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F1 - BAHRAIN GRAND PRIX 2012
© Renault Sport Media

Les médias jouent-ils un rôle dans l’image des pilotes ?

Commenter les Grand Prix en direct à la télévision, sur Twitter ou dans des articles « live » où la course se vit en direct par le biais de l’écrit… voilà des moyens qui exposent les journalistes à faire preuve de subjectivité.

Au-delà du sport automobile, toutes les personnalités publiques importantes (aux yeux des médias) voient leurs faits et gestes décortiqués et analysés, à mesure que la concurrence éditoriale s’accentue et que les moyens de traiter un sujet doivent se diversifier.

En football, une affaire vient de secouer le monde médiatique en France. L’affaire Patrice Evra a conduit le joueur, lassé de recevoir un incessant flot de critiques de la part de plusieurs consultants, à répliquer d’une manière qui n’a pas été appréciée des observateurs, qu’il s’agisse des médias ou du public. Par ailleurs, les derniers sondages montrent que l’échantillon interrogé n’aime pas nos sportifs français du ballon rond.

Ce phénomène de désamour ne concerne d’ailleurs pas que le football : il faut souvent un temps d’observation pour qu’un pilote français soit apprécié à sa juste valeur. Le spectateur doit d’abord déconstruire le discours médiatique, dont l’intérêt est de valoriser le sportif en question.

Trois raisons majeures l’expliquent. D’abord, le lien de proximité géographique apporte un attrait supplémentaire envers le sport. Ensuite, à force d’échanges avec le pilote, le journaliste comprend mieux le quotidien du pilote. S’il privilégie les échanges avec les sportifs français, il va se baser sur ce que le pilote lui a expliqué pour évoquer ces difficultés. Le sportif étranger n’aura pas forcément cette tribune. Enfin, les journalistes souhaitent voir les pilotes français réussir puisqu’ils seront plus à même de toucher une audience plus large avec de nouveaux venus à fidéliser.

L’effet de répétition

Les journalistes et commentateurs, les supporters fidèles les connaissent. Ils les entendent régulièrement. Ce simple fait, couplé aux habitudes du journaliste, amène une possibilité : qu’un discours revienne souvent.

Quelques exemples d’affirmations vont vous permettre d’y voir plus clair. Fernando Alonso est un pilote complet, qui ne dispose malheureusement pas de la meilleure voiture. Jenson Button n’a pas suffisamment l’étoffe d’un leader pour tirer McLaren vers le haut. Pastor Maldonado est souvent au-delà de la limite. Nico Hülkenberg fait des miracles avec sa modeste Sauber.

Romain Grosjean est en train de devenir le leader chez Lotus. Sergio Perez est un expert dans la gestion des pneumatiques. Kimi Räikkönen quitte rapidement le circuit et n’est pas un grand causeur. Jules Bianchi a impressionné les observateurs cette année. Lewis Hamilton est capable de sortir le tour parfait pour surprendre tout le monde. Les pénalités sont trop sévères, notre société ne tolère plus beaucoup les écarts et la F1 n’y échappe pas. Cela vous semble-t-il familier ? C’est fort possible, puisque ce genre de remarques revient souvent à l’antenne.

Par ces simples remarques habituelles (essayez de meubler pendant près de deux heures de course !), chacun peut se faire une opinion à partir d’un de ses pilotes favoris et conforter cette opinion à partir de ces remarques. Par ailleurs, les journalistes sont parfois tentés d’être incisifs envers certains pilotes pour se démarquer. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit des créatifs des mots… Il suffit d’écouter Julien Fébreau pour s’en convaincre, le commentateur vedette de Canal+ étant friand de petites phrases pour scénariser le Grand Prix, tout aussi efficaces que  ses envolées lyriques dans ce domaine.

Internet est-il aussi un contre-pouvoir en sport ?

L’opinion des journalistes peut être influencée par la lecture de communiqués de presse, forcément orientés pour valoriser le pilote en question. Les attachés de presse peuvent user de tournures de phrases différentes pour atténuer une mauvaise performance ou pour valoriser un bon résultat.

La compétition se joue aussi là, mais là encore, l’effet est atténué par la communication proposée par les disciplines, où les résultats permettent de savoir qui sera sollicité pour une déclaration. Toutes ces informations disponibles, reprises sur de nombreux sites web pour attirer le plus grand nombre de lecteurs, permettent de casser ces phénomènes de façonnage d’image.

Les réseaux sociaux, forums et sites web d’information qui proposent des fonctionnalités communautaires (commentaires, etc.) permettent à chacun de s’exprimer. Sur ces plateformes, ce qui est amusant, c’est que chacun donne son avis et n’hésite pas à se chicaner avec son interlocuteur… alors que parfois, les discours des journalistes réapparaissent dans le débat.

Les médias ont-ils le pouvoir de détruire ou propulser un pilote ?

Dans un domaine où la passion motive ceux qui sacrifient leurs week-ends pour informer le public, la subjectivité est plus appuyée parce que les journalistes sont engagés. Comme tous les goûts sont dans la nature, il peut arriver que des pilotes soient plus valorisés que d’autre.

Toutefois, les spectateurs ont leur liberté de penser et peuvent rejeter à bloc le discours qu’ils entendent. Cela peut même avoir l’effet inverse et désintéresser le public d’un pilote qui a simplement été placé sur un piédestal de manière trop insistante.

Mais en la matière, dans le sport automobile, ce sont les sponsors qui permettent aux pilotes d’avancer dans leur carrière. Leurs agents peuvent aiguiller les soutiens – sponsors ou équipes en quête des champions de demain – et transformer leur destin.

L’argent reste le nerf de la guerre (ceci étant un exemple d’une phrase ressassée par les médias, par ailleurs !), même si des initiatives permettent de contrebalancer le manque d’argent. Les disciplines offrent en effet des primes qui permettent aux pilotes d’avancer, mais inévitablement, les places sont trop peu nombreuses pour satisfaire tout le monde…

Quoi qu’il en soit, le sport fait toujours autant parler et quelques journalistes aimeraient bien donner un coup de main sur la communication de pilotes qu’ils estiment prometteurs. Que le sport engendre tant de débats est un point extrêmement positif dans la crise de spectacle que traverse la Formule 1, et ce en dépit de la belle page d’histoire que Sebastian Vettel continue d’écrire avec son quatrième titre décroché ce jour. En fin de compte, et si les journalistes déterminaient que les dominations étaient ennuyeuses et les loteries hautement intéressantes ?

À propos Juliette Follin

Juliette vous apporte les actualités, interviews et résumés de meetings de course sur un plateau, quelle que soit la discipline. En parallèle, elle supervise l’aspect technique et graphique sur le site et les réseaux sociaux.

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