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The importance of being Lotus and staying it

Premiers grincements dans l'alliance Lotus

Je vais être honnête. Sans la pression de Juliette, cet article ne serait jamais arrivé ici. Trop gros, trop brouillon. Mais comme certains s’interrogent sur la structure actuelle et à venir de Lotus, allons-y.

Ce qu’il faut principalement garder en tête, c’est que la dénomination complète de Lotus Racing, c’est 1Malaysia F1 Team Sdn Bhd, une écurie sous licence Malaisienne. C’est d’ailleurs sous ce nom que les médias de Malaisie, et même le Parlement (dans le cadre des documents administratifs et de financement), appellent cette structure.

Malgré cela, Lotus Racing de 2009 et Team Lotus des fifties, ne sont pas connectés par d’autre choses, sinon le nom. Malgré cela, Tony Fernandes réclame un héritage direct. Peut-être parce qu’il a le soutien de Clive Chapman, le fils de Colin, qui a offert la casquette de ce dernier à Fernandes, qui devra la lancer en l’air en cas de victoire… à la Colin-style.

Lotus Racing est donc une écurie mise en place par ledit 1Malaysia F1 Team Sdn. Bhd. Derrière ce nom, il ne s’agit que d’un partenariat entre le Gouvernement Malaisien, et un consortium d’entrepreneurs Malaisiens, comme Proton (qui possède Lotus Cars), le Circuit de Sepang, le groupe Tune, Naza Motors, l’Association des Sports Moteurs de Malaisie ainsi que l’Association Automobile de Malaisie (la FFSA locale). On relativisera au passage que le Gouvernement n’investit pas directement dans l’écurie, mais via Proton. Il conviendra également de rappeler la base de l’initiative 1Malaysia, un projet visant à promouvoir l’unité entre les Malaisiens. De ce point de vue là, il s’agit plutôt pour moi d’une volonté de valoriser l’image de la Malaisie et son orgueil nationaliste.

Maintenant, un retour en arrière. Fin 1994, Team Lotus est placée en liquidation judiciaire, les actifs de l’écurie sont rachetés par David Hunt, le fils de James. Il voulait dans un premier temps poursuivre l’activité de Lotus, mais faute d’argent, se contentera d’un partenariat plus que douteux avec Pacific (qui devient Pacific Team Lotus), une écurie qui mettra clés sous porte un an après.

En 2009, lorsque la FIA a lancé l’appel d’offres aux nouvelles écuries, l’écurie de Formule 3 Litespeed F3 est intéressée et approche le propriétaire de la compagnie aérienne Malaisienne AirAsia, Tony Fernandes, pour obtenir un soutien financier. L’écurie présente sa candidature sous le nom de Litespeed Lotus, ce qui provoque les foudres de Lotus Cars, qui possède via un accord tripartie le logo ACBC et à 80% la société mère du Team Lotus d’origine, qui souhaite protéger son nom et sa réputation si nécessaire. Le 12 juin 2009, la liste des équipes pressenties pour 2010 entrée est diffusée et la candidature de Litespeed Lotus n’est pas retenue. Mais en septembre, suite au retrait de BMW Sauber et à la libération de leur place, le gouvernement malaisien reprend à son compte l’idée de création d’une écurie de F1, nommée Lotus F1 Racing (ou Team, je m’y perds), afin de promouvoir le constructeur automobile national Proton, qui a été -rappelons-le- fondé en 1983 et qui détient depuis 1998 80% de Lotus Cars. Décidant des parts de propriétés de chacun au sein de Lotus F1, on créé alors le 1Malaysia F1 Team Sdn Bhd, émanation du projet 1Malaysia.

L’écurie est finalement acceptée par la FIA, mais elle donc aucune connexion avec l’écurie automobile originelle britannique. Et le nom de course restera 1Malaysia F1 Team Lotus. Seul le nom Lotus et l’investisseur Proton sont donc en commun. Et encore, Proton est arrivé au sein de Lotus Cars quatre années après la fin du Team Lotus.

Notons que dès le début, le projet qui a semblé le plus ambitieux a été Lotus. Les autres écuries semblant peu crédibles sur du long-terme (le partenariat de Virgin sur Manor n’est que de trois ans). Via le financement du gouvernement à travers Proton, ainsi que le consortium, Lotus s’est vu offrir les moyens de ses ambitions, et des reins assez solides. Néanmoins, Lotus avait aussi annoncé que d’ici trois ans, ils auront rapatrié toute la structure de l’écurie en Malaisie, ce qui m’a dès le départ semblé peu rationnel au niveau logistique, tant que les GP demeureront principalement axés en Europe. Rapatrier toute la structure est loin d’être évident.

Rappelons-nous divers propos de Riad Asmat avant que la saison ne commence :

I think it is a fantastic opportunity for Malaysia as a nation to unite under the 1Malaysia umbrella on a global stage. Malaysia, as a nation, has invested a lot into Formula 1 over the years with the Sepang circuit having hosted a race since 1999 and many talented motorsport engineers are already involved in the sport, and indeed other forms of motorsport. Under the 1Malaysia F1 Racing and Lotus F1 Racing names we will be able to give Formula 1 a fully fledged Malaysian team for the first time and really put our country on the motorsport map more firmly than before.”


“Thanks to the valuable support corporate entities such as Proton which owns Group Lotus, and in view of our government’s 1Malaysia initiative, which is intended to bring all Malaysians together as a nation, the team has been granted the licence to use the Lotus brand from Group Lotus, who owns the rights to the brand, and we will look to cross-pollinate technology and knowledge between the Formula 1 team, Proton and Lotus. Lotus is an historic and iconic name in the world of Formula 1 and we are truly honoured to be given the opportunity to bring the name back into the sport. We know it is a beloved name and we want to reassure fans and enthusiasts that we intend to uphold its honour.”

The majority of technical work is currently being undertaken at our factory in Hingham in the UK but we have a long-term plan also to establish a technical centre of excellence at the Sepang circuit in Malaysia. In the short-term, because we are still very new to Formula 1, we are working with trusted technical partners in Germany and Italy who are providing great support, while we also have partnerships with two Malaysian universities and specialist technical centres. However, the technical management and car build is all being carried out from our Hingham facilities under the direction of Mike Gascoyne.”

Ca laisse vraiment le doute encore…

On peut également remarquer que la Grande Bretagne offre une diversité de sous-traitant dont trouver des équivalents hors de la Silicon Valley de la F1 est quasiment impossible (même Prost a fini par quitter Magny vers les Yvelines pour s’y rapprocher… avec l’échec que l’on connait). De même, bien que ne voulant pas négliger la qualité des ingénieurs sud-asiatiques, notamment indiens, pakistanais et malaisiens, formés aux ingénieries anglaises, le gros de la masse salariale de Lotus pourra difficilement ne pas être constitué d’occidentaux expérimentés… et il faudra rémunérer très cher pour les convaincre de s’expatrier. Et s’ils ne veulent pas, puisque la Malaisie n’est pas un Eden de bien-vivre, un transfert de technologie et de savoir-faire n’en sera que beaucoup plus long !

J’ai longtemps pensé que ces problèmes prévisibles dissuaderaient les Malaisiens de se déplacer. De même, la construction de l’usine à Hingham, dans le Norfolk, en lieu de celle prévue par Litespeed, m’a laissé croire qu’ils avaient renoncé. D’ailleurs, cela montre que Litespeed a quand même été impliqué, ils ont fait un leasing de leurs installations. C’est terrible, menacer un candidat, pour reprendre totalement le projet à son compte. Surtout quand Litespeed a vingt ans d’expérience, dur… Bref, j’ai cru qu’ils avaient renoncé à repartir, d’autant plus que le Racing Technology Norfolk est situé à dix miles de l’usine Lotus Cars, et donc des Lotus de série. Ce qui serait rationnel au niveau économique. Parlant économie, je suis surpris que le gouvernement malaisien parraine Mercedes GP via Petronas (entreprise publique Malaisienne) et non Lotus. Peut-être que les discussions étaient déjà engagées avec Mercedes avant que Lotus ne soit officialisé pour 2010, mais alors quid des rumeurs de sponsoring de Petrobras sur Lotus à partir de l’Espagne ? Laisser un pétrolier concurrent du pétrolier national sponsoriser une écurie nationale est assez… douteux. D’un autre côté, le responsable sponsoring de Lotus est Dany Bahar, l’ancien de chez Ferrari, et quand on connait le montage financier de Ferrari niveau sponsors… m’enfin, revenons à nos moutons !

D’ailleurs, bien que le projet initial ait dit que le design, la recherche et développement, le manufacturing et le centre technique seraient construits au Circuit de Sepang, les moteurs restants du domaine de Cosworth, les boîtes de Xtrac et la soufflerie de Fondtech (ex-Fondmetal). D’ailleurs, progressivement, Fernandes a mis de l’eau dans son vin concernant le déménagement, et les trois ans ne sont plus vraiment d’actualité. D’ailleurs, après le GP de Malaisie, Tony Fernandes a déclaré à la BBC : « Lotus is a British brand, that will never change. It’s just Malaysian finance and we think that makes sense ». Ce qui est confirmé par quelques signes (les couleurs traditionnelles -bien que, ironie du sort, Chapman y avait renoncé pour les sponsors !-, la dénomination de la voiture T-xxx, Norfolk, …)

Paradoxal, pour une équipe qui avait fait l’annonce de ses pilotes à Kuala Lumpur avec présence du Premier Ministre Malaisien, et qui met à sa tête principalement des hommes Malaisiens. On pense ainsi à Riad Asmat, PDG de 1Malaysia F1 Team Sdn. Bhd. Asmat travaillait précédemment au bureau de direction de Proton Holdings Berhad comme Manager Général. C’est là qu’en 2006, il avait été chargé du développement du programme sports moteurs (Proton R3 et Axle Proton Team), de même que la gestion de l’engagement Proton au sein du Team A1GP Malaisie. Tony Fernandes avait aussi dit qu’il laisserait la main après que la saison débute, mais il est aussi revenu en arrière et pilote toujours le navire. On note également que les actionnaires principaux, outre Fernandes, sont Malaisiens : Nasarudin et Maranun, et sont donc tous deux ‘team principals’. L’inauguration de l’usine à Norfolk a elle même été faite en présence du Dr Mahathir Mohamad, un ancien Ministre qui avait tenu des propos très en faveur d’un développement massif de la Malaisie dans tous les domaines « racing » :

“We are studying what is there so that we can learn from racing and from the engines which they develop for racing,” he said. “There is no timescale. I think we need to upgrade our skills in engineering. We have a car industry in Malaysia but we are dependent on others at the moment. We would like to have some capability of our own.

Estoril, 1996.
A Norfolk, durant l’intersaison, il passait à :

“I came here because I did not believe that they could get the car ready in time so I challenged them,” Mahathir said. “You get your car ready and I will come to visit, so they got their car ready. So I lost my bet.. fortunately no money involved,”.

Comme quoi, il avait raison, avec des têtes principalement malaisiennes donc.
Keith Saunt, ex-Lotus-Benetton-Renault-RBR, fait un peu figure d’exception, en tant que chef opérationnel de l’équipe et a été drafté en quelque sorte pour gérer l’organisation technique avec Gascoyne. Comme quoi, c’est bien l’aspect technique qui fait défaut en Malaisie, et qui risque de s’empirer.

Fernandes reste néanmoins l’homme qui a permis de tout rendre possible. Ancien disciple de Richard Branson, il a su se construire lui-même dans les récentes années un empire dans les affaires, très inspiré de Virgin, et prenant forme sous le nom de Tune Group, axée sur AirAsia, sa première acquisition, avant d’entrer dans d’autres domaines : hôtels en Asie, services mobiles (Tune Talk), financiers (Tune Money), dans l’estate (Harbour Shopping Place) et les bureaux (Klang) voire sociaux pour certains projets. Il va de soi que Fernandes voit les choses en grand, il a déjà annoncé vouloir investir d’autres secteurs : magasins, jeux, culture et des associations à travers des joint-ventures. Le programme Lotus F1 n’est donc qu’une partie du plan de marque qui se construit, ce qui n’enlève en rien la dimension sportive. C’est là qu’il existe une chance de voir Lotus survivre en Angleterre ou en Malaisie sans se dénaturer vraiment, grâce aux autres actionnaires qui peuvent compenser les velléités nationalistes ou britanniques de chacun. Les actionnaires principaux, au risque de se déchirer au sujet du pays d’installation, ont des proportions globalement égales dans le pouvoir exécutif. Proton, bien que possédant Lotus Cars, donc les voitures de série, n’a que peu de liens directs avec l’équipe, et les affaires, si ce n’est via des opérations d’investissements de Proton sur son sol. L’autre actionnaire principal, Naza Group, est le plus grand importateur en Malaisie de voitures de luxe (et d’autres marques, comme Peugeot), et se diversifie comme beaucoup de grands groupes asiatiques dans les scooters, les hébergements, les boissons et nourritures, les assurances et finances, la logistique, le transport routier, et j’en passe. En gros, tout dépend de Fernandes, qui semble moins enclin à partir, mais encore faut-il que les autres qui injectent de l’argent ne soient pas obnubilés par des intérêts locaux.

Le Premier Ministre lui-même, en annonçant la joint-venture privée-publique pour faire naître l’écurie, avait déclaré :

« The team is a joint public-private venture with the intention being to promote not only the national automobile industry but also national unity. The team’s holding company will be known as 1Malaysia F1 Team Sdn Bhd, although the team itself will be called the Lotus F1 Team. The 1Malaysia concept is the Prime Minister’s campaign to unite Malaysians of all races and to create a performance-based culture. The idea was launched earlier this year but has been slow to catch on. The government is also looking at the team as a brand-building exercise for Proton, the national car company, which owns Group Lotus. »

et

If we want to export the Proton, we must ensure that the brand is strong, there is a strong element of marketing. It is not merely a sporting activity because there is an element of marketing for Proton and Malaysia while at the same time, the Air Asia and Naza brand names can be popularised. The plan is to include expertise from the Universiti Teknologi Malaysia and Universiti Petronas as well as Composite Technology Research Malaysia (CTRM), a leading local composite manufacturing expert. The team will integrate Malaysian technical and pit crew but for the moment it will be run by westerners, notably Mike Gascoyne, who recruited a core team of enigneers to ensure that the team starts out at a suitable level. The team says it is talking to six drivers, some of them Malaysian. It is expected that two will be named at the end of October. By establishing our racing centre within the country, we hope to also attract more foreign investments and the best technical minds which, in turn, will spur the growth of our automotive industry where we hope to see more R&D into lighter, safer and more cost-effective cars. We further anticipate higher commitment by organisations and attendance by individuals during the F1 Petronas Malaysian GP which will be coupled with increased tourism related returns.”

Pareil pour Mofaz Fortec. D’ailleurs, Mofaz qui au début était une compagnie de tabac -avant de se diversifier elle aussi- est dirigée par le père de Fairuz Fauzy. Le monde est petit, non ? Et Mofaz devient Junior Lotus F1 Team en FR3.5 cette année !

Mais dans le fond je crois que petit à petit, les Malaisiens prennent conscience du trajet qu’il leur reste pour s’établir à Norfolk, puis en F1, avant d’envisager de se rapatrier. L’exemple Meritus en GP2 ou Mofaz Fortec -enfin Junior Lotus F1 Team- en FR3.5 pourrait servir. Voire même l’exemple KV-Lotus-Cosworth en IndyCar, malgré le fait que le commanditaire de l’opération soit directement Lotus Cars pour augmenter les ventes aux US (et de Kalkhoven possédant KV et Cosworth de réussir une plus-value, les Cosworth allant remplacer les Toyota dans les Lotus de séries), montrant qu’il n’y a pas grand lien à la base, mais que l’un peut inspirer l’autre. Mais au fond, c’est marketing, tout comme l’était British American Racing avec British American Tobacco (Lucky Strike, 555, …), qui voulait s’installer près de Reynard outre-Atlantique avant de se rendre compte qu’hors Europe, c’est très dur. Honda ne l’aura pas compris après. A Lotus de ne pas répéter l’erreur.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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