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L’affaire Trulli-Petrov : Caterham à blâmer ?

Sibur Vitaly Petrov Caterham

Ceux qui suivent la page Facebook de ChequeredFlags étaient au courant, mais la société russe Sibur, leader dans les pétrochimiques, a décidé de rejoindre Vitaly Petrov chez Caterham. Une décision assez logique pour l’un des sponsors de Petrov chez Lotus Renault GP, mais qui a entraîné une réaction assez démesurée. Tout comme celle ayant suivi l’annonce du retrait de Trulli pour faire place à Petrov.

Certes, j’admets ne pas être le plus objectif sur Vitaly Petrov, ayant même une propension à chercher du bon même là où il y en a peu ou pas. Mais il faut savoir raison garder.

Ne soyons pas dupes. Dès l’annonce de la prolongation de Trulli, début septembre, les observateurs avaient remarqué que les déclarations cachaient quelque chose, pouvant amener à voir la saison 2012 sans un Trulli titulaire. De ce fait, ceux qui prétendent que Caterham s’est mal comporté en effectuant un changement de dernière minute sont dans le faux. L’équipe et le pilote s’y étaient préparés depuis des mois, voire bien avant septembre. Jarno Trulli n’est pas dupe, il sait négocier et était ainsi parfaitement conscient de ce qui était en jeu concernant sa carrière.

Alors certes, il n’était peut-être pas nécessaire de lui faire conduire la nouvelle voiture il y a quelques jours, mais cela était probablement voulu, histoire de vérifier que la Caterham n’avait pas fait de réel bond en avant à défaut de progression régulière bien présente mais insuffisante pour un pilote sur la fin tel que Trulli. Ou bien pour faire monter les enchères avec Petrov, Trulli devant garder la main au cas où le natif de Vyborg n’aurait pas pu réunir le budget.

Dans tous les cas, il est impensable que Trulli n’ait pas été au courant. D’ailleurs, sa réaction le démontre, il le savait. Il sort certes par la petite porte, mais on ne peut occulter le fait que Trulli a accepté la situation. Jarno rate par là l’occasion d’une sortie en fanfare, mais après une saison 2010 difficile, sa saison 2011 a plutôt été terne, du style Bonjour Tristesse. Mieux vaut probablement de partir ainsi que de se refaire dominer de la tête et des épaules (Kovalainen l’a battu même en qualifications, sa spécialité pourtant !)  une saison de plus, en étant peu motivé, ou en se plaignant de la direction assistée à tous les Grand Prix.

Trulli se serait alors exposé au risque d’être le nouveau Barrichello, un pilote raillé, malgré son passé, à force de plaintes et jérémiades. Alors, certes, le choix de Petrov n’est peut-être pas le meilleur. Mais sur le classement 2011, sur les dix premiers, seuls deux pilotes n’avaient pas de baquet pour l’heure : Sutil et Petrov. L’un risque la prison ferme, l’autre peut arriver avec des soutiens. Dès lors, le choix ne fait quand même pas beaucoup de doutes. Le Russe était le seul pilote à être monté sur le podium l’an passé à ne pas avoir de volant dans le sport automobile, Heidfeld rebondissant en Endurance.

On pourra mégoter sur l’impact des performances de l’équipe sur un pilote, mais les faits sont là. D’un point de vue résultats bruts, on constate que le Russe est encore en progression, aussi poussive soit-elle. Caterham a raison de ne pas cracher là-dessus, ni sur l’argent qu’il peut apporter. Au-delà de l’effet financier positif, il y a un aspect sportif en jeu. La valeur de Kovalainen est établie, mais celle de Petrov laisse encore à désirer. S’il y a peu de doutes sur le résultat final, il sera néanmoins intéressant de savoir jusqu’à quel point Petrov pourra s’approcher, voire éventuellement inquiéter, son coéquipier finlandais. Et du point de vue de Caterham, mieux vaut un jeune voulant faire ses preuves, qu’un expérimenté démotivé (voire frustré, d’après Trulli lui-même), pour créer un semblant d’émulation au sein de l’équipe.

Pour finir sur les pilotes payants, revenons sur les propos de Jarno Trulli d’hier, où il déclare à propos des sponsors : « Je n’en ai jamais eu dans ma carrière, je devais composer avec mon talent et rien d’autre. » C’est un peu vite oublier qu’en 1997, Flavio Briatore, Alessandro Nannini et Gabriele Rumi avaient racheté 70 % de l’écurie Minardi, tout en apportant un nouveau moteur (V8 Hart), une nouvelle soufflerie, un sponsor de poids (le cigarettier Mild Seven, sponsor principal de Benetton, gérée par Briatore) et… Jarno Trulli. Qui sans être un pilote payant, intégrait un package assez fourni.

Comme quoi, la boucle est bouclée, un pilote généreusement doté depuis 2010 en remplace un généreusement fourni en 1997, et personne n’est réellement à blâmer dans l’histoire. Il est d’ailleurs à noter que les autres sponsors de Petrov à Enstone risquent de ne pas suivre, Rostechnologii, Rover et Flagman Vodka ayant disparu du site internet du pilote russe. Et comme j’ai l’habitude de dire, on ne sait jamais à quoi s’attendre avec Petrov !

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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