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Q&A avec Mathéo Tuscher, 15 ans, pilote de F2

Matheo Tuscher Formule2 2012 Portimao

A quinze ans, Mathéo Tuscher est actuellement deuxième du championnat FIA de Formule 2 en étant le plus jeune pilote de la discipline depuis sa renaissance. Avec deux poles, deux podiums, et quatre entrées dans les points en autant de courses, Mathéo Tuscher confirme ses prédispositions aperçues l’an dernier en Formula Pilota China, dont il écrasa le championnat. Intéressés par de telles performances dès ses débuts en monoplace, nous avons voulu en savoir plus sur cette étoile montante, et avons souhaité lui poser quelques questions afin de vous le faire connaître davantage.

Il a pris le temps de nous répondre, et nous tenions à le remercier compte tenu de la longueur conséquente de l’interview, un exercice toujours délicat.

Parcours en monoplace

ChequeredFlags : Depuis tes débuts en monoplace tu es compétitif alors que tu affrontes des pilotes plus expérimentés/âgés, comment le vis-tu ? T’attendais-tu à une telle réussite ? N’as-tu pas peur d’être grisé par le succès ?

Mathéo Tuscher : Ma famille proche me soutient énormément – mon parcours n’est pas commun, mais il est logique. Mon père a su parfaitement mener ma carrière en prenant de bonnes décisions. Je fais maintenant partie de la structure de Craig Pollock qui me permet de me concentrer sur mon pilotage et l’amélioration de mes connaissances afin d’atteindre la Formule 1 dans les meilleures conditions.

CF : En 2011, tu as donc fait tes débuts en monoplace par la Formula Pilota China, une Formula Abarth orientale dont quatre meetings se déroulent sur des circuits que la F1 côtoie (Shanghaï et Sepang). Quels sont les raisons qui t’ont poussé à intégrer cette série plutôt que la Formule Abarth européenne ? Une question de budget ou d’opportunité pour débuter discrètement ?

MT : Le team Jenzer m’a donné une opportunité intéressante me permettant de débuter dans de bonnes conditions en monoplace, en Asie, un défi pour mes sponsors Miauton, Colas, Seroc, Mazout Riviera, Fisa, Berisha qui ont su croire en moi et à qui je dois beaucoup. Mon père a su organiser et soutenir cette aventure, cette victoire au championnat c’est surtout une récompense pour lui, ma mère et ma sœur qui ont beaucoup donné pour ma carrière.

CF : La transition entre karts et monoplaces est parfois fatale pour certains espoirs, ce qui n’a pas été ton cas. Ta recette du succès ?

MT : Charlie Croset m’a beaucoup appris sur la Formule Ford, de plus que des entraînements en Formule Renault avec David Zollinger.

CF : Toujours en 2011, tu as piloté avec une licence tchèque. Quelle est la raison de ce choix ?

MT : J’aurais choisi de rouler sous licence Suisse ou Française, mes nationalités, mais ces deux pays n’offraient pas la bonne licence.

CF : Tu as pu travailler quelques jours avec Ferrari après avoir remporté le championnat en 2011, avec un test en Formule 3 à la clé, comment cela s’est-il passé ? Qu’en as-tu retenu pour l’avenir ?

MT : J’ai adoré être une semaine dans l’enceinte Ferrari, j’en ai appris beaucoup et sur le circuit de Fiorano, J’ai pu découvrir les magnifiques paddocks et tester pour la première fois une F3.

Saison 2012

CF : Cet hiver, tu as testé en GP3 avec Jenzer puis en F2. Y a-t-il eu une hésitation sur ton programme 2012 ou le test en GP3 n’a été qu’un one-shot permis par tes relations avec Cédric Reynard (ingénieur de piste chez Jenzer, ndlr) ?

MT : Cédric Reynard m’a beaucoup aidé pour mon apprentissage. De même qu’Andreas Jenzer l’année dernière, j’aurais beaucoup aimé rouler avec lui en GP3 cette année. Ça n’a pas été possible mais j’espère un jour retrouver le team Jenzer.

CF : Depuis le début de la saison, tu as buté sur Luciano Bacheta, notamment à Portimão. Quelle est ta stratégie pour prendre l’ascendant sur le Britannique et pourquoi pas remporter le championnat ?

MT : Luciano est plus expérimenté, j’espère beaucoup apprendre cette saison à ses côtés et pourquoi pas le surprendre. Une course à la fois !

CF : La Formule 2 semble sous-estimée depuis sa réapparition en 2009. Comment vois-tu la suite dans ton ascension, sachant que des anciens vainqueurs en F2 ont eu du mal à grimper les échelons, sans être toutefois aussi jeune que toi ?

MT : La Formule 2 est un excellent championnat permettant de rouler plus de 4 heures par weekend sur 6 circuits de Grand Prix par saison, à voitures égales. Je suis de plus bien entouré : Martin Donnelly est mon coach pilotage depuis cette année, ma famille et mes sponsors forment une équipe solide avec mon management qui est constamment en train de trouver de nouvelles opportunités.

CF : Ton objectif était de devenir le meilleur débutant cette saison, mais tu sembles pouvoir jouer le top 3 du championnat, même si la saison est longue. Ce top 3 serait synonyme d’un test en GP2 ou en F1 ainsi que l’obtention de la superlicence – penses-tu pouvoir y parvenir dès cette année ?

MT : Une course à la fois. Il en reste 12, la saison sera longue, meilleur rookie reste mon objectif, un finish au top 3 un beau bonus.

CF : A 15 ans, tu as été le plus jeune pilote à monter sur le podium en F2 au Portugal. Avec la F1 comme objectif, quelles disciplines aimerais-tu intégrer en priorité pour construire une sorte de voie royale vers la F1 ? Où te vois-tu les saisons prochaines, même si tu en es encore qu’au début de ta carrière ?

MT : Il reste 12 courses de F2 en 2012, on verra en octobre.

Impératifs du pilote de course

Matheo Tuscher Formula 2 2012 PortimaoCF : Dois-tu suivre un programme de préparation physique et de fitness ? Est-ce difficile à gérer à 15 ans ?

MT : J’adore le sport, je m’entraîne tous les jours seul et une fois par semaine avec Manu Dufaux, coach sportif.

CF : En 2010, tu t’es préparé à hauteur de deux fois par mois en France à la monoplace. Comment s’est passée cette préparation ?

MT : Bien.

CF : Comment gères-tu ta carrière en monoplace et les cours ? Comment à la fois les professeurs et toi-même vous adaptez à cela ?

MT : Je travaille dur et dois souvent rattraper des cours.

CF : Tes bons résultats ont suscité l’intérêt des observateurs, alors que tu as commencé il y a moins d’un an. Les choses ont-elle changé et as-tu l’impression de créer un début d‘engouement ? Comment abordes-tu cela ?

MT : Rien n’a changé à la maison.

CF : Le sport automobile est assez cruel puisque seule une poignée de pilotes accède au statut professionnel. As-tu un plan de secours si tu n’y parviens pas, notamment par rapport aux études ?

MT : Je vais à l’école et compte obtenir un diplôme de commerce.

Sponsoring, soutiens et management

Matheo Tuscher Formule 2 2012 PortimaoCF : Depuis quelques années, on retrouve de plus en plus de pilotes suisses en formules de promotion. Avec autant de pilotes sur un périmètre réduit, est-il difficile de trouver le budget dans ces temps difficiles ?

MT : C’est toujours difficile.

CF : Tu es soutenu par Colas, qui a soutenu des événements de sport automobile par le passé. Avoir de gros noms industriels derrière toi, comme Colas ou Miauton dans un autre domaine, t’ajoute-t-il de la pression ?

MT : Non.

CF : Il nous a semblé comprendre que PURE te manageait, ce que tu nous as confirmé dans les premières questions. Comment abordes-tu le fait d’être déjà pris en charge par une structure qui vise la Formule 1 ? Plus que le management basique, t’apportent-ils des préparations spécifiques ? Un atout indéniable s’ils parviennent à motoriser une équipe mais ne crains-tu pas un échec de leur part ?

MT : La préparation vise la F1, notre objectif.

Intérêts personnels et questions plus légères

Matheo Tuscher F2 2012 PortimaoCF : Quels sont tes circuits préférés, tant ceux que tu as connu et ceux qui te tentent le plus ?

MT : Comme beaucoup d’autres pilotes, Spa-Francorchamps est le circuit sur lequel je préfère rouler.

CF : Parmi les pilotes de Formule 1 actuels, lesquels admires-tu le plus ? Il semble que Michaël Schumacher ne te laisse pas indifférent…

MT : Michael Schumacher restera mon pilote préféré, bien qu’il y ait d’autres pilotes que j’apprécie énormément.

CF : Entre les 500 miles d’Indianapolis, le Grand Prix F1 de Monaco et les 24 heures du Mans, quelle course aimerais-tu remporter le plus ?

MT : Les trois, si je pouvais.

CF : Après un casque tout blanc l’an passé, tu joues le tout carbone cette année. Une raison particulière ou le design de ton casque ne t’apparait pas comme une priorité ?

MT : Non au contraire, j’adore les peintures de casque, et cette année j’aurais un casque peint pour Spa-Francorchamps.

CF : La décoration de ta monoplace, « Bruce » the Dragon Car, fait-elle référence à ton expérience en Asie ou à tout autre chose ? Concernant le nom, vas-tu donner un nom à chacune de tes monoplaces au fil de ta carrière ?

MT : Oui, il y a effectivement un rapport avec l’Asie pour le dragon et il sort d’un œuf pour exprimer ma jeunesse. Nous avons donné le nom de Bruce à cette voiture à cause de son design, on ne pouvait pas laisser ce dragon sans nom.

CF : As-tu un pilote suisse auquel tu souhaites avoir une carrière similaire ? Regazzoni, Siffert, Surer, Buemi ? On te sait également proche de Nico Müller et d’autres pilotes, comment se passent les relations entre adversaires réels et potentiels d’un jour de course ?

MT : Je prends ce qu’il y a de mieux chez tous les pilotes, la nationalité n’est pas importante.

Mathéo Tuscher ne veut pas s’avancer dans des prédictions, et il a bien raison. Trop de jeunes pilotes brûlent les étapes, et on ressent effectivement que le Suisse est bien entouré. Souhaitons lui de continuer à progresser jusqu’au plus haut niveau et d’effectuer une belle carrière. Pour l’heure, le prochain rendez-vous du Suisse est ce week-end, au Nürburgring, pour les manches 5 et 6 du championnat FIA de Formule 2. En attendant, vous pouvez toujours consulter le site internet de Mathéo Tuscher.

À propos Juliette Follin

Juliette vous apporte les actualités, interviews et résumés de meetings de course sur un plateau, quelle que soit la discipline. En parallèle, elle supervise l’aspect technique et graphique sur le site et les réseaux sociaux.

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