Accueil / F1 / Senna, le film. Réactions.

Senna, le film. Réactions.

Affiche du film Senna

L’équipe de ChequeredFlags est donc – enfin ! – allée voir Senna. Nos réactions sont mitigées, et le propos qui suit vous expliquera pourquoi. Il conviendra également de préciser, et cela joue peut-être, que nous étions trop jeunes pour un quelconque parti pris.

Commençons par les points positifs d’abord. Quel plaisir de voir des images de F1 au grand écran. Même si la qualité n’est parfois pas optimisée, ce qui est largement compréhensible, l’ensemble en est digne d’un orgasme visuel. Orgasme s’arrêtant lorsque l’on découvre les divers accidents d’Imola en haute qualité (sons et images). Le film permet également au curieux de découvrir qui était Ayrton Senna, son arrivée en F1, sa progression fulgurante, son impact au Brésil et certains aspects de sa personnalité. Attention, nous avons bien précisé « au curieux » et « certains aspects ».

Car c’est bien là que les points négatifs s’accumulent, et Jean-Louis Moncet nous a devancé en pointant les mauvais côtés du film (nous n’avons lu sa tribune critique qu’après le film, et nous étions assez d’accord).

D’une part, on regrettera de nombreux sauts d’années, le film se focalisant principalement sur la rivalité Prost/Senna. Ainsi, on passera de son départ au Brésil à Monaco 1984, puis d’Estoril 1985 à Monaco 1988. Une partie assez dense sur les saisons 1988 et 1989 avant de reperdre en régularité en 1990, 1991, 1992 et 1993. Tout allant decrescendo jusqu’à son arrivée chez Williams en 1994. Si l’on peut s’en expliquer dans un but de non-alourdissement du film, on regrettera le fait que cela ne nous montre pas le Brésilien dans une période plus teintée de faiblesse technique. Un Ayrton Senna moins gagnant en fait. On aurait également voulu en connaître plus sur sa jeunesse aisée et son arrivée en Europe, au lieu de quelques phrases au milieu de rien.

Ensuite, cette fameuse rivalité Prost-Senna, pivot du film, est beaucoup trop orientée. Logique que le parti pris soit Senna, vu le nom du titre. Mais là, c’est un peu trop pipé. Prost apparaît très vite comme le méchant protégé par l’encore plus méchant Jean-Marie Balestre, et de la même manière que l’on regrettait ne pas avoir vu Senna dans sa faiblesse, on regrette de ne pas en avoir vu plus sur son côté sombre. Car c’est aussi cela qui faisait de Senna une personne si intéressante. Sa complexité tout comme sa simplicité, qui se côtoyaient en alternatif. De plus, à réduire son adversaire, on peut en arriver à réduire la légende du « héros » désigné. Et parfois, on s’en approche.

Vient ensuite le problème des images de courses et hors compétition. Si la qualité est excellente pour la plupart, il n’y a pas beaucoup d’inédits. Une sorte d’accumulation des divers reportages des dernières années. Plus un best of qu’autre chose en fait. Tout comme les nombreuses références à Dieu d’Ayrton Senna. On le savait croyant, mais là, les références étaient vraiment trop nombreuses. Comme si le réalisateur voulait faire passer le message que Senna était un envoyé de Dieu.

Trois scènes nous auront marquées. La première sera la discussion entre un Ron Dennis très marqué et Ayrton Senna fin 1993, où le patron de McLaren dit à Ayrton que pour cette dernière course, il fallait oublier les évènements des dernières semaines. Le Brésilien montre ici son côté le plus empathique de sa carrière en F1, en déclarant vouloir faire comme d’habitude. Ce qu’il fit en gagnant. La seconde scène est la scène du cercueil, caressé par les proches, porté par les adversaires (dont Prost), qui prend aux tripes à l’aide d’une musique choisie en circonstances. Ce n’est tout de même pas l’apologie du pathos, rassurez-vous. La troisième scène est une scène manquante. Celle dont Jean-Louis Moncet a également déploré l’énorme absence, celle où Ayrton Senna déclare en tour embarqué aux essais libres : « Alain, my dear friend, I miss you. ». Une absence énorme qui est la symbolique du passage sous silence de la réconciliation entre les deux grands champions qu’ils étaient. Oublier une telle scène est presque digne d’une faute professionnelle ! De plus, elle oriente donc encore plus la vision du public entre les deux hommes.

Au final, le film laisse une impression de trop peu. A la manière d’une thèse ne faisant qu’effleurer un sujet pourtant passionant. Dommage.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

3 plusieurs commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Motor Racing League plugin by Ian Haycox