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Réflexions antipodiques

GP de Nouvelle Zélande

Un petit mot sur un jeune pilote néo-zélandais qui a su retenir mon attention ces dernières années, c’est à dire Earl Bamber.

Ce week-end avait lieu la 55ème édition du Grand Prix de Nouvelle-Zélande. Un Grand Prix autrefois prestigieux, lorsque les pilotes de F1 venaient s’affronter sur des monoplaces dérivées de F1 ou de F5000 dans un climat détendu durant l’hiver européen. C’est ainsi qu’à l’époque, sur le circuit de Pukekohe, se sont succédés des noms plus ou moins connus tels que le Prince Bira, Stirling Moss, Jack Brabham, John Surtees, Bruce McLaren, Graham Hill, Jackie Stewart, Chris Amon, Keke Rosberg, Teo Fabi, Roberto Moreno entre autres. Depuis 1992, le GP de Nouvelle-Zélande a quitté le Pukekohe, et depuis quelques décénnies, les monoplaces permettant de s’exprimer ont baissé en puissance, les Ferrari et McLaren-Chevrolet ayant laissé place à des Tatuus-Toyota principalement en cette édition 2010. Ainsi, le niveau des pilotes présents s’est considérablement rajeuni, et intrinsèquement, a probablement diminué.

Si je reste principalement heureux pour Bamber, bien qu’il lui sera dur d’acquérir le titre dans ces Toyota Racing Series dont il ne reste qu’un meeting de trois courses, cela n’empêche pas de me poser une petite réflexion sur ces anciennes épreuves pseudos-mythiques (n’exagérons rien tout de même), héritières des courses hors-championnat d’antan. Vous n’êtes probablement pas sans savoir qu’il n’existe que deux Grand Prix nationaux, dénomination officielle, à ne pas faire partie du calendrier de Formule 1 : le GP de Nouvelle-Zélande donc, et le GP de Macao.

J’entends souvent parler ici et là de la baisse des niveaux présents aux Grand Prix de Macao au fil des années. Ou son absence de grands noms. Comme j’en avais parlé pour le GP de Nouvelle-Zélande. Pire, on en arrive même à parler de cela pour des évènements Open plus récents, je pense ici aux Masters F3. Or, il y a quelques nuances à apporter. Les pilotes de F1 venant se détendre aux antipodes néo-zélandaises n’étaient pas autant soumis contractuellement qu’aujourd’hui, il leur était plus aisé de garder la main en un aller-retour. Mais concernant Macao et les Masters, il en va autrement. Les grands noms à s’être déplacés n’étaient, à l’époque, justement pas des grands noms. Preuve s’il en est, le premier grand nom apparait en double-vainqueur 1977-1978, Riccardo Patrese. Nom parlant en F1. Mais débutant dans cette élite en 1977. Donc il n’était pas encore ce grand nom. Pareil pour Moreno, vainqueur 1982, débutant F1 en 82. Idem pour Senna l’année suivante. Pareil pour Schumacher et Coulthard quelques années plus tard. Et de même pour des noms apparus en F1 sans trop de succès. Macao n’a donc, n’en déplaise à beaucoup partout dans les masses, jamais été un juge de paix pour pilotes confirmés, mais un juge de paix pour jeunes loups affamés. D’où la proportion de challengers à Macao se retrouvant en Formule 1 les années suivantes. On notera au passage que seuls Senna et Schumacher auront été vainqueurs à Macao puis champions du monde de F1. Échouer à Macao n’est donc pas synonyme d’échec en F1. La faute (en est-ce vraiment une ? Vous imaginez un Macao sur la base d’un Barcelone ? Personnellement, non) au tracé spécial et si savoureux. Hill, Villeneuve, Hakkinen et Hamilton, pour ne citer qu’eux, en sont des exemples marquants. Les écuries à tous niveaux semblent l’avoir compris. D’ailleurs, hormis Sato et di Grassi, aucun des dix derniers vainqueurs n’a encore couru en Grand Prix de Formule 1. Alors que vingt pilotes des vingt-six de l’an passé avaient déjà couru à Macao.

Un mot sur les Masters. Même s’il s’agit de quelque chose de beaucoup plus récent, 1991. Bien que Zandvoort ou Zolder soit moins glamour que Macao, si l’on peut considérer « l’enfer du jeu » glamour, il semble que la proportion de pilotes issus des Masters F3 présents en F1 soit plus importante. Ainsi, sur les dix dernières années, sur ces dix vainqueurs, on trouve deux anciens pilotes (Sato et Klien), un champion du monde (Hamilton), un futur débutant (Hülkenberg), et deux essayeurs (Bottas et di Resta), sans compter d’autres déjà sous contrat (Bianchi). En élargissant aux podiums, on trouve 18 pilotes sur 30 ayant déjà été relié à la F1. Soit 60%.

En gros, le niveau de ces courses de jeunes loups ne baisse pas. Il s’est juste homogénéisé. Tout au pire, le plateau est moins mature. Mais peut-être pas moins doué. Ou du moins pas forcément. Et les recruteurs doivent composer avec une pléiade de disciplines et très peu d’épreuves pour faire le tri. Des épreuves telles le GP de Nouvelle-Zélande semble en avoir fait les frais. Mais on ne peut pas en dire autant des Masters et de Macao. Plus de deux-tiers des pilotes de F1 actuels ont participé à Macao. Et plus de la moitié des Top3 des Masters finit en F1. Ne cherchez donc plus les futurs pilotes, ils viennent principalement de là. Nul question de niveau baissant. Autres temps, autres moeurs. Les machines changent, mais les envies de se faire remarquer en plus des saisons régulières restent importantes. Le niveau des monoplaces, inchangé depuis plus de vingt ans, est plus à mettre en cause que la rage de ces jeunes. Mais entre nous, il ne serait pas raisonnable de faire tourner d’autres monoplaces que des F3 sur de tels tracés, notamment Macao. Soyons réaliste, en plus des ayatollahs verts, que serait le sport auto s’il devait subir des mères et veuves épeurées à chaque évènement ? La course à la sécurité nous en a préservé. D’ailleurs, elle aussi est finalement arrivée en F1. Comme quoi, la boucle est bouclée.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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