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Reverse grid

L’apport des grilles inversées : mythe ou réalité ?

Le phénomène des grilles inversées s’est développé au fur et à mesure de la décennie passée, notamment dans les formules de promotion qui ont décidé de suivre l’exemple des courses de Touring Cars. Néanmoins, cette formule pose des problèmes à certains sur l’équité et l’intérêt d’un tel système. En effet, dans les formules de promotions, le but est de déterminer le meilleur jeune, d’où une certaine confusion quand les grilles inversées apparaissent.

Un système répondant aux attentes ?

A en juger par le nombre de disciplines qui mettent en place et en avant un tel système, il semble évident que les organisateurs pensent que c’est bon pour les fans. Ou pour les sponsors. Mais est-ce vraiment ce que les deux catégories de personnes veulent ? Est-ce juste pour les pilotes ? Est-il juste pour un pilote gagnant une course d’être pénalisé en démarrant la course suivante au fond de la grille ou à une certaine place prédéfinie ? De la même façon, est-il normal qu’un pilote réalisant une piètre performance, ou moyenne, qu’il soit récompensé par une pôle position sur la prochaine course ? En certains points, la question de la grille inversée est similaire à celle du lest sur les hommes de tête. Encore une pénalité sur ceux qui sont devant. Est-ce vraiment raisonnable ? Les bonnes places de départ doivent être gagnées, mais cela ne semble plus être en vogue.

Les puristes demeurent encore sceptiques sur le format, même si du point de vue du spectacle, il peut s’agir d’un format fantastique. Pour des courses relativement courtes, étant donné la différence de vitesse entre certains pilotes ou certaines machines, si la formule n’est pas monotype, cela permet de voir des courses serrées entre des voitures lentes défendant leurs places, et des rapides attaquant le plus possible. Les grilles inversées permettent donc d’observer les pilotes sous d’autres aptitudes et sous un comportement différent, façon « le bon, la brute et le truand ».

Application à la Formule 1 ?

La grille inversée a beaucoup fait parler il y a quelques années, lorsqu’une introduction en F1 a été évoquée par Patrick Head et Gary Anderson. Patrick Head déclarait en mars 2008 « vouloir voir des grilles dans l’ordre inverse du championnat » à la BBC Sport. Conscient d’heurter « beaucoup de puristes et de pilotes », Head pensait voir à travers cette idée une proposition pour faciliter les dépassements, argumentant qu’avec les plus rapides en tête et les plus lents au fond, les dépassements étaient très délicats. Avec une telle solution, Head voyait la possibilité d’apporter un peu plus d’incidents de course et de resserrer le championnat. Peut-être, mais pour les incidents de courses, quand on voit la gestion aléatoire de ceux-ci, la perplexité est de mise. L’ancien directeur technique de Jordan, Gary Anderson, avait donné le même sentiment et la même solution un an plus tôt après le peu prolifique Grand Prix d’Australie 2007. Il estimait que les gens allumant leur téléviseur pour regarder un spectacle ne resteraient pas sur de la Formule 1, au contraire des amateurs de sport automobile. Alors à qui plaire ? Au coeur fidèle de l’audience ? Ou aux gens à conquérir ? La même question s’applique aux formules de promotion, censées désigner le meilleur espoir d’une catégorie, et non offrir un spectacle.

Le meilleur exemple d’Head pour soutenir son idée était de citer le Grand Prix du Japon 2005, l’une des meilleures courses de F1 de l’histoire. Les voitures les plus rapides s’étaient mal qualifiées en raison de la pluie en qualification, et de son format sur un tour unique. La course avait ensuite été ponctuée par un grand nombre de dépassements osés. Mais cela n’a rien à voir avec une grille inversée : il s’agissait d’un évènement circonstanciel.

La Formule 1 est à part. Ce sport se doit, tant bien que mal, d’être pur. Cependant, beaucoup de gens ont du mal à comprendre que la F1 n’est pas vraiment un sport où le spectacle extrême, l’entertainment, doit être présent à toutes les courses. La Formule 1 n’a jamais eu des centaines de dépassements par course. La Formule 1 n’a connu que de rares moments roues dans roues, et c’est ce qui fait la légende de combats entre Villeneuve et Arnoux, entre Mansell et Senna. Certes, il y a eu un déclin ces dernières années. Quelque chose devait être fait. Pirelli a répondu à sa manière, assez discutable. Le DRS également, même s’il nécessite encore quelques ajustements. Mais un changement aussi radical qu’une grille inversée n’est pas le chemin à prendre. Il faut admettre que toutes les séries ne visent pas à divertir, mais offrir du sport. Basiquement, la Formule 1 n’est pas une question de quantité de dépassement.

L’autre approche de la question est : que voulez-vous ? Du spectacle ou du sport ? Oui, le sport peut être ennuyant. Et il y a une ligne à ne pas franchir à travers des règles artificielles qui font que ce ne sera plus du sport. Les pneus Pirelli et le DRS dans sa forme actuelle en sont proches. La grille inversée est totalement de l’autre côté. Le public doit également cesser de demander plus à chaque fois. A vouloir chaque course qu’ils regardent au sommet de l’excitation, cela produit parfois le contraire. Car si chaque course est au sommet, alors plus aucune ne le sera vraiment. Les saisons doivent être des montagnes russes, avec des pics, des bas, et des GP moyens. Ce même public doit apprendre à tolérer les courses ennuyeuses, car c’est grâce à celles-ci que nous pouvons apprécier les plus excitantes à leur juste valeur. Mais revenons aux formules de promotions.

Un système juste ?

Les grilles inversées fonctionnent seulement dans un meeting de plusieurs courses, où les résultats d’une course décident de la grille inversée de la prochaine. Ceci est fait pour éviter que la course ne soit pas une procession où la grille ne fait que s’étirer tour après tour, comme le pense Patrick Head plus haut, car il est supposé que les pilotes soient déjà triés selon leur vitesse pure. Un jugement hâtif, tant d’autres paramètres entrent en jeu en situation de course.

Le GP2, et anciennement le WTCC, avaient une solution partielle. L’idée était d’inverser les positions 1 à 8 de la course 1 sur la grille pour la course 2. En arrivant parfois à des extrêmes, comme à Porto en 2009 quand Farfus avait ralenti pour finir huitième et ainsi partir en tête de la course 2. Alain Menu et certains pilotes de FR3.5 ont également profité des failles d’un tel système. Et il est difficile de leur jeter la pierre, bien que cela aille dans le sens contraire de l’esprit de la course. C’est un des problèmes des grilles partiellement inversées : celui des calculs de positions, en réalisant qu’il y avait plus à gagner en perdant des places en course 1 pour partir plus haut à la suivante. Ou en faisant des calculs pour savoir ce qui serait susceptible de rapporter le plus de points, de partir sur le côté propre, …

Le WTCC a d’ailleurs changé de configuration pour la grille de la course 2 désormais, même si le système fait perdre de son intérêt aux qualifications, devenues complexes et stratégiques, alors que l’essence même de cet exercice devrait être la vitesse pure. En FR3.5, on est repassé au système de deux qualifications pour deux courses, le système qui ne souffre d’aucune critique tant il est respectueux du sport.

En BTCC également, un système de grille inversée existait. Jusqu’à ce que lors d’une course, trois pilotes se battaient pour rétrogader et finir dixième, afin de bénéficier de la pôle à la prochaine course. Devant cette mascarade, le BTCC a décidé d’inverser la grille selon un nombre de pilotes défini au hasard entre les courses 1 et 2. Encore un système à mi-chemin, même si toujours potentiellement gênant. Mais toutefois plus adapté aux courses de Touring, car les courses restent généralement assez courtes.

Nous avons demandé au directeur d’un petit championnat qui fait démarrer la course 2 sur le même résultat que la course 1 s’est achevée. Il nous a répondu qu’il pensait que c’était un peu publicitaire et qu’il préférait un système tel que le sien malgré son côté double-peine pour celui qui abandonne. Il pense comme beaucoup que les grilles inversées n’ont pas vraiment de place dans le sport automobile. La qualification étant là pour mettre tout le monde dans l’ordre pour le premier tour, elle teste leurs aptitudes à régler la voiture et à aligner tout le potentiel nécessaire pour un tour parfait en qualification. La course qui suit permet ensuite le développement de stratégies, tactiques et fiabilités requises pour changer l’ordre au fil des tours et offrir un bon évènement aux spectateurs et pilotes.

Moins de valeur pour tous ?

Beaucoup de personnes en F1 estiment également que la course du dimanche avec grille inversée des places 1 à 8 en GP2 a beaucoup moins de valeur qu’une victoire le samedi. Certes au championnat, les points sont moins grand en raison d’une distance raccourcie, mais surtout elle a moins de valeur car les pilotes qui démarrent devant sont arrivés là sans fournir nécessairement un bel effort de qualification ou de course la veille. Alors certes, les pilotes qui gagnent le dimanche se battent quand même pour gagner, et peu contestent leurs victoires. Mais le GP2, en tant que réserve presque officielle du plateau F1, ne devrait-il pas augmenter la valeur de cette course en y incluant une seconde session de qualification, à l’image des FR3.5 ?

Certes, le GP2 et le GP3, qui suivent le même chemin, ont des contraintes de temps dues à la F1 car ils font partie intégrante du programme. L’emploi du temps est serré, et allonger la séance qualificative est délicat, mais il serait par exemple possible de faire démarrer la course du dimanche sur les temps de celle du samedi. Comme en British Superbike. Ou alors faire une seconde session de qualification. Afin que les spectateurs se sentent moins lésés du prix élevé de leurs billets. Le GP3, malgré sa forte densité de talents, aurait peut-être une situation beaucoup plus claire au championnat. Et aussi moins de dix vainqueurs en douze courses, comme c’est le cas.

D’autres solutions ?

Le système qui parait le plus juste, s’il n’est pas possible d’organiser une seconde séance de qualifications, serait celui du British Superbike, où la grille pour la course 2 est déterminée par les meilleurs temps au tour de la course 1. Ce qui permet une grille encore au mérite, et parfois avec des surprises car le vainqueur ne tentera peut-être pas de trop pousser pour arracher la pôle à la course suivante.

Une autre solution serait de faire la grille de la course 2 sur le second meilleur temps des qualifications. Dans ce cas, il n’y a pas besoin de temps à libérer dans le week-end si le planning est trop court, et cela préserve une certaine idée de vitesse pure. C’est ce qui se fait pour la course 3 en British F3. Mais la course 2 voit le même système qu’en BTCC. Les week-ends de BF3 ressemblent donc à un mélange sans vraie consistence. Symbole de la déliquescence de la F3.

L’idée du second meilleur temps en qualifications, et celle du meilleur tour en course, paraissent définitivement plus justes que les grilles inversées. Pas le système idéal, qui reste d’avoir autant de qualifications que de courses, mais ce qui s’apparente à un consensus plus juste. Et pourra permettre de voir des qualifications plus intenses en GP2 et GP3 par exemple, avec aussi plus de fautes commises sous la pression.

Alors certes, il existe toujours une exception. La Superleague Formula dans le sujet, avec une grille totalement inversée selon les résultats de la course 1. Mais si cela marche, cela est probablement dû au format particulier des qualifications qui ressemblent à un tableau de compétition de coupe d’Europe de football. La voiture étant également assez rigide sur le set-up, tout le monde a donc une chance de briller sur le week-end, sans qu’un abandon soit nuisible. Néanmoins, comme la Superleague demeure un OVNI dans le sport automobile, il s’agit peut-être d’une raison pour laquelle le système est moins montré du doigt.

Les défenseurs de la grille partiellement inversée estiment pour leur part que ce système leur permet de voir le potentiel des pilotes, et celui des champions, qui se doivent de marquer des points dans les deux courses, en leur permettant un apprentissage de la course et du dépassement. C’est un argument qui se reçoit pour certains. Mais le moindre incident en fin de saison peut faire perdre un titre si le malheureux pilote doit repartir au fond de la grille le lendemain tandis que son concurrent resté en piste pourra se retrouver sur les premières lignes. D’autant que la différence de points entre les deux courses n’est pas des plus importantes. Les grilles inversées apportent peut-être du spectacle, mais occultent jusqu’à un certain point le talent pur dans les séries monotypes, et la qualité des monoplaces dans d’autres. L’un des rares plus reste donc de mettre en lumière les bons et les mauvais dépasseurs. Mais cela ne fait pas tout, cela ne fait pas un pilote, au sens complet du terme.

Abandonnons les grilles inversées !

Il est déjà difficile de savoir si un pilote bon en promotion le sera en F1, il n’est donc nullement inutile d’en compliquer la lecture. La qualification devrait rester le prélude au premier tour de la course. Quelle que soit la course numéro n du week-end. Toutes les tentatives de grilles inversées demeurent des essais plus ou moins artificiels d’avoir plus de spectacle. Pourtant, des pistes de compromis existent comme les meilleurs tours en course, ou le second chrono de qualification.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

5 plusieurs commentaires

  1. Le V8 Supercars avait tenté en 206 pour les courses 2, des Full Grid Reverse, mais faut dire que ce fut un vrai echec, le système étant retiré avant la fin de saison !

    • En effet, dans mes recherches pour étayer l’article, j’ai vu qu’il y avait eu quelques bons cartons peu appréciés des fans puristes !

  2. Pour la course 3 de BTCC, la grille de la R3 est déterminée à la fin de la R2 (en direct à la télé, le BTCC jouissant d’un coverage assez surpuissant) puisqu’on inverse partiellement les résultats de la R2.

    La grille de la R1 est déterminée par la qualif, et la grille de la R2 est déterminée par les résultats de la R1 (ce qui fait une autre sorte de double peine d’une certaine manière, perso, je suis pas fan).

    Quoi ? Comment ça je commente une semaine après ?

    • Pas grave de commenter une semaine après, le sujet n’est pas vraiment d’actualité non plus ! Merci beaucoup de tes précisions en tout cas !

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