Accueil / AutoGP / Gerhard Berger, justicier des formules de promotion ?

Gerhard Berger, justicier des formules de promotion ?

Brandon Maisano 2012 F3 Misano

Gerhard Berger, le président de la Commission Monoplaces de la FIA, a déclaré que les formules de promotion à l’heure actuelle ne remplissaient plus leurs rôles et qu’il fallait remédier à ce problème au plus vite.

L’ancien pilote de F1 cible sur la disparité des disciplines qui, par l’attention divisée envers les différentes disciplines, empêche en son sens la formation d’un CV imposant pour progresser jusqu’en F1. L’Autrichien estime que le problème est venu de la F3 avec ses championnats nationaux aux règlementations différentes, qui ne permettent plus de juger des qualités d’un pilote. Son but est donc de commencer par faire le ménage dans la F3 en s’appuyant sur le nouveau championnat européen dont il est à l’origine.

Quelles suites pour la F3 ?

Utiliser des règles identiques pour tous les championnats nationaux, puis laisser chaque pays, région ou promoteur établir une série suivant les règles. Si certains pays ne sont pas assez forts pour avoir un championnat national, alors ils pourront se regrouper et non plus rester divisés comme aujourd’hui avec des courses à l’étranger pour ratisser large. Les diverses séries pourront également organiser une finale entre les meilleurs pilotes de chaque série nationale.

Un manager d’un pilote de F2 nous confiait fin juin qu’il trouvait anormal qu’un pilote de F3 de tel pays ne puisse pas prendre sa structure et s’inscrire dans une autre F3 comme il le voulait. C’est ce type de problèmes qui pourrait être résolu avec la solution de Berger.

En prenant l’exemple d’une saison en British F3 aux environs de 700,000£, Berger veut également éviter la dérive faisant que la majorité de l’argent doit être payée par les familles puisqu’il n’y a pas beaucoup de sponsoring disponible.

Une refonte de la tête aux pieds

Les prochains projets concernent l’antichambre de la F1 puisque Berger veut faire le tri entre F2, GP2 et FR3.5. On sait que la FIA n’est pas très satisfaite par les coûts atteints par le GP2, n’est pas très satisfaite avec l’influence grandissante de Renault à travers la FR3.5 mais n’est pas très satisfaite avec le manque de succès de la F2. En parlant de cette dernière discipline, la faible taille du plateau ainsi que les déclarations de Jonathan Palmer, responsable du championnat, ne laissent que peu d’espoirs sur la suite du championnat. Le directeur de MotorSport Vision déclare ainsi : « Ce championnat n’a pas le succès que nous espérions, que la FIA espérait. Nous avons sorti un bon produit et ce fut un bon exercice. Nous avons beaucoup appris et ça sera utile pour le futur. »

L’autre projet est de travailler sur un échelon entre les karts et la F3, une sorte de Formule 4. Berger évoque son implication en Formule BMW sans cacher les dérives apportées en termes de coûts. Le but est d’apprendre aux kartmen l’aérodynamique simple sans offrir un challenge insurmontable. Le souci réside dans le fait que la Formule BMW s’est imposée en tant que concurrente de la Formule Ford, tout en s’étendant dans d’autres régions autres que l’Allemagne. On en retrouve encore différentes traces avec la BMW Talent Cup (Europe), l’InterSteps Championship (Grande-Bretagne), les JK Racing Asia Series (Asie) ou encore la Formula LO (Suisse-Autriche).

La situation en l’état et l’héritage du passé

Cette F4 existe déjà à travers de nombreuses disciplines : les diverses Formules Abarth (européenne, Panam GP Series, Formula Pilota China), les Formules BMW déjà citées, l’ADAC Formel Masters en Allemagne, la F4 en France, les différentes Formules Ford, le tout sans trop de concurrence au sein d’un même pays à vrai dire.

En comparaison, la création de F3 nationales (ou composées de plusieurs pays) n’est pas inédite : les disciplines n’ont pas attendu une autorité supérieure pour se regrouper par manque de monoplaces sur les grilles. C’est ce qui se passe avec les diverses Formules Renault, certaines disparaissent, d’autres se regroupent de manière spontanée. Il y a donc un risque de changer les choses pour peu de résultats.

Points sensibles

Dans le passé, si le chemin de promotion était plus simple pour arriver en F1, la route était pavée de budgets : acheter la meilleure voiture pour s’imposer, ou attendre une bourse pour disputer les Festivals en fin d’année. Un système clair mais qui laissait déjà de nombreux « champions » sur le côté au détriment de plus financés. Rien n’est moins sûr quant à la réussite d’une réforme même en réunissant les acteurs, équipes et promoteurs, autour d’un projet clair. De nombreuses structures devraient passer par une restructuration, sans compter sur le dilemme entre coûts imposés par d’éventuels fournisseurs uniques mais aussi, de l’autre côté du problème, les coûts qu’induiraient une compétition ouverte entre les différents fournisseurs répondant au cahier des charges des disciplines voulues par Gerhard Berger.

Autres problèmes pour Gerhard Berger : il est délicat d’imposer une nouvelle formule, d’autant plus dans le but sur le moyen-terme de baisser les coûts. Il s’agit en effet de ce qui fait souvent la crédibilité d’une série avec le nombre de monoplaces sur la grille et le passif de la formule de promotion. Un passif qui a toujours varié selon les pilotes à budgets, les années creuses en générations, et tout un ensemble de paramètres qui existeront toujours, que le chemin vers la F1 soit dégagé ou non.

Piste concrète pour solution concrète ?

Clairement, l’inspiration de Gerhard Berger vient du Mazda Road to Indy. Le système américain vise à créer un ascenseur : British Formule Ford, US F2000, Star Mazda Championship, Indy Lights puis IndyCar Series, avec un système de bourse pour le vainqueur d’un championnat de promotion. Le projet est clairement défini mais ne récompense que le vainqueur et que pour une seule année.

Et surtout, le système est faillible : Jean-Karl Vernay n’a pas trouvé de place en IndyCar Series après son titre, Conor Daly est parti en Europe faire du GP3 après avoir remporté le Star Mazda. L’évolution des pilotes n’est donc pas aussi linéaire qu’elle ne peut l’être sur le papier.

Le point principal pourrait alors résider dans les bourses mais comment trouver de l’argent pour les financer ? Par ailleurs, les championnats FIA n’ont pas de sponsor titre qui permettent d’irriguer un peu d’argent dans le système, comme pour les compétitions chapeautées par Enzo Coloni (Auto GP) ou Renault Sport (World Series by Renault). Il reste encore à creuser pour que Gerhard Berger trouve une solution sans se mettre à dos les constructeurs qui investissent pour leurs propres filières. L’investissement à la baisse de ces derniers en F1 depuis 2008/2009 explique d’ailleurs en partie la mauvaise santé, peut-être circonstancielle, de disciplines privilégiées par ces mêmes constructeurs dans le passé.

Enfin, il faut noter que le plan parle surtout de disciplines européennes mais pas de ce qui se fait ailleurs dans le monde.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

2 plusieurs commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Motor Racing League plugin by Ian Haycox