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Rien de nouveau entre les dunes

Rien de nouveau entre les dunes

La course venait de s’achever que les gens tiraient déjà des conclusions au sujet des nouvelles règles. Mais c’est trop hâtif, il est bien trop tôt pour faire le moindre jugement définitif. C’était d’ailleurs assez triste de voir autant de réactions négatives après ce GP. Ce n’était pas un désastre non plus, nous devons relativiser. A cet égard, mention spéciale à Bernie, qui a décidé d’attendre le retour en Europe pour faire d’éventuels changements. Et au final, les voitures de F1 demeureront toujours aussi excitantes à voir. Ce qui le nient doivent changer de sport, parce que comme Joe Saward le disait récemment, ils doivent avoir perdu la magie du sport.

Que peut-on dire alors ? Que les performances relatives (j’insiste bien, relatives, et non pures) des équipes de pointe semblent assez proches. La gestion des pneus semble aussi importante, bien que Bahreïn ne soit pas une référence dans ce domaine. Les spécificités de chaque voiture semblent également permettre de légers changements de hiérarchie d’une piste à l’autre. Ainsi, régulièrement on devrait avoir Ferrari et Red Bull en tête, avec parfois McLaren, Mercedes, voire Force India, Renault et Williams surgir à quelques occasions.

Le seul chagrin que j’ai eu à Bahreïn vient de Bridgestone. Apparemment, ils ont fait des pneus qui résistent assez bien aux longs relais en ne se dégradant pas trop. Bon, répétons-le, Sakhir n’est pas une piste exigeante pour les pneus, mais cela pose une éventuelle problématique. Mais ne critiquons pas les japonais, pour une fois qu’ils font du bon boulot ! Le chagrin vient plutôt du fait qu’à cause de cette règle imposant un changement de pneus pour passer des tendres au durs ou inversement (oui, je parle en langage des masses là), cela ne permet pas à certains de tirer leur épingle du jeu en faisant une course sans arrêt avec un type de gommes, tandis que d’autres feraient un ou deux arrêts afin de compenser une agressivité plus forte sur leurs gommes. Et c’est principalement ça qui me chagrine. Tout comme cela me chagrinait avant la reprise. Cependant, Bridgestone fait ce pour quoi ils sont engagés, faire les meilleurs pneus qu’ils peuvent. Ce n’est donc pas la faute de Bridgestone si les courses ne sont pas spectaculaires, tout comme par exemple les ingénieurs ne sont pas à mettre en cause du manque de dépassement ou de voitures disposant de trop bons appuis. C’est leur travail, ce pour quoi ils sont payés. Ils ne vont pas foutre en l’air carrière et famille pour les millions de téléspectateurs. Mais tout cela nous ramène au vieux débat de la compétition des manufacturiers. Tout serait évidemment meilleur pour la F1 d’avoir une guerre des manufacturiers, bien que cela réhausserait les coûts. Mais diable que la compétition y gagnerait.

Beaucoup ont aussi critiqué le manque de dépassements. Allons, avons-nous déjà vu des courses pleines de dépassements à Sakhir ? Dites-moi, parce que personnellement je n’en ai pas le souvenir. J’ai même eu l’impression, peut-être faussée ou biaisée ou que sais-je, d’avoir vu un Grand Prix du Bahreïn avec plus de dépassements que d’habitude. Remémorons-nous aussi que le réalisateur a été une fois de plus foncièrement mauvais, en plus de nous ignorer les batailles entre les nouvelles écuries et certains piégés du départ, il nous a épargné des remontées de Sutil et Kubica, qui après avoir perdu chacun douze places, en ont repris entre six et neuf durant la course. Tout cela ne s’est pas fait via l’unique arrêt aux stands. De plus, beaucoup ont mis cet effet train-train sur l’absence de ravitaillements et de stratégies. Mais cela est surtout le fruit de plusieurs actions combinées : monotonie habituelle de la piste, manufacturier unique, dégradation des pneus symétrique selon les équipes, multiples diffuseurs, … Les règlements vont en s’améliorant dans la logique de plus de spectacle, mais les écuries possèdent ce temps d’avance qui fait la F1 moderne aussi insipide télégéniquement. Toujours est-il que la F1 reste un sport. On cherche à déterminer le meilleur, et non pas le show man de l’année.

Parlant de dépassements, d’autres critiqueront Hermann Tilke, l’accusant de tous les maux nuisant au spectacle. Voyons, Tilke est un homme intelligent, et les pistes qu’il dessine ne servent pas uniquement à la F1, mais aussi à une pléthore de catégories. Et dans ces catégories, il y a moult dépassements. Tout vient du niveau de ces catégories, et c’est assez normal que plus le niveau monte, plus les dépassements sont délicats. On joue dans le haut-niveau, pas à Mario Kart entre copains. A cela il conviendra d’ajouter la confiance des pilotes, certains seront plus réticents que d’autres à dépasser, et parfois la marge d’erreur est faible, tandis que les points en jeu sont gros. A méditer.

Concernant les autres éventuelles raisons évoquées précédemment de ce train-train, on peut développer. Le tout réside aussi dans une question de perception, de ressenti, ce feedback cher à notre Montagny national ! La déception générale était liée aux attentes trop hautes, mais avant de blâmer qui que ce soit, et surtout la FIA, nous devons nous rappeler que cette même FIA avait fait tout son possible pour garder le KERS et bannir les diffuseurs multiples précédemment cités. Mais la FOTA ne l’a pas souhaité. S’il y a quelqu’un à blâmer, ce serait donc les équipes. Les équipes de travail de la FOTA n’avait pas écouté Brawn au sujet des diffuseurs courant 2008, donc on peut comprendre pourquoi leur suppression doit encore se faire attendre. Mais le KERS était indubitablement un élément ajoutant au spectacle, tant au niveau sportif qu’au niveau technologique. Certains réfuteront que le système était particulièrement dangereux, mais un sport de haut niveau reste par définitions à risques. S’il perd ses risques, il perd son rang. Logique.

Parlons enfin un peu des hommes et machines qui ont été les acteurs méprisés de ce Lawrence d’Arabie des temps modernes. A moins que tout ne vienne de Ben Hur Marcel.

Mathématiquement, Ferrari a réalisé le grand chelem. Massa a marqué son territoire en qualifications, Alonso en course, dès le premier virage, sortant les muscles pour prendre l’avantage dès que possible sur son coéquipier, bien trop tendre sur le coup. Affaire à suivre. Sinon, Massa ralenti ? Allez savoir ce qui se cache là-dessous, certains crient à la consigne, d’autres à l’économie d’essence ou la surchauffe… On verra bien, la fiabilité reste incertaine. Deux changements moteurs au petit matin, cela pourrait nuire à un moment ou un autre.

McLaren n’a pas grand chose à se mettre sous la dent. Un podium récompense une voiture légèrement moins bonne que prévue, du moins sur cette piste. Les portions lentes ôtant trop de temps que les vitesses maximales ne sont pas parvenues à compenser. Hamilton a déjà marqué des points sur Button, qui semble être resté sur son rythme de fin 2009. A ce dernier de se rebiffer, sans quoi il se fera bouffer.

Red Bull, que dire ? Un Webber assez transparent, il devait avoir le temps de se contempler dans les échappements de la voiture de devant. Vettel était assez impressionnant, jusqu’à son mystérieux problème. Problème dont les diverses explications ne me convainquent toujours pas. J’ai bien peur pour eux que Newey ait sorti à nouveau une machine géniale mais un peu trop fragile, une fois de plus. Mais laissons le temps au temps, il est trop tôt encore.

Chez Mercedes, la rigueur devait mal dissimuler une certaine déception. Rosberg ne m’est pas apparu transfigurant, et le revenant non plus, même s’il faut admettre que son niveau était à la hauteur, voire mieux. Le jeune devra continuer de dominer l’ancien avant que celui-ci ne revienne totalement en forme, et même après. S’il ne marque pas son territoire au plus vite, et plus nettement, lui aussi rejoindra le camp des bouffés avant la date de péremption.

Force India a trouvé un terrain de jeu adapté à sa monture. Pas sûr que ce soit le cas à chaque course, mais occasionnellement, ça peut sentir bon pour eux. Sutil s’est fait avoir au départ mais n’a pas montré grand chose après, si ce n’est l’importance de se qualifier en tendres lors de la dernière session. Liuzzi n’a pas été étincelant, mais sa constance a été d’une grande aide pour marquer les premiers points de la saison.

Chez Williams, Hülkenberg a payé de sa fougue mais aura rallié l’arrivée, ce qui n’est pas négligeable avec une voiture qui semble avoir un bon potentiel de développement, si Williams a les moyens qui suivent… Barrichello a lui fait son job d’ancien roublard, comme prévu, et même presque mieux. A poursuivre.

Chez Renault, Petrov a montré d’emblée qu’il était bien plus qu’un simple pilote payant, en se hissant au onzième rang avant de tenir le rythme de Barrichello. Dommage pour l’ennui mécanique, mais c’est assez prometteur. Kubica lui a perdu cher au premier virage, mais sa course d’après semblait d’un bon rythme. La Renault est mieux que prévue, et devrait pouvoir scorer en de nombreuses occasions.

Pour Toro Rosso, la décoration flamboyante a été remplacée par une décoration d’invisibilité. Les italiens ont fait à Sakhir autant d’effet qu’une mouche dans le sable. Même punition chez Sauber, mais eux avaient au moins la livrée d’origine prévue pour l’occasion.

Du côté des nouveaux teams, on attendra de voir. Lotus semble à l’heure actuelle la plus fiable, avec un Kovalainen convainquant et Trulli satisfaisant. Chez Virgin, les ennuis d’avant-saison sont toujours présents, et pour HRT, on leur donne tous les encouragements nécessaires. Senna et Chandhok auront eu du courage, et n’auront pas été aussi gênants. Pour les trois teams, tout devrait aller mieux d’ici le retour en Europe, du moins je l’espère tant ils peuvent apporter à long-terme à la stabilité de cette F1 d’une nouvelle décennie.

Un détail supplémentaire. Ceux qui pensent que la victoire d’Alonso est d’un pur optimisme ont à regarder les meilleurs temps au tour. Celui d’Alonso est plus de 1,1 seconde plus rapide que le second de ce classement, ce qui est tout simplement remarquable dans la F1 moderne. Et en aucun cas, il n’a eu l’air de pousser plus que ce qu’il devait. Il a su allier vitesse, fiabilité et économie. Vettel n’a pas eu de chance, mais je demeure persuadé que la chance se provoque. Ainsi, c’est une composante fondamentale du sport, dans sa globalité, et tous le savent.

En conclusion, ce n’était ni une mauvaise course, ni une super course. Les attentes étaient juste un peu trop élevées. Surtout pour un premier rendez-vous à Sakhir. L’art de la critique restera aisé, mais trouver des idées permettant de résoudre quelques problèmes sera toujours plus délicat. Rassurez-vous, on en verra très probablement plus à l’Albert Park, ne serait-ce qu’au niveau gommes, ce week-end.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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