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Quelle solution pour remplacer les essais jeunes pilotes ?

Robert Wickens et Jean-Eric Vergne

L’annonce du retour des essais en cours de saison a passé sous silence une information assez importante pour les jeunes pilotes, et probables futurs pensionnaires de la Formule 1. D’après la BBC, les essais réservés aux jeunes pilotes seront supprimés en 2014 tout comme les journées de tests aérodynamiques.

The four days of aerodynamic tests on straights or constant radius tracks and three days of young driver testing allowed this year have been removed.

Si certains s’annoncent confiants sur le rôle à jouer des jeunes pilotes, ce raisonnement s’appuie sur l’éventuel profit de la levée des restrictions d’essais de trois à huit jours. Le même raisonnement s’appuie sur le format des futurs essais en cours de saison, dans la foulée des week-ends de Grand Prix. Ainsi, il est estimé que les équipes pourront choisir des pilotes moins expérimentés que les titulaires.

Cette option parait logique pour les petites équipes qui pourront revenir à une ancienne tradition, celle des enchères pour rouler. Des novices feront leurs débuts mais rien n’indique que la qualité sera au rendez-vous, les gros budgets n’étant pas toujours les plus prometteurs. En revanche, les grandes équipes disposent de junior teams et pourront faire rouler leurs protégés. Néanmoins, prendront-ils ce risque dans une saison 2014 où il faudra dominer les changements de réglementation et la course aux développements ?

Le manque d’essais pour les jeunes pilotes a été critiqué ces dernières années mais aucune solution n’est venue. Les essais jeunes pilotes étaient une solution intermédiaire loin d’être parfaite. D’abord collectifs à Jerez en 2009 puis à Abou Dabi en 2010 et 2011, ils avaient eu lieu, faute d’accord, selon le choix des équipes en 2012 à Magny-Cours, Silverstone et Abou Dabi.

L’efficacité d’un tel système était remis en question par quelques défauts. Les trois premières années, ils eurent lieu en fin de saison, se limitant à un exercice d’apprentissage ou financier, pour équilibrer les comptes, à défaut d’évaluer la technicité des jeunes loups. Jeunes loups restant relatif puisque par jeunes, les équipes n’entendaient pas un âge ou un palmarès, mais une expérience inférieure à deux Grand Prix sur les dernières saisons. Une règle justifiant, entre autres affinités commerciales et/ou techniques, la présence de Nicolas Prost et Gary Paffett, sans vouloir leur faire offense.

Il aurait ainsi été de bon ton que la FIA ou la FOTA mette en place un terreau propice pour que ces journées récompensent des pilotes méritants en formules de promotion, mais un tel interventionnisme ne serait pas bien reçu en F1. Il convient toutefois de noter le succès du système mis en place par Renault Sport, qui invite en fin d’année les meilleurs classés de plusieurs disciplines à des tests en Formula Renault 3.5 Series afin que pilotes et équipes tissent des liens au cours de journées d’essais… S’assurant par la même un plateau de qualité la saison suivante.

Il serait néanmoins réducteur de ne voir que les défauts. Les apprentis roulaient sur un vrai circuit et non les lignes droites d’aéroport pour les tests aérodynamiques. On ne pouvait néanmoins s’empêcher de regretter ce sentiment léger avec lequel les équipes les abordaient. L’an passé, avec les essais coupés en trois sessions, certains pilotes ont roulé en des moments importantes de leurs championnats. Quel intérêt à distraire un pilote jouant le titre, ou tout objectif fixé par son junior team, avec trois jours d’essais à valeur toute relative en juillet à Silverstone ? Ou de faire rouler Sam Bird et Jules Bianchi à Magny-Cours moins de 48 heures avant un meeting de Formula Renault 3.5 Series à Budapest ? Voire de les priver d’une belle exposition médiatique en fin d’année capitale pour trouver des budgets pour la saison suivante ?

Toutefois, avec les modifications prévues, rien n’assure que ceux-ci pourront rouler, à de rares exceptions financières. On se rappelle ainsi de Rodolfo Gonzalez testant une Force India à Magny-Cours, probablement pour ses « fantastiques » résultats en GP2 Series. Si la rationalité économique se comprend, le pas reste énorme entre prendre suffisamment d’argent pour équilibrer le coût des essais et faire des enchères pour optimiser les rentrées de liquidités.

La situation n’engage pas à la confiance puisqu’aucune des parties, FIA ou équipes, n’a émis de piste pour remplacer ce qui était devenu le rendez-vous des débutants et pilotes d’essais de longue date. Stefano Domenicali disait, assez justement, que les pilotes progressent plus en piste qu’en simulateur. Si l’usage du simulateur est de plus en plus répandu, il transforme le passage en piste des jeunes en une validation d’amélioration technique à l’intérêt limité.

Aujourd’hui, la Formule 1 attire relativement moins qu’avant. Les coûts pour y rentrer et y rester avant de gagner sa vie sont repoussants. La catégorie-reine souhaite attirer les meilleurs pilotes en activité mais fait globalement peu (et a historiquement toujours fait peu) pour aider les futures générations. Sans préparation sérieuse en piste, le choix deviendra de plus en plus restreint ou hasardeux car les pilotes prometteurs s’effacent en partie face à des hommes représentant des opportunités financières. Ces derniers font rarement de longues carrières mais occupent du temps de roulage qui serait profitable aux talents de demain n’étant pas présents dans des junior teams. On pourrait par exemple se demander si les frasques de certains pilotes débutants ces dernières années auraient eu une telle importance s’ils avaient pu aligner les kilomètres en essais avant de débuter en championnat du monde.

Des solutions existent mais ne sont pas dénuées d’inconvénients. Aucune solution n’est parfaite d’ailleurs. Une séance d’essais libres du vendredi pourrait être utilisée mais les quotas de pneus et les opportunités financières réduisent l’intérêt d’utiliser une vingtaine de séances sur l’année. Un nombre qui diluerait l’impression de vaches à lait venant rouler pour stabiliser les finances d’une structure.

Hormis la sous-médiatisée FIA Young Driver Excellence Academy, peu d’actions semblent entreprises par la FIA. Le travail de Gerhard Berger sur les formules de promotion est un premier pas mais il est loin de tout régler en voulant diminuer le nombre de formules de promotion, déplaçant encore plus tôt les risques d’enchères pour des volants. La F1 devrait également y réfléchir pour conserver statut et crédibilité de son plateau.

Pour l’heure, la situation est préoccupante et elle risque de devenir alarmante dans les prochaines années. En espérant qu’une décision sera prise le 28 juin pour rassurer les acteurs de demain.

Note sur le retour des essais en cours de saison

Les essais en cours de saison avaient été interdits en 2009 en raison des coûts impliqués. Ils reviendront en 2014 avec deux jours d’essais après les Grand Prix d’Espagne et de Grande-Bretagne, ainsi que deux fois deux jours à déterminer entre l’Allemagne, la Belgique et l’Italie. Pour compenser ces coûts de retour, des restrictions sur le développement aérodynamique en soufflerie et par CFD apparaissent tandis que les journées de tournage publicitaires ont été réduites de huit à deux.

L’accord devrait être formalisé lors de la prochaine rencontre du World Council de la Fédération Internationale de l’Automobile mais devrait être une formalité. Un calendrier provisoire à 21 courses devrait être annoncé même si trois courses (New Jersey, Sochi, Yeongam) doivent encore apporter des gages pour leur inclusion définitive. Enfin, les essais hivernaux pourraient être délocalisés à Bahreïn et/ou Abou Dabi afin de s’assurer du temps de roulage au sec pour développer les futurs moteurs V6 turbo. Une manière également pour économiser sur la logistique puisque la première course de l’année pourrait s’y dérouler.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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