkin est le plus jeune pilote du plateau. Le futur majeur est doué, talentueux, mature et propre. Cela suffira-t-il ?

Là où le bât blesse, c’est que l’accord avec Sauber prévoit de préparer Sergey Sirotkin à piloter en F1 dès 2014 si possible. Si Robin Frijns, Kimiya Sato et Nico Hülkenberg restent confirmés pour les essais en fin de semaine, le Russe pourrait prendre le volant quelques séances d’essais libres le vendredi matin pour accomplir sa préparation. Une situation permise par les calendrier de la Formule 1 et de la Formula Renault 3.5 Series.

L’équipe Sauber ayant déjà annoncé qu’elle libérerait Nico Hülkenberg, qui n’est plus payé, si celui-ci voulait partir, les Suisses pourraient donc aligner Esteban Gutierrez aux côtés de Sergey Sirotkin. Quid de Robin Frijns, troisième pilote de l’équipe pour l’heure ?

Mais lancer Sergey Sirotkin en F1 à dix-huit ans n’est toutefois pas sans risque malgré le niveau de compétitivité et de préparation de la Formula Renault 3.5 Series ? Le Russe deviendrait le plus jeune de l’histoire à prendre le départ d’un Grand Prix, une situation à double-tranchant, si ce n’est plus, malgré les changements en profondeur du règlement l’an prochain.

Sauber a déjà fait le coup avec Kimi Räikkönen en 2001. Le Finlandais, ayant participé à une dizaine de course en Formule Renault UK, avait alors surpris jusqu’à jouer le titre mondial en 2003 et 2005 avant de s’imposer en 2007.

Dans tous les cas, Sergey Sirotkin avait déclaré à vos serviteurs que l’âge importait peu tout comme les éloges de sa maturité et de son analyse avaient été faites par son team manager chez ISR (page 3).

Quid de la rumeur SMP-Gazprom-Nicolas Todt ?

Les rumeurs faisaient état d’un rachat de Sauber par un consortium ? On y retrouvait à sa tête Nicolas Todt, associé d’ART Grand Prix en GP2 et GP3 Series qui avait essayé de s’inscrire en F1 il y a quelques années, mais aussi les dirigeants de SMP Bank et Gazprom.

Cette dernière, dirigée par Arkady et Boris Rotenberg, s’est lancée dans le sport automobile cette année suite à un partenariat avec la fédération russe d’automobile (RAF). Sous la houlette de Peter Aleshin, le père de Mikhail, concurrent de Sirotkin en Formula Renault 3.5 Series, SMP Racing finance la saison de plusieurs pilotes en karting, monoplace et GT, avec des Ferrari 458 Italia. La plupart des pilotes placés sous leur aile visent la F1 et se retrouvent donc placés en Formula Renault 3.5 Series, diverses Formule Renault 2.0 mais aussi en Formula Abarth et en Formule 4 France pour les plus jeunes d’entre eux.

Comme de nombreux nouveaux venus dans le sport automobile, on retrouve dans la frénésie des projets ambitieux (trop ambitieux ?) la construction d’une LMP2 dès l’an prochain. Un objectif qui était d’ailleurs souhaité par ART Grand Prix il y a quelques années.

Dans tous les cas, les Rotenberg sont des proches de Ferrari mais aussi de Vladimir Poutine, tout comme l’Investment Cooperation International Fund. Il n’y a cependant pas de liens établis jusqu’ici entre SMP Racing et les nouveaux partenaires de Sauber. On notera également que Sirotkin est l’un des seuls russes évoluant en Formula Renault 3.5 à ne pas bénéficier du soutien de SMP. Coïncidence ? Nous ne pensons pas.

Enfin, il est bon d’ajouter que SMP Racing n’a également aucun lien avec RUSSIAN TIME, l’équipe de GP2 Series qui a racheté iSport en début d’année. Celle-ci est dirigée par Igor Mazepa, investisseur russe, avec le soutien technique de l’équipe Motopark-Lotus connue pour ses succès en German F3.

Une chose est sûre : avec désormais un Grand Prix à Sochi, une équipe Marussia qui n’a de russe que le nom et la licence, mais aussi l’annonce de ce jour que l’on peut coupler aux dizaines de pilotes, de structures et de capitaux grouillant dans les formules de promotion, la Russie est plus que jamais prête à envahir la F1. Ne restera plus qu’à placer la longueur de leurs engagements dans le temps, ou la réelle richesse des parties impliquées, en question.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

2 plusieurs commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Motor Racing League plugin by Ian Haycox