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Où l’on reparle des budgets capés

Il faut en débourser un paquet pour rouler !

Bernie Ecclestone a fait une déclaration surprenante, indiquant que les budgets capés seraient peut-être l’avenir de la Formule 1, trois ans après le camouflet infligé à l’idée de Max Mosley, il est vrai peu aidée par son corrolaire de F1 à deux vitesses avec des restrictions aérodynamiques pour ceux ne respectant pas ce budget.

Ecclestone parle ainsi d’un budget-pallier à mettre en place en parallèle du Resource Restriction Agreement, afin que les équipes se reconcentrent sur le sport, et non des divertissements et opérations de promotion coûteuses. Néanmoins, il demeure réaliste sur une opposition des grosses équipes à un tel système, mais ne se cache pas d’être pour ce même système. S’il est évident que cette nouvelle proposition n’est pas étrangère à la renégociation des accords Concorde, et notamment, le délicat chapitre de la redistribution des revenus issus des droits télévisuels, cible principale des équipes, le problème reste le même.

Les budgets capés partent d’une bonne intention, mais il reste une foule de paramètres à régler avant d’envisager une telle introduction. L’arrivée du contrôle des coûts a posé beaucoup de questions sur la comptabilité appliquée à la F1. D’une part, il reste difficile de contrôler l’honnêteté des comptes, mais également les investissements car il apparait que le système actuel a des failles, avec des informations peu claires entre exploitation directe et les charges d’amortissement, ces dernières étant comprises dans la limitation budgétaire.

Définir des règles d’amortissement n’est pas sorcier, mais peut en revanche remettre en cause l’égalité entre de nouvelles équipes et des structures établies depuis des décennies. Si ces dernières cumulent les immobilisations brutes à leur bilan comptable, ces investissements ont déjà – pour la plupart – été amortis et ne coûtent plus beaucoup. En face, les nouvelles équipes auront tout à amortir. Sachant qu’un investissement s’amortit souvent sur plusieurs années, la dépense est donc étalée. Faut-il alors se limiter à un cap du budget de fonctionnement ou tenir compte des investissements, tout en n’oubliant pas le choix d’une règle d’amortissement à appliquer ?

Un déséquilibre cinglant alors que les documents de la FIA ne précisent pas comment les coûts sont contrôlés concrètement. Si la FIA veut remédier à un tel problème, et cela n’avait pas semblé gêner la Fédération en 2009, elle doit alors installer une usine à gaz pour contrôler équitablement les dépenses de chacune des équipes, en précisant les modalités de mise en œuvre des contrôles et l’ensemble des éléments concernés par cedit contrôle. Cela revient lors d’établir, et ce n’est pas une mince affaire, des règles comptables pour pouvoir ne serait-ce que contrôler les coûts qui veulent être capés.

Comment établir un équilibre entre ceux qui ont tout construit par un investissement historique, et ceux qui ont tout à constuire ? Comment considérer les fruits d’un partenaire technique si ceux-ci ne sont pas des bâtiments, mais des systèmes d’informations ou des ressources logistiques par exemple ? Comment considérer les équipes comme Ferrari ou McLaren, n’ayant pas qu’une activité sportive mais aussi grand public sur le même lieu, ce qui signifie que certains frais et ressources (humaines par exemple) facturés à l’équipe le seront par la maison-mère de l’équipe, sans parler de sous-traitants liés aux constructeurs ? De telles biais ne permettent pas de savoir si les équipes vont être honnête dans leur comptabilité « équipe », et peuvent créer une distorsion de la concurrence. On peut cependant se dire que le départ des constructeurs limite ce problème, mais tout ceci restant cyclique, cela ne couvre pas le futur. Sans oublier que le développement des solutions informatiques ne pose plus un problème de ressources géographiquement proches seulement, mais des différentes bases des fournisseurs, ce qui peut être utilisé pour réduire drastiquement le coût d’une prestation. Ainsi, contrôler les coûts en matière de recherche et développement se révèle déjà d’une complexité incroyable.

Les règlementations techniques et sportives sont déjà surchargées en F1, imaginez en y rajoutant un contrôle des comptes. Tout en gardant en tête que dans le domaine des comptes, des experts travaillent toute l’année pour jeter un trouble dessus, pour des raisons fiscales, concurrentielles, ou autres. La FIA aurait dont tout intérêt à mettre en place quelques règles simples mais efficaces plutôt que d’annoncer dans de gros titres, comme cela a été fait en 2009, de mettre un cap budgétaire unilatéralement.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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