Accueil / Interviews / Q&A avec Ghislain Boetti, team manager du Team RFR

Q&A avec Ghislain Boetti, team manager du Team RFR

Team RFR FR3_5 2012 Spa

Le Team RFR a accepté de nous ouvrir ses portes ce week-end à Spa-Francorchamps, l’occasion idéale pour rencontrer le Team Manager d’une équipe complètement restructurée cet hiver, et de faire le point avec lui sur une aventure qui dépasse largement le cadre de l’aventure professionnelle.

Ghislain Boetti, vous êtes le Team Manager de l’équipe RFR, en quoi consiste votre rôle ?

Mon travail, c’est un travail où il faut être très polyvalent, ça consiste à faire fonctionner tout le monde ensemble, c’est-à-dire qu’il faut réussir à trouver le bon équilibre entre le travail des mécanos, le travail des ingénieurs, le travail des pilotes. Donc le but du jeu du Team Manager, c’est le chef d’orchestre. Il faut accorder tous les instruments pour avoir une belle symphonie, tout simplement.

Dans votre fonction, vous avez des avantages et des inconvénients…

Il y a peu d’avantages comme on n’est jamais satisfait de son travail dans le fond… L’avantage, c’est qu’on fait un métier passionnant, et on rencontre des gens extraordinaires, on voyage beaucoup, donc de ce point de vue-là, c’est un métier hors du commun. Après, je dirais que c’est un métier où il ne faut jamais être satisfait. Si vous êtes satisfait, c’est que vous êtes mauvais. Il faut être positif, parce que sans attitude positive il n’y a pas de progrès, mais si vous êtes satisfait de votre travail, vous n’avancez plus. Donc il faut garder le côté positif, tout en étant un perpétuel perfectionniste.

On a entendu beaucoup de choses durant l’hiver sur la recomposition du staff, par exemple que l’équipe technique avait été changée entièrement. Est-ce que c’est vrai ?

De la base de KMP, pour dire la vérité nous avons gardé trois personnes. Nous avons changé tout le matériel, comme vous pouvez le voir, ce sont deux voitures neuves. Tout le matériel, les voitures, les caisses à outils, le matériel de réglage – tout est neuf, et à ce niveau-là, plus techniquement sur le matériel d’une base nouvelle. Nous avons gardé trois personnes, pour tout le reste, nous avons pioché des gens que nous avions envie d’avoir. Pour dire la vérité, Bruno Besson, qui est le Team Principal, et moi, nous étions pilotes. Il nous est venu l’idée de créer Team RFR, nous nous sommes dit que maintenant, on allait créer une équipe telle que nous aurions voulu avoir lorsque nous étions pilotes. Pour la suite, on est allé piocher les gens un petit peu partout, on a pris que des gens qui étaient majoritairement titrés dans les autres catégories monoplaces, on a par exemple l’ingénieur Christophe Bellec, et je crois qu’il doit avoir cinq titres au total si on mélange les titres pilotes et équipes dans la catégorie, donc c’est, il me semble, le plus beau palmarès en tant qu’ingénieur FR3.5. Au niveau des mécanos, je prends des gens qui ont travaillé en A1GP par exemple, qui ont été champions avec la Suisse, champions en AutoGP, donc on s’est véritablement construit un staff à la mesure de ce que nous aurions voulu avoir quand nous étions pilotes.

Au niveau du challenge organisationnel, comment la situation a-t-elle été gérée, également compte-tenu du déménagement de Colomiers à Nogaro ?

Le déménagement était plutôt simple parce qu’on n’a pas pris de matériel. Ce qui a été – et qui est toujours – un très gros challenge, c’est, par exemple, moi j’avais une équipe en 2 litres dont je me suis séparé et qui a été reprise maintenant par RC Formula, qui a d’ailleurs gagné aujourd’hui avec Norman Nato. Donc à la base, c’était mon équipe, on était basé à Nogaro, on avait l’atelier, toutes les infrastructures, même les machines. Le gros challenge de cet hiver a été de fabriquer le matériel spécifique, équipements de réglages, machines pour faire le plein d’essence, même le matériel que vous voyez ici – c’est le staff qui l’a fabriqué entièrement. En fait, le gros challenge, le vrai, n’a pas été le déménagement mais la fabrication de tout cela pour obtenir quelque chose de très performant. L’hiver a ainsi été très court, parce qu’en moins de trois mois, avant l’arrivée des voitures, il a fallu que tout le matériel soit prêt. On a vraiment fait un travail extraordinaire, parce que les mécanos n’ont pas arrêté, et aujourd’hui, je pense qu’on a une des plus belles structures au niveau de la 3.5, et en tous cas une des plus performantes et des plus fonctionnelles.

Au niveau humain, trois mois, ça a dû être très fort pour assurer une cohésion d’équipe…

Complètement. Très particulier parce que, dans mon expérience, c’est la première fois qu’on a créé une équipe seulement avec des gens qui ne se connaissaient pas, ou presque pas – qui se connaissaient du paddock, mais qui n’avaient pratiquement pas travaillé ensemble. Donc c’est vrai que cela a été un moment particulièrement fort pour souder, avec des moments difficiles, parce qu’on avait des délais à tenir, donc ça avait mis la pression à tout le monde, mais je pense qu’aujourd’hui, ça nous a renforcé et ça nous permet de créer en si peu de temps un esprit de groupe. Ça a été difficile, mais en soi, ça a été une expérience enrichissante.

On a pu comprendre qu’avec RFR, il y avait un fort soutien de la part de la Russie. A terme, dans le staff technique, du personnel russe arrivera-t-il dans les années à venir, si ce n’est pas déjà le cas ?

Pour l’instant, il n’y a pas de personnel russe. Nous avons nos associés, Bruno Besson, moi et mon associé russe Dimitri Sapgir, avec le soutien de la Russie, donc il y a des gros sponsors derrière, G-Energy, et Norilsk Nickel, par exemple. Il y a une envie de leur part de s’impliquer. Maintenant, il faut savoir que le sport auto en Russie, c’est très nouveau. Il y aura la première course au Moscow Raceway cette année, et ils n’ont pas encore de filière de formation, de personnel vraiment qualifié. Pourquoi pas, à l’avenir, c’est dans les projets, mais pour l’instant, c’est uniquement Français. Après, à terme, je pense que c’est un bon projet, nous y pensons très sérieusement, mais ça va venir dans le futur.

Vous avez défini comme objectif un top 10 pour Aleshin cette saison. Combien de temps l’équipe s’est-elle accordée pour jouer le titre ? Dès l’an prochain ou plus tard ?

J’aimerais le jouer le plus tôt possible, mais mon travail, c’est de rester pragmatique et de voir uniquement les faits et de poser les briques les unes au-dessus des autres. Il y a énormément de paramètres qui peuvent jouer sur un titre, je pense qu’on ne peut jamais prévoir, anticiper – c’est possible d’être très bien, top 3, top 5 ; ça c’est un objectif – après, si vous gagnez un titre, ce n’est que du bénéfice. Pour l’instant, je me concentre sur les briques : je vais construire le mur, je commence par les fondations. Comme j’évite de me projeter, tout ce que je veux, c’est que ces fondations soient solides, pour pouvoir poser et fabriquer mon mur tel que je vis ma vie. J’espère que cela viendra très vite, je pense que là, on a eu un temps très court pour se préparer comme je l’ai dit tout à l’heure. Très honnêtement, si avant de partir, on m’avait dit qu’on s’y prendrait aussi bien, que techniquement on serait aussi près, je pense que j’aurais signé encore plus vite ! Je suis donc très content de là où on est, mais malgré cela je ne me projette pas, et je me concentre uniquement sur mes objectifs, les uns derrière les autres, construire humainement, matériellement… et le travail paie. Si on se tient à nos objectifs, et si on pose les briques, on va arriver au bout du mur un jour où l’autre.

Cette année, les inscriptions des équipes ont été particulières, avec une liste de pré-sélection. Avez-vous eu peur de ne pas être pris et que le projet capote, ou aviez-vous confiance dans le projet dès le départ ?

Très honnêtement, j’avais déjà une équipe, qui fonctionnait bien, et je n’aurais jamais pris le risque de quitter ce que j’avais si je n’étais pas persuadé du fonctionnement du projet. Il est vrai qu’à un moment, on s’est remis en cause pendant l’hiver, pour avoir une place en 3.5, et personnellement, quand on choisit sa voie, il faut s’y tenir et si on s’y tient, il n’y a pas de raisons que cela ne marche pas. C’est toujours compliqué, mais l’important c’est de toujours travailler.

Une question potentiellement polémique : les soutiens russes en sport automobile ont toujours eu du mal à rester sur la durée, êtes-vous serein sur la pérennité à moyen-terme ?

Très sincèrement, je ne serais plus là sinon ! Cela fait pratiquement dix ans que je suis dans le sport automobile, oui, il y a des choses qui se font et se défont très rapidement, mais j’ai entièrement confiance en nos partenaires. Vous ne pouvez pas partir et construire quelque chose d’aussi gros. Quand vous êtes pilote et que vous avez un sponsor, vous pouvez jouer une fois pour faire une saison, mais vous ne pouvez pas parier sur un si gros projet si vous n’êtes pas sûrs des gens qui sont là. Je peux vous dire qu’ils sont vraiment extraordinaires. J’ai eu des sponsors européens qui sont beaucoup moins faciles à traiter. KMP, ils sont là depuis longtemps, ils soutenaient Anton Nebylitskiy en Formule Renault 2.0. Une fois de plus, c’est une histoire humaine : on est associés plus que partenaires, au même titre que Bruno Besson, moi, Dimitri faisons partie de la société… la question ne se pose même pas, donc elle n’est pas du tout polémique.

Vous demeurez assez jeune pour votre poste, quel parcours avez-vous eu pour en arriver là ?

J’ai eu un parcours atypique. J’ai commencé en tant que pilote, à quinze ans, je n’avais pas de budget, pas d’argent… en tout cas, pas pour faire du sport automobile. Malgré tout, j’étais passionné, et j’avais un petit budget de départ qui aurait pu me servir à acheter ma première voiture après le bac… Sauf que j’ai décidé de racheter une épave de Formule Renault et de la retaper pour commencer à faire des courses ! J’ai fait la filière, sans le sou. Avec mon père, on achetait une épave, on la remontait puis on a commencé à faire des courses en trouvant quelques sponsors pour parvenir à en faire trois ou quatre. Cela a bien fonctionné, à chaque fois, j’étais sur le podium, j’ai fait trois courses la première année en deux litres. La deuxième année, sur un coup de chance monumental, je tombe sur deux industriels qui décident de me sponsoriser. Dans la saison, je dois gagner neuf ou dix courses sur douze, je suis titré champion. Pendant ce temps, les sponsors ne me suffisaient pas, je me suis fait embaucher dans une écurie de sport automobile en tant que chef mécanicien, donc je travaillais la semaine dans une écurie de sport automobile, le week-end, j’allais concourir en tant que pilote. Après, j’ai voulu ouvrir ma boîte, donc j’ai travaillé dans des entreprises qui faisaient du carbone, des moteurs. Je me suis fait embaucher partout pour apprendre toutes les compétences. Je continue ma carrière de pilote en parallèle, j’avais potentiellement un programme pour les 24 heures du Mans, pour faire le championnat du monde GT, etc., c’est tombé à l’eau car mes sponsors ne pouvaient plus suivre, déjà ils avaient été gentils de m’aider, et donc je me suis dit qu’il me fallait créer ma structure avec mon père, BRT, et arrêter le sport auto. On a commencé par faire la coupe de France de Formule Renault en tant qu’équipe, après on est monté deux ans en Eurocup, j’ai fait rouler un pilote russe pour ces sponsors-là, ça s’est bien passé. De fil en aiguille, j’ai pris les rênes de la structure. Concernant l’âge, ce n’est jamais un problème, quelle que soit la personne, du moment qu’on sait ce qu’on fait.

Vivez-vous de cette structure ?

Vous savez, le sport auto n’est pas un endroit où l’on doit espérer gagner beaucoup d’argent. Mais on fait quelque chose d’extraordinaire, tant techniquement qu’humainement, et l’important est d’aimer ce qu’on fait.

À propos Guillaume Renard

Guillaume surveille le monde des monoplaces comme personne. Toujours à l'affût des dernières nouvelles et des disciplines en vogue, il définit la ligne éditoriale et apporte un regard avisé mais toujours bienveillant sur les formules de promotions.

Un commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Motor Racing League plugin by Ian Haycox