Accueil / F1 / Réalité augmentée et sport automobile seront-ils conciliables ?
Kimi Räikkönen et l'Oculus Rift
© Ferrari

Réalité augmentée et sport automobile seront-ils conciliables ?

Ces dernières années ont vu une recrudescence d’innovations autour de la réalité augmentée, qui se promet d’être partout dans un futur proche. Des lunettes de type Google Glass aux lentilles, toutes annoncent une véritable révolution aux avantages considérables et aux dérives insoupçonnables. Cette technologie trouvera-t-elle un terrain d’attente avec le sport automobile ?

Phénomène émergent depuis la fin du XXe siècle, la réalité augmentée rend possible en temps réel la superposition de modèles virtuels à notre regard. Ses applications sont infinies dans des domaines de plus en plus vastes : jeux vidéo, médical, industrie… Et le sport automobile ?

L’éphémère recrudescence de lunettes et casques en tous genres

Minolta lance l’idée en 2001, mais Google la popularisera en y ajoutant l’interactivité. Les tests de lunettes avec une réalité augmentée débutent en 2012 et la suite s’enchaîne rapidement : retransmissions en direct, manque d’applications, inquiétudes sur la vie privée, prix élevés… si bien que le projet est mis en pause trois ans plus tard.

Chez Google, les Google Glass intègrent une caméra, un micro, un pavé tactile, des mini-écrans, wifi et Bluetooth pour accéder à la plupart des fonctionnalités de Google, mais aussi à des applications tierces développées à travers l’API Mirror – les Glassware. Dans un domaine légèrement différent, Microsoft propose un casque, le HoloLens. Employé dans un usage de conduite, le système peut indiquer la direction, la vitesse, la limitation de la vitesse et le trajet restant tout en indiquant les points d’intérêts sur le trajet et en lisant automatiquement les messages reçus pour que les yeux restent concentrés sur la route. Le système est également intéressant au moment de se garer puisque les lunettes peuvent projeter les images de plusieurs rétroviseurs.

Grisé par le vaste éventail de possibilités, certains constructeurs tentent d’appliquer la technologie sur les routes. C’est le cas de Mini avec son dispositif stylisé et moins discret baptisé Mini Augmented Vision conçu avec BMW et Qualcomm.

Le sport automobile dans tout cela ?

Il serait donc logique de s’intéresser aux applications dans le domaine du sport automobile. Dans le Guide des bonnes pratiques à l’attention des testeurs des Google Glass, la partie Ce qu’il est déconseillé de faire cite toutefois une possible incompatibilité lors de la pratique de sports extrêmes. La pratique se montre encore plus rude : les différents codes de la route interdisant l’usage du téléphone au volant, des amendes sont tombées. Si bien que Google a lancé différentes négociations pour réguler l’usage de ses lunettes.

Cela n’a pas empêché les Google Glass de faire leur entrée en piste, principalement à des fins de communication. En IndyCar Series, Engage Mobile Solutions et Rahal Letterman Lanigan Racing s’étaient associés pour en illustrer l’avantage sur l’Indianapolis Motor Speedway avec Graham Rahal. Parmi les films, on retrouvait ainsi une séance d’essais et des essais de pit stops avec Graham Rahal, Bobby Rahal et l’équipe du RLL Racing.

Aller au-delà des caméras

L’expérience n’était néanmoins ni spécialement novatrice, des caméras dans le casque et des Visor Cams étant testées depuis des années, ni économique, puisque pour le même prix l’on peut s’offrir cinq GoPro avec une meilleure résolution, voire des Pivothead, des lunettes de soleil avec une caméra exactement au niveau des yeux.

Malgré le risque de gêne pour certains modèles, notamment les Google Glass qui peuvent réduire la vision latérale, ces différentes lunettes permettent de filmer des tours en vue embarquées avec de faibles vibrations. Or, selon les disciplines, des restrictions d’enregistrement existent et si ces modèles sont actuellement peu discrets, l’évolution de la technologie pourrait rapidement résoudre ce problème.

Ainsi, le point intéressant réside en les possibles applications futures des technologies portables dans un futur proche. Les lunettes sont un premier commencement pouvant mener à terme à l’HUD, heads-up display. Celui-ci permet d’inonder l’utilisateur d’informations pour moins de pollution visuelle puisqu’il ne nécessite pas de se concentrer sur un point donné de son champ de vision.

Des lunettes aux lentilles ?

Avec la miniaturisation, exit les lunettes. Le fonctionnement en lui-même reste simple. Miniaturisé, l’écran LCD est intégré dans une lentille de contact. Si les affichages sont actuellement très rudimentaires, le développement des prototypes est en plein essor notamment grâce à l’armée américaine qui permet depuis 2013 un grossissement d’image via un jeu de miroirs. Le secteur civil n’est pas en reste avec les travaux de Google et Novartis sur la la dégénérescence maculaire liée à l’âge.

D’autres sociétés telles que Magic Leap, qui fait les titres de la presse spécialisée avec ses nombreuses levées de fonds, pense également à cette technologie. Le but affiché est d’apposer sur le champ de vision réel des images de synthèse dans le cadre d’applications diverses, dont le sport. Selon un brevet déposé sur le site de l’organisme chargé des brevets américains USPTO, Magic Leap songerait même à miniaturiser son dispositif afin de l’intégrer à des lentilles connectées pour afficher des éléments vidéos en réalité augmentée tout en ouvrant en parallèle son SDK aux développeurs externes.

Néanmoins, la technologie comporte certains écueils, autres que la miniaturisation des composants et la difficulté d’assemblage à une telle échelle. Dans son brevet, Magic Leap soulève la question de la bio-compatibilité et du niveau de fatigue visuelle en plaçant la luminosité en contact avec la rétine comme un élément crucial. Des essais sur les lapins n’ont relevé aucune réaction négative, mais l’expérimentation humaine tarde.

D’autres spécialistes planchent sur l’alimentation en énergie nécessaire au bon fonctionnement des lentilles. Les travaux se concentrent donc sur ce point, sur la découverte de conducteurs transparents, l’amélioration de la projection d’image sur la lentille, mais aussi les vecteurs de transmission de données.

Avantages des lentilles connectées

Malgré les chantiers en cours, mais aussi la complexité et la capacité des systèmes, sans oublier la sophistication de l’affichage, les applications pourraient être de toutes sortes allant même jusqu’à un dispositif de réalité augmentée. Toutes sortes de professions pourraient en bénéficier, et à terme, les pilotes automobiles en profiteront également.

La réalité augmentée permet l’accès à des informations en temps réel sans restreindre les mouvements, à la différence d’un écran qu’il faut regarder. Si l’on transfère les applications des lunettes aux lunettes, l’on permet la transmission de toutes sortes de données sur le champ de vision. Une fois que la lentille sera en mesure d’envoyer ce qui est perçu, lui adresser en retour des informations de réalité augmentée ne sera qu’une formalité.

Ainsi, on pourrait imaginer une aide automatique qui s’adapte à toutes les situations selon le niveau d’assistance souhaité. C’était ainsi le but de nombreux Glasswares, à l’image du Glassware Fitness – Race Yourself – Virtual Reality Fitness Motivation ?

Applications en sport automobile

Une fois la technologie prête, son prix sera-t-il accessible au milieu du sport automobile ? Certainement. Imaginez de tels dispositifs qui afficheraient la trajectoire idéale pour l’accélération, les points de freinage, les cordes, la position des concurrents, les secteurs où économiser du carburant, où préserver les pneus, la température des pneus, la température moteur, la consommation d’essence, les temps par secteur, etc. Le champs des possibles est infini.

Un pilote en a-t-il néanmoins besoin ?

Voici l’autre point essentiel de la réflexion. Les pilotes connaissent parfaitement leur travail. Des essais en conditions réelles sur un HUD intégré dans la visière ont déjà été menés, notamment par Lotus dans les années 1990 et BMW en 2002. Malgré les nouvelles applications offertes à travers les informations visuelles transmises aux pilotes, les résultats ont été jugés peu probants. D’après divers témoignages, le dispositif manquait de stabilité à haute vitesse, limitant ainsi la capacité des pilotes à modifier les réglages au volant.

La gêne causée par la notion de HUD reste ainsi le point d’interrogation pour tout pilote, qui souhaite par définition tenir continuellement compte de l’environnement réel et garder les yeux en permanence sur la piste pour limiter les distractions possibles dans un sport qui ne sera jamais sans risque. Éviter d’être enfermé dans un vase clos semble ainsi capital dans ces conditions.

On pourrait également disserter sur le temps d’adaptation nécessaire, ou savoir si l’œil saura gérer efficacement la superposition d’informations proches sur un point de mire distant, mais le sport se dispense rarement d’évoluer avec son temps. Quand la technologie change, la compétition suit. L’usage de tels systèmes pourrait alors permettre la projection de données n’importe où dans le champ de vision du pilote, en calibrant son usage afin de limiter toute surcharge d’information aux moments inopportuns comme cela est le cas dans l’aviation où ces dispositifs ont mené à l’amélioration globale de la sécurité.

En sport automobile, l’avantage dans le domaine de la sécurité résiderait en une amélioration des notifications de la direction de course par exemple, mais comment restreindre la technologie à ces seules fins hormis à fournir des lentilles connectées standards ? Et comment les contrôler et comment s’assurer que tous les pilotes supportent des lentilles ? Toute nouveauté apportant son lot de bénéfices et de dérives, faudra-t-il contrôler les yeux des pilotes après chaque séance afin de vérifier s’ils portent les bonnes lentilles ?

Un cadre réglementaire à préciser

De tels systèmes seraient néanmoins assimilables à des aides au pilotage, et probablement interdits au pilote, mais l’histoire a déjà montré des cas où ce qui n’était pas explicitement interdit, était de facto licite avant un quelconque ban.

Dans ce cas précis, la connectivité des lentilles pourrait mener à leur fin car le règlement stipule que toute l’électronique embarquée doit être contrôlée depuis l’ECU standard. En parallèle, l’équipe ne peut pas envoyer de données à la voiture – quid du pilote ? – depuis le muret des stands par l’article 8.5.2 du règlement technique. Un rappel a d’ailleurs eu lieu l’an passé :

The FIA should also remind you data transmission from pit to car is specifically prohibited by Article 8.5.2 of the F1 technical regulations.

Depuis la saison dernière, de nombreux types de communications radio – quid d’autres types de communications ? – sont également bannis par l’article 20.1 du règlement sportif :

The driver must drive the car alone and unaided. Therefore, no radio conversation from pit to driver may include any information that is related to the performance of the car or driver.

Si des interdictions existent, celles-ci devront toutefois être plus explicites afin d’éviter toute tentative d’interprétation dans le but d’obtenir un avantage. Et pour juger d’un quelconque avantage au niveau des performances, certains ne se priveront pas d’éprouver cette technologie dans des conditions réelles.

Réflexion sur les nouvelles technologies

L’énorme potentiel des applications de la réalité augmentée peut également poser question. En 2012, le court-métrage israélien Sight projetait un avenir où la réalité augmentée serait accessible sans appareil ou dispositif comme barrière. Quand de telles lentilles seront-elles disponibles ? La réponse attend les progrès de la technologie, mais son usage et son impact dans nos vies peuvent déjà nous faire réfléchir sur ses applications futures et les débordements à éviter.

Tendre vers une certaine dépendance, limiter le cerveau à une machine ou encore la réduction de l’erreur humaine en sport automobile, à des fins de performances pures, en vaut-il l’enjeu ?

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Motor Racing League plugin by Ian Haycox