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RIP Dan Wheldon

Photo by Shawn Gritzmacher / IndyCar Series Media Site

Ce qui devait être une fête, une fin en apothéose d’un championnat disputé jusqu’au dernier moment, a viré au cauchemar. La manche finale de la saison 2011 d’IndyCar Series a été le témoin d’un accident impliquant 15 voitures, dont la disparition de Dan Wheldon.

Après avoir vécu en direct la mort d’Henry Surtees il y a un peu plus de deux ans, le sport automobile nous a montré à nouveau qu’il pouvait sévir à n’importe quel moment, et emporter n’importe qui selon sa volonté. Le sport, voire même la vie tout simplement, comportera toujours cette dose de danger, où le risque zéro n’existe pas. Peut-être est-ce cela qui nous fait apprécier les pilotes au rang de héros des temps modernes. Et assurément, Dan Wheldon en était un.

Un pilote atypique

Né en 1978, l’Anglais s’était attaché aux mailles du sport auto dès sa jeunesse. Le premier rival sérieux de pilotes comme Jenson Button ou Mark Webber avait ensuite décidé de partir pour l’Amérique, qu’il jugeait moins coûteuse pour grimper les échelons et ne pas ruiner sa famille. Outre-Atlantique, il grimpa les marches une à une, jusqu’à l’IndyCar Series où il se montra d’emblée compétitif. Rookie de l’année pour sa première saison complète, vice-champion pour la seconde et enfin champion lors de la troisième en 2005. Il s’adjugea par la même occasion les 500 miles d’Indianapolis (la première d’un Anglais depuis Graham Hill en 1966), ainsi que le record de victoires en une saison.

Malgré cette collection de succès, rien n’entachait la réputation et l’accessibilité du pilote, au plus grand plaisir des amateurs de sports mécaniques. En 2006, profitant de son transfert chez Chip Ganassi, il s’essaye aux 24 Heures de Daytona qu’il remporte. Surfant sur le succès, il s’imposera à la photo-finish lors de la première course d’IndyCar Series de la saison. Une course marquée par la mort de Paul Dana aux essais. La saison se finira cependant sur une place de second au championnat, perdant son titre au nombre de victoires. Un échec relatif, puisque BMW Sauber lui fait une offre qu’il refusera, ne pensant pas avoir les garanties suffisantes pour être aligné en course.

Les saisons suivantes seront plus délicates. Il qualifiera 2007 de difficile. En 2008, le jour de ses 30 ans, il signera sa 15ème victoire en IndyCar Series et fera don de ses gains pour aider les victimes des tornades et des inondations en Iowa. Dan Wheldon sera ensuite remplacé chez Chip Ganassi, mais rebondit chez Panther, l’équipe de ses débuts. Il finira second des 500 miles d’Indianapolis en 2009 ainsi qu’en 2010, année où il jouera les podiums plus régulièrement. Cependant, fin 2010, il apprend qu’il ne sera pas conservé chez Panther Racing. Dan Wheldon est donc sans volant pour la saison 2011. Il participera pourtant aux 500 miles d’Indianapolis avec une petite structure. Il remportera l’édition 2011 des 500 miles, dans un final haletant, où le leader percuta le mur au dernier virage après avoir voulu éviter un retardataire. Il n’aura mené qu’un tour, et encore, qu’une demi-ligne droite, mais ce fut suffisant ! Dans l’émotion de sa victoire, pour ce qui devait être sa seule course de la saison, il dédiera sa victoire à sa mère à qui il a été diagnostiqué la maladie d’Alzheimer. Il s’occupera d’ailleurs d’elle pendant le reste de la saison, tout en développant la nouvelle Dallara 2012, avant de participer aux deux dernières manches de la saison 2011 d’IndyCar Series au sein du Sam Schmidt Motorsports. La première course devant lui permettre de se préparer au GoDaddy Challenge de la course finale d’IndyCar Series 2011.

Un défi fou et une finale amère

Pour cette dernière course, les organisateurs de l’IndyCar avaient misé sur un plan marketing pour recréer de l’intérêt envers la discipline. La dernière course des châssis Dallara, avant l’introduction de nouvelles voitures plus sûres en 2012, était l’occasion idéale de permettre à cinq pilotes « novices » de se mesurer aux pilotes réguliers de la série. Et si l’un d’entre eux remportait la course, il empochait 5 millions de dollars. Néanmoins, en raison d’une course de Nascar la veille, et d’une course de F1 le matin, personne n’a vraiment démontré d’intérêt. L’IndyCar s’est alors retournée sur Dan Wheldon, à qui il a été proposé le challenge de partir du fond de peloton et de remporter la course pour partager ces 5 millions de dollars avec une fan.

La course de Las Vegas, un ovale qui n’était plus emprunté depuis plusieurs années par la discipline, était également prévue pour rentrer dans les annales puisque 34 voitures pointaient au départ, du jamais-vu, même pour l’Indy500 et ses 33 qualifiés ! Il est alors facile de trouver des responsables pour justifier d’un tel accident, mais nous ne le ferons pas. Ce n’est probablement pas ce que Dan aurait voulu, au contraire, il était plus qu’heureux d’y participer. Il ne vivait que pour cela, et avec le sourire.

Ironie du sort, l’Anglais n’a même pas été trop ambitieux afin de réussir le pari qui lui avait été proposé, il a simplement été un passager involontaire du big one qui a eu lieu, où 15 voitures furent impliquées dès le 13ème tour. Le drapeau rouge tombait alors sur une piste de Las Vegas qui ressemblait davantage à un champ de ruines qu’à un ovale de sport automobile. Entres les débris en feu, Dan Wheldon n’a pas pu s’extraire de sa voiture, dont l’arceau était démoli. Sa monoplace a été l’une des dernières impliquées dans l’accident, et a été projetée de l’intérieur du virage au mur extérieur. Il a été transporté à l’hôpital, tandis que sa monoplace était rapidement dissimulée. Après deux heures sans nouvelle, au sein d’un paddock plus crispé que jamais, le patron de l’IndyCar a annoncé que Dan Wheldon était décédé de la suite de ses blessures, qualifiées d’irréversibles.

La course a ensuite été annulée, et les pilotes non-impliqués dans le crash ont effectué cinq tours d’honneur en la mémoire de Dan Wheldon. On imagine à quel point les collègues de Dan Wheldon ont dû serrer les lèvres pour remonter dans leurs voitures, entre un Tony Kanaan effondré et un Dario Franchitti dont le nouveau titre de champion n’avait alors plus de saveur suite à la disparition de son ancien coéquipier et ami, qu’il avait rencontré lorsque Dan n’avait encore que six ans. Probablement les cinq tours les plus durs de leurs carrières.

Bien plus qu’un simple pilote

Le pilote anglais laisse derrière lui sa femme et ses deux enfants, l’un de 2 ans et demi, l’autre de sept mois. Mais bien plus qu’un pilote, l’IndyCar perd l’un de ses meilleurs ambassadeurs, voire le meilleur. Rares sont les pilotes professionnels à toujours garder le sourire en toutes circonstances, à garder leur simplicité en partant de rien, ou très peu. Le sport automobile a perdu l’un de ses plus grands pilotes, tant au plan sportif qu’au plan moral. Dan Wheldon drainait l’enthousiasme dans le sport automobile, et ses performances, sa personnalité comptaient pour beaucoup là-dedans. Il est souvent dit qu’un décès glorifie la personne, mais dans le cas de Dan Wheldon, il était déjà considéré comme l’un des plus grands gentlemen du sport, comme l’un des pilotes les plus classes de sa génération, d’une attitude irréprochable, tout en ayant toujours un mot pour ceux qui le côtoyaient, de près comme de loin.

Dan Wheldon avait cette grandeur d’âme qui savait rendre encore plus attachant l’homme qu’il était, un homme profondément humain malgré son statut de héros. Il possédait cette rare combinaison de personnalité, de charisme, et de style, dont peu de pilotes actuels ont la combinaison des trois traits cités. A titre personnel, c’est une interview grand-format de Dan Wheldon dans un Auto-Hebdo de 2005 qui avait réussi à m’intéresser à nouveau aux sports monoplaces US. A travers la sympathie que dégageait le personnage, loin des standards du corporate forcé en Europe, il avait su rallumer en moi la flamme de l’IndyCar et des ovales, celle-la même qui me faisait regarder les 500 miles d’Indianapolis gamin, tard le dernier dimanche soir de mai avec mon père. Vous savez, ces courses dont on est trop jeune pour se rappeler ce qu’il se passait, ce qu’elles représentaient, mais dont on faisait des pieds et des mains pour voir, pour partager une passion. Pour Juliette, c’était le premier vainqueur de l’Indy500 qu’elle regardait pour la première fois en intégralité.

Une perte marquante, symbolique, pour nous, mais aussi pour de nombreux amateurs du sport automobile, qu’ils soient américains ou non.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

Un commentaire

  1. Très bel article, bravo. Très juste également.

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