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© Philip Platzer/Red Bull Content Pool

Max Verstappen, 17 ans et en F1. Raisonnable ?

Max Verstappen, 17 ans fin septembre, sera promu en Formule 1 en tant que pilote titulaire au sein de la Scuderia Toro Rosso. Le Néerlandais deviendra alors le plus jeune pilote de l’histoire à prendre le départ d’un Grand Prix de F1. Toutefois, est-ce bien raisonnable ?

Sur le papier, Max Verstappen a tout pour lui. Plongé très tôt dans le sport automobile, bien aidé par ses parents Jos Verstappen, ancien pilote de F1, et Sophie Kumpen, brillante pilote à son niveau, il dispose d’un palmarès long comme le bras en karting. En 2013, il terminait sa carrière internationale avec les titres de Champion du Monde et Champion d’Europe en KZ, Champion d’Europe en KF2, vainqueur des Euro Series en KZ1, une troisième place aux Championnats du Monde en KF1 et pléthore de places d’honneur.

En parallèle, il prépare son passage en monoplaces avec un programme intensif d’essais en Formula Renault 2.0 puis en Formule 3. Début 2014, il rejoint les Florida Winter Series, compétition basée sur des Formula Abarth et organisée par la Ferrari Driver Academy. Après quelques incidents, dont un accrochage avec Antonio Fuoco en sortant à peine des stands en essais libres, il s’illustre comme l’un des plus rapides, gagnant deux manches devant des concurrents plus expérimentés.

En FIA F3 European Championship, il signe après un suspense insoutenable au sein de l’équipe Van Amersfoort Racing. Le Néerlandais y devient la sensation, hissant son équipe parmi les top teams de la discipline et jouant encore le titre à ce jour. Certains pourront y voir un coup de pouce du reset moteur en F3 ou d’un package aérodynamique judicieux sur certaines manches, mais cela ne fait pas tout.

Verstappen compte huit victoires à son actif, dont six consécutives, en vingt-sept courses. S’y ajoutent quatre autres podiums et quatre autres entrées dans les points, sans oublier cinq pole positions et cinq meilleurs tours en course. Avec la redynamisation de la F3 sous l’impulsion de la FIA, la compétitivité du plateau n’est également pas à remettre en doute et l’on retrouve parmi ses concurrents Esteban Ocon, protégé de Lotus, Antonio Fuoco, parrainé par Ferrari, entre autres. Le gamin a donc du talent à revendre, même s’il se montre encore parfois brouillon et pas totalement irrésistible sur un tour lancé.

Clin d’œil ou ironie de l’histoire, son paternel, Jos, avait également connu une trajectoire météorique dans les formules de promotion en ne passant que deux saisons entre le karting et la F1, une en Formula Opel Lotus, l’autre en Formule 3. Après des essais avec Footwork Arrows, Jos avait été contacté par la quasi-totalité des équipes de F1. Puis la blessure d’un titulaire l’avait propulsé en course avec l’équipe Benetton aux côtés du futur Champion du Monde en titre, Michael Schumacher. Il réalisait ainsi le saut de la F3 à la F1 que s’apprête à faire son fils même s’il faut garder à l’esprit que les époques ont changé, la différence de puissance s’est atténuée, même si la marche reste haute.

Jos Verstappen avait étonné, avec deux podiums, mais n’avait pas été retenu, débutant ainsi une carrière dans le peloton, insipide par rapport aux espoirs de ses débuts. Au grand dam de son manager Raymond Vermeulen, qui est aujourd’hui responsable de Max. Un management qui a d’ailleurs provoqué quelques frictions avec certains responsables d’équipes, en karting comme en monoplace.

S’il est évident que les échecs du père en F1 ne préfigurent pas ceux qui peuvent attendre le fils, qui par ailleurs semble plus talentueux, ils dénotent tout de même l’importance de ne pas se brûler les ailes. Il est également certain que Red Bull laissera au moins deux saisons à Max Verstappen pour se développer et exprimer son talent, tout en étant dans une équipe moins exposée que ne l’était Benetton à l’époque. Et Jos pourra aider son fils à ne pas commettre les mêmes erreurs que lui en son temps.

Du point de vue historique, débuter jeune n’a pas toujours été un gage de qualité. Sur les dix pilotes les plus jeunes à avoir pris le départ d’un Grand Prix, on retrouve trois Champions du Monde (Alonso, Vettel et Button), deux pilotes ayant connu le podium (Amon, Cheever), quatre n’ayant jamais goûté à un podium (Alguersuari, Thackwell, Rodriguez, Tuero). Nous laissons à Daniil Kvyat, sixième sur cette liste et futur équipier de Max Verstappen, un peu plus de temps pour juger à quelle catégorie il appartiendra puisque le Russe fait des débuts prometteurs en ce moment même, démontrant que le passage de la F3 à la F1 n’est pas aussi rude qu’il n’y parait même s’il possède plus d’expérience en monoplace que ne l’aura Verstappen, tout en ayant connu plus puissant, à l’image des GP3 Series dont il est le champion en titre.

Cependant, il faut également se rappeler le cas de Kimi Raikkonen, qui avait fait le saut de la Formula Renault 2.0 à la F1 sans problème en piste, mais un peu plus administrativement pour obtenir la fameuse superlicence. Un sésame que le Néerlandais ne possède pour l’instant pas, mais le parrainage de la FIA envers la F3 Europe ainsi que des essais en F1 avant le premier Grand Prix en mars 2015 devraient aider à obtenir. Aussi talentueux soit-il, il est toujours de bon ton de se demander si Raikkonen a pu, ou a su, exploiter pleinement ses capacités puisqu’il n’a obtenu qu’un seul titre mondial en Formule 1. Néanmoins, la clé de cette donnée réside peut-être plus en la motivation du pilote qu’en sa formation rapide.

Pour en revenir à Verstappen, s’il se montre extrêmement doué et talentueux en F3, il disposait encore de temps pour apprendre et gagner ce surplus de maturité. Certes, le garçon s’avère déjà mûr, fort mentalement, déterminé et performant sous la pression, mais il reste encore quelque peu brouillon dans le peloton et son sens de l’attaque, que nous ne réfuterons pas ni refuserons à l’avenir, fait qu’il n’a jamais fini entre la sixième et la dixième place cette saison en F3. Un élément qui pourrait lui coûter le titre face à Esteban Ocon, qui n’a pas négligé les fameux points intermédiaires.

Aucun ne doute que Verstappen est un pilote excitant à voir, et qu’il devrait également l’être en F1. Espérons seulement que sa jeunesse ne lui fera pas défaut et que sa fougue ne lui créera point de passif. Et si le talent et l’expérience ne sont pas une question d’âge, les résultats devront suivre à un moment donné. Reste également le point de la question physique. Si les F1 se montrent moins brutales que par le passé, elles restent tout de même des monstres à maîtriser, et aucun pilote de moins de 19 ans ne s’y est encore frotté en course. Max Verstappen en aura seulement 17 à la fin du mois prochain.

Dans tous les cas, l’officialisation de Verstappen aux côtés de Kvyat chez Toro Rosso met Jean-Eric Vergne, Carlos Sainz, Pierre Gasly ou encore Alex Lynn, tous protégés du Red Bull Junior Team, dans l’embarras. Si Vergne a eu sa chance et pourrait rebondir ailleurs, Sainz a très peu de choses à se reprocher en ayant réalisé les progrès qu’on attendait de lui et en menant la Formula Renault 3.5 Series. Dans la même catégorie, Gasly figure parmi les meilleurs débutants et devra probablement attendre un départ de Vettel pour espérer une ouverture à moyen-terme. Enfin, Alex Lynn mène les GP3 Series comme Daniil Kvyat l’an passé. Tous trois se sont fait dépasser dans la hiérarchie par Max Verstappen, signé par Red Bull il y a moins de dix jours.

Le Néerlandais était convoité par Mercedes et Red Bull. Il semble aujourd’hui déterminant qu’une place de titulaire en F1 dès 2015 a fait pencher la balance, même si rejoindre les Autrichiens était le choix logique par défaut. Il avait toutefois le temps pour progresser, lisser sa fougue, maîtriser les courses en peloton. Il lui reste six courses en F3 pour montrer qu’il peut se calmer sans perdre de sa vitesse, voire arracher le titre. Certes, la chance d’arriver en F1 ne se présente pas tous les jours, mais elle serait repassée pour lui, même après une seconde saison, que cela soit en Formula Renault 3.5 Series ou ailleurs. A lui d’éviter les écueils rencontrés par d’autres jeunes avant lui, même si aucun d’entre eux n’avait laissé une telle impression chez les observateurs.

Max Verstappen est sensationnel en F3, Red Bull et son encadrement peuvent le hisser à un tout autre niveau en F1. Le pari sera-t-il payant ? Il est en tout cas très osé, mais qui s’en plaindra ?

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

4 plusieurs commentaires

  1. pour quelle raisons ne faites vous plus de résumé et d’analyses monoplaces ?

    • Le but principal du site a été rempli, à savoir trouver un emploi dans le sport automobile. De fait, nos agendas professionnels ne nous laissent que très peu de temps pour alimenter le site au rythme où nous le faisions. Nous avons tenu ce rythme un an et demi, et nous avons voulu lever le pied. Certains billets d’analyse arriveront au fil des semaines et des mois, le temps de trouver une solution viable pour tout le monde. Désolé de ne plus assurer le rôle que nous avions et comprenez bien que ce n’est pas de gaieté de cœur !

  2. Merci pour l’avoir évoqué Guillaume. 17 ans en F1 c’est très raisonnable, qu’il aie toutes les défaites du monde, toute les difficulté du monde, le gars est surement très content de lui-même et la majorité des fans de F1 ne peuvent qu’apprécier ses capacités et son courage. Et il n’est surement pas là par hasard !

  3. Wim van de Kimmenade

    Bonjour Guillaume,

    Tout à fait par hasard j’ai découvert le site ChecqueredFlags.fr

    Merci pour votre article qui est complètement dépourvu des préjugés et opinions uniquement alimentées par des sentiments personels.
    Un article écrit avec une observation 100% réelle, qui change de tous ces articles des soi-disant journalistes sport automobile!
    Quel soulagement de trouver un journaliste comme vous et j’ai directement classé votre site parmi mes sites favorites!

    Merci pour votre travail 100% professionel.

    Wim van de Kimmenade

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