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© Bruce Jenkins / Toyota Racing Series

Considérations antipodiques

Oubliez le Rallye de Suède et son suspense haletant, l’événement du week-end avait lieu sur le circuit néo-zélandais de Manfeild.

Les Toyota Racing Series y clôturaient leur saison par l’épreuve la plus prestigieuse de son calendrier, le Grand Prix de Nouvelle-Zélande, soixantième du nom. Et une fois de plus, la course au titre était déjà pliée.

Lancées en 2005 comme un incubateur de jeunes néo-zélandais désirant affûter leur talent avant d’émerger sur la scène européenne, les Toyota Racing Series fêtaient leurs dix ans. Dix années durant lesquelles la discipline a évolué, attirant de plus en plus de pilotes étrangers au détriment, mécaniquement, des locaux.

Victimes collatérales, les Néo-Zélandais souhaitant suivre les traces de Brendon Hartley (désormais en LMP1), Earl Bamber (LMP1) ou encore Mitch Evans (GP2), y ont rapidement côtoyés des Daniil Kvyat (F1), Raffaele Marciello (GP2) et Jann Mardenborough (LMP1) en quête d’expérience avant leurs campagnes européennes. L’an dernier, le championnat basculait définitivement avec le sacre d’Andrew Tang, premier non Néo-Zélandais à être couronné. La carrière du Singapourien est toutefois en pause, service militaire oblige.

Ce plébiscite s’explique par plusieurs facteurs déjà évoqués par le passé : un calendrier compact de cinq meetings en cinq semaines, un climat propice à la compétition durant la trêve hivernale en Europe, une belle aventure humaine dans un cadre linguistique anglophone, un kilométrage conséquent, des coûts maîtrisés, voire subventionnés, des circuits méconnus où les qualités d’adaptation priment, parmi d’autres.

Pour célébrer ces dix ans, les organisateurs introduisaient une nouvelle monoplace pour remplacer les Tatuus TT104ZZ en usage depuis 2005. Un changement provoquant le retrait de Neale Motorsport, revenue l’an passé avec trois voitures, dont celle de Tang. Les budgets ont été contenus, limitant les dégâts au point de voir une manche inédite proposant quatre courses, et non trois. Il faudra toutefois surveiller ces tendances à long-terme.

Passées ces considérations, revenons au plan sportif. Malgré ses cinq succès, le plus grand nombre, le Français Brandon Maïsano échouait dans la lutte pour le titre. L’ancien membre de la Ferrari Driver Academy, mais toujours proche de la structure, assistait depuis le premier rang au triomphe du Canadien Lance Stroll, qui lui est supervisé par le programme de formation de Ferrari depuis ses neuf ans.

Champion en FIA F4 Italia pour ses débuts en monoplace, Lance Stroll, 16 ans, avait survolé la catégorie avec l’équipe Prema. Mais comme toute nouvelle discipline qui se respecte, des points d’interrogation subsistaient sur son réel niveau. Acquis face à des rivaux tels que Santino Ferrucci, Arjun Maini, Sam MacLeod ou encore la dernière recrue du Red Bull Junior Team, Callum Ilott, son sacre en élude quelques-uns.

Toutefois, sa saison 2015 ne fait que commencer et il devra confirmer au sein du FIA F3 European Championship face à une concurrence relevée dont Charles Leclerc, Jake Dennis et Antonio Giovinazzi pour ne citer qu’eux. Il y évoluera avec Prema, excellente structure, qui plus est proche de Ferrari via un montage financier impliquant son paternel, devenu milliardaire grâce à la réussite de Ralph Lauren, Pierre Cardin et Tommy Hilfiger, entre autres. En ayant si jeune une affiliation avec Ferrari, un certain talent même s’il reste encore en maturation, et de solides soutiens familiaux et financiers, le garçon ne devrait pas trop se perdre sur le chemin de la F1.

Fort d’une deuxième couronne en six mois, le Canadien terminait d’ailleurs son séjour avec la manière en remportant le Grand Prix de Nouvelle-Zélande, seul GP national avec Macao à pouvoir utiliser ce titre en dehors du cadre de la Formule 1. Malgré une époque très différente des célèbres Tasman Series, succéder à Prince Bira, Stirling Moss, Jack Brabham, John Surtees, Bruce McLaren, Graham Hill, Jackie Stewart, Chris Amon ou encore Keke Rosberg ne peut être mauvais pour se vendre auprès de partenaires potentiels. Une problématique sûrement loin du jeune Stroll, alors que Nick Cassidy, triple vainqueur de l’épreuve, a lui peiné pour convaincre… Toyota de lui offrir un volant en Japan F3. Une proposition arrivée après son podium à Macao où sa Dallara était d’ailleurs équipée d’un tout autre moteur, l’indépendant NBE.

Pour conclure sur Stroll, chaudement applaudi par la Ferrari Driver Academy, celle-ci s’est fendue le jour de la Saint-Valentin (merci le décalage horaire) d’un tweet félicitant les organisateurs…

… qui ne manquera pas de faire sourire. Rappelons qu’en 2011, Luca Baldisseri, responsable du programme du constructeur italien, avait envoyé Raffaele Marciello en Nouvelle-Zélande. Après des résultats mitigés, « Baldo » s’était indigné sur les réseaux sociaux – avant de se censurer – en insinuant que ces mêmes organisateurs favorisaient ouvertement les locaux et que jamais Ferrari ne reviendrait !

Fan du concept, Luca Baldisseri travaillait toutefois à son dérivé sauce Ferrari. Les Florida Winter Series voyaient le jour en janvier 2014, avec la particularité de ne pas attribuer de points après les courses. Aux côtés des membres de la FDA, dont Lance Stroll et Raffaele Marciello d’ailleurs, certains en profitaient pour faire le plein d’expérience dans d’anciennes Tatuus de Formula Abarth reconditionnées. Aujourd’hui en F1, Max Verstappen était l’un d’entre eux.

Faute de candidats, l’édition 2015 était annulée et Baldisseri renvoyait son protégé en Nouvelle-Zélande. Ne jamais dire jamais !

Les Toyota Racing Series retrouvaient donc une situation de monopole relatif. Relatif, car fin janvier, le troisième et dernier meeting du MRF Challenge avait lieu à Chennai. Là encore, une catégorie de type sub-F3 montée par un mécène, MRF Tyres, ambitionne la détection et la formation de talents locaux, indiens ici, en les opposant à des concurrents internationaux plus ou moins subventionnés, au pedigree plus ou moins imposant. Le mot d’ordre de la communication avant le coup d’envoi du championnat était le duel Hunt-Lauda. Pas James et Niki, mais leurs fils, Freddy et Mathias. Cela en dit long sur le niveau.

Hélas, seuls neuf des vingt-quatre pilotes classés ont participé aux trois rounds de la saison. En cause, un professionnalisme mis en question (les fameux serpents des bacs à sable de Chennai), un calendrier trop espacé (mi-octobre au Qatar, mi-novembre au Bahreïn, fin janvier dans une Inde très infernale pour les visas). Là où un microcosme s’installe en Nouvelle-Zélande, la MRF offre le choix entre l’Inde et Daytona. En cas de clash, la décision est très rapide. Dans ces conditions, Toby Sowery confirmait ses bonnes dispositions dans la foulée de son titre en MSV F3 Cup, une coupe semi-amateur. Si l’initiative reste noble, le MRF Challenge a encore beaucoup à apprendre des Toyota Racing Series, et cela commence par des mesures relativement simples.

Toutefois, ces deux catégories doivent également veiller aux menaces qui les entourent. Absentes du barème pour la superlicence, elles sont techniquement des sub-F3. Et la FIA a dans ses cartons un projet de F3 Winter Cup au Moyen-Orient. Et quoi de mieux qu’une F3 pour préparer une saison en F3, qui plus est sur des circuits présents au calendrier F1 ? Prévu dès cet hiver, le chantier a été reporté, mais jusqu’à quand ? On rappellera aussi que c’est désormais Stefano Domenicali qui a pris le rôle de Gerhard Berger comme Gourou des Monoplaces à la FIA. Le même homme qui jadis, à la tête de la Scuderia Ferrari, avait confié à Baldisseri la mission de confier la Ferrari Driver Academy.

Les déclarations d’amour enflammées entre la structure du cheval cabré et les organisateurs de championnats à l’autre bout du monde y survivront-elles ?

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l’affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

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